Parlem. de Bord. (Archiv. de la Gir., B
t. Histoire ecch'siast.
3. Peut-être ces observations semUeront-elles oiseuses à quelques-uns. Cependant quand on lit les divagations de certains pamphlétaires au sujet des Papes, par exemple, à propos de C la Clémentine », nom donné à une bulle de Clément IV pour l'ordre de Citeaux, on s'aperçoit que dans cet ordre d'idées, la précision n'est pas sans intérêt.
D'ailleurs il ne faut pas oublier que le mot adoration signifiait, dans l'usage, l'hommage rendu à quelqu'un au moyen de la main. C'est en ce sens que, dans l'Écriture, nous voyons Abraham « adorer » le peuple d'Hébron qui lui permettait de choisir une sépulture pour Sara; ou encore Elisée se laissant « adorer » par la Sunamite reconnaissante.
Une orgueilleuse Philosophie, dont on retrouve des exemples dans tous les temps, se révolte à l'idée de courber un instant le front, fût-ce devant le Tout-Puissant.
Comme J.-J. Rousseau et Voltaire se sont, entre tous, insurgés avec véhémence contre les pratiques de la prière; comme ils ont développé avec insistance les raisons de leur opposition à cet égard, réfuter leurs objections, c'est répondre par là même aux critiques inspirées par le même sentiment.
Après avoir affirmé avec un éclat incomparable l'existence de Dieu, la spiritualité et l'immortalité de l'âme, J.-J. Rousseau, comme d'ailleurs presque tous les philosophes du xvme siècle, professe la doctrine de l'inutilité de la prière dans les rapports mystérieux de l'homme avec la Divinité.
« Que demanderais-je à Dieu? écrit Rousseau ; qu'il changeât pour moi le cours des choses? qu'il fit des miracles en ma faveur? Moi, qui dois aimer par-dessus tout l'ordre établi par sa Sagesse et maintenu par sa Providence, voudrais-je que cet ordre fût troublé pour moi? Non, ce vœu téméraire mériterait plutôt d'être puni qu'exaucé1. »
Et avec sa religiosité sentimentale, que Joubert appelle « une piété irréligieuse », Rousseau, le Fénelon de l'incrédulité selon l'expression de M. A. Nettement, publiera cette singulière profession de foi, par la voix du Vicaire savoyard : « Je médite sur Tordre de l'univers, pour l'admirer sans cesse, et pour adorer le sage Auteur qui s'y fait sentir. Je converse avec Lui, je pénètre toutes mes facultés de sa divine essence ; je m'attendris de ses bienfaits; je le bénis de ses dons : mais je ne le prie pas. »
Cette conclusion décevante étonne.