‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 138 sur 285 · Nommé Zimine · texte numérisé non relu

Nommé Zimine

Od peut citer, comme exemple, ce <|ui s'est passé en 1896 lors du couronnement du tsar Nicolas 11.

L'Empereur et L'Impératrice Alexandre Féodorovna étant arrivés sous Le porche de La Cathédrale, Le Métropolite de Moscou présenta la croix el L'eau bénite aux souverains, qui plièrenl Le genou par trois fois devant la porte et vénérèrent Les Saintes Images. Le couronnement commença aussitôt. L'Empereur et L'Impératrice prirent place sur leur trône : celui de l'Empereur était en argent doré, celui de L'Impératrice en ivoire. Au-dessus des Trônes dominant L'assistance un dais était suspendu, superbe voûte en velours grenat et or au chiffre impérial. L'Empereur, après avoir placé la couronne sur sa tète, la posa sur celle de L'Impératrice : dans une attitude simple et recueillie elle s'agenouilla devant son époux, qui la considéra avec une affection profonde et une intense émotion. Quand elle se releva L'Empereur, l'attirant à lui, l'embrassa avec tendresse. Les membres de ta famille impériale vinrent successivement apporter Leurs félicitations, et embrassèrent l'Empereur sur l'épaule gauche et l'Impératrice sur la main : les souverains rendirent Les baisers sur la tête.

Mais la scène la plus imposante fut celle où le Tsar, la couronne sur le front, le sceptre et le globe en mains, tomba à genoux, et fit d'une voix haute et distincte la magnifique prière suivante pour son peuple :

« Seigneur, Dieu de mes pères, qui, d'un mot, as créé l'univers, et qui, par ta sagesse, as prédestiné l'homme à gouverner le monde dans la justice et la vérité, Tu m'as choisi comme souverain et juge de ton peuple. — Je confesse ici ton insondable Providence sur moi, et, te remerciant, je m'incline devant ta Majesté. — Mais, Toi, mon Seigneur et mon Dieu! guidemoi dans la mission à laquelle Tu m'as envoyé, instruis-moi et eou Luis-moi dans cette grande fonction. — Que la sagesse qui appartient à ton trône, soit avec moi; envoie-la-moi du haut de îeux, afin que je comprenne ce qui plaît à tes yeux, et ce qui est juste d'après tes commandements. »

Le tsar peut être considéré comme étant un pape national, car il dispose en effet d'une autorité à la fois spirituelle et temporelle.

Le clergé russe répondra que « le peut Père », ainsi qu'il est appelé clans le peuple, n'a de suprématie que dans Tordre politique, et que Jésus-Christ est le seul chef de l'Église, avec les conciles œcuméniques.

Oui, en principe, le tsar n'est pas, à vrai dire, un pontife ; mais, de fait, il est le maître ecclésiastique, soit par l'action administrative directe, soit par l'organe « du Très Saint-Synode dirigeant », sorte de concile permanent, dont les membres prêtent serment de fidélité à l'Empereur.

La religion luthérienne, qui a formulé ses principes dans la confession d'Augsbourg, s'est répandue dans la majeure partie de l'Empire germanique, puis dans le Danemark, la Norvège, la Finlande, et aux États-Unis. La commode théorie : « Péchez tant qu'il vous plaira, pourvu que vous ayez la foi1, » rendit populaire la doctrine de Luther, composée, pour le reste, presque complètement d'emprunts faits au christianisme.

La confession d'Augsbourg est inscrite dans les vingt-huit articles qui reconnaissent : l'unité de Dieu, — la Trinité, — le péché originel, — le Baptême, — la Rédemption, — l'Eucharistie, — la Confession sans la nécessité de détailler les péchés... Mais les Luthériens protestent contre le célibat ecclésiastique, le jeûne, et l'efficacité des mérites des saints : en sorte que le surplus de ces mérites ne profiterait point aux fidèles, par la communion charitable, qu'enseigne l'Église romaine.

La Réforme en France fut l'œuvre de la R. P. R., formule abrégée désignant jadis la religion réformée, pratiquée par les calvinistes, autrefois appelés huguenots. Leur nombre en France ne dépasse point un demi-million.

Jean Calvin-, né en 1509, curé à dix-huit ans, pasteur en 1536

1. Peccafortiter, crede fortins. La formule originaire a été tempérée par l'article 20 de la Conf. aVAugsb. qui impose les bonnes œuvres.

2. Bien que Calvin se soit élevé avec véhémence contre l'esprit d'intolérance qu'il reproche au catholicisme, il a cependant fait la déclaration suivante : ce Quiconque affirmera que le contenu de l'Ecriture est une fiction, sera traîné au supplice. Il est du devoir du magistrat de punir par le glaive ceux qui, après avoir renié leur foi, sollicitent les autres à semblable apostasie. )) — Dans le Contrat Social, Rousseau réclamera le bannissement contre les adversaires de tout spiritualisme.

à Genève, professeur de théologie à Strasbourg, fui l'auteur de La doctrine qui porte son nom, el qui <is( consignée dans le document connu sous [g nom de Confession <le La Bnchelle, sorte de symbole en quarante articles qui admet : la Trinité, — le péché originel, — !•' sacrifice de la Croix, — le Baptême et la Cène ; mais repousse : L'intercession des Saints, — les vœux monastiques, — le purgatoire, — les indulgences el L'abstinence.

Le culte protestant1 reconnu et salarié en France, forme donc deux grandes divisions : L'Église réformée (calvinisme), et celle de la confession d'Àugsbourg (luthéranisme). A côté des églises officielles se trouvent, formant communauté indépendante, les protestants libéraux, séparés depuis 1861 de l'Église réformée et de l.i croyance au Christ, et qui ont leur temple spécial à Paris: Les principaux pasteurs de cette chapelle qui, à son tour, a réformé L'Eglise réformée, sont MM. Coquerel, Réville, Stceg...

L'expression « le bon Dieu », si ordinairement employée depuis la Réforme, parle clergé catholique, en parlant aux iidèles, a une signification plus spéciale qu'on ne le penserait de prime abord.

En effet, (lai vin, en n'admettant pas, pour le pécheur, la possibilité d'être absous parla Pénitence, avait donné place à la Puissance et à la Justice de Dieu, mais non pas à sa Bonté, comme le fait remarquer Michelet après Bossuet. Delà le souci, pour le prêtre catholique, d'entretenir constamment les fidèles de l'idée de la bonté divine, afin d'éviter qu'ils s'abandonnent au découragement ou se laissent aller au fatalisme.

L'Église anglicane2 occupe une place intermédiaire entre le catholicisme et le protestantisme proprement dit.

Fondée par Henri VIII, qui avait d'abord sollicité de la cour de Rome le titre de défenseur de la foi, cette communion religieuse doit son origine au divorce du prince d'avec Catherine d'Aragon.

L'Eglise anglicane dite réformée, construction artificielle des Tudors, est surtout, à raison de son caractère composite, un faisceau de sectes auxquelles une place égale est accordée.

1. Le nom de protestant convient surtout aux dissidents d'Allemagne, depuis la proi signée contre les décrets de la diète de Spire (1529). '•- '.h of Engîand,

L'absence d'unité est sa caractéristique principale. Et comment y aurait-il accord doctrinal et liturgique alors que, dans Londres seulement, on compte environ 850 églises anglicanes, dont quatre cents distribuent une fois par semaine la communion, qui est donnée chaque jour dans quarante autres; dans 140 temples le service religieux est quotidien; dans 138 il a lieu seulement le dimanche; le chant grégorien est usité dans cent quinze églises; les unes se servent d'encens et de cierges, les autres n'en font point usage, etc..

Quant aux contours de la dogmatique anglicane, ils sont des plus élastiques : le credo commence un peu où Ton veut, pour finir là où il convient; et l'interprétation de la Bible est libre.

La jurisprudence ecclésiastique du pays tolère que l'on admette les croyances les plus voisines du catholicisme « pourvu que Ion n'adhère point à l'autorité romaine ».

Toutefois l'ensemble des doctrines anglicanes se retrouve dans les trente -neuf articles, arrêtés par l'Assemblée des évêques en 1571, et ratifiés par la reine Elisabeth.

On y enseigne : un seul Dieu en trois personnes, — l'Incarnation, — la Résurrection, — le péché originel, — la justification possible par la seule foi , même sans les œuvres , — la prédestination des élus du Christ...

Au point de vue négatif la religion réformée repousse : l'autorité du Pape1, — le Purgatoire, — le culte des images et des reliques, — le célibat ecclésiastique, et ne reconnaît que deux sacrements : le Baptême et la Cène.

En ce qui concerne spécialement la prière, on peut dire qu'en général, les protestants, à la différence des catholiques : 1° ne font pas le signe de la Croix; 2° ne prient pas en latin, mais dans leur langue respective; 3° s'abstiennent de prières pour les morts2.

On étonne beaucoup le Français, toujours si impressionné par

1. L'article 37 déclare que les rois ou reiues d'Angleterre ont pleine autorité dans leur royaume pour ce qui regarde le spirituel et le temporel.

2. Ils croient ces prières inutiles, à raison de cette parole de l'Ecriture : (( Après la mort, le jugement. » Cependant, rien ne semble plus naturel que d'implorer, en faveur des coupables, la pitié et la miséricorde d'un juge..

le respect humain, quand on lui dit que, dans La libre Angleterre comme dans l'Allemagne et La Russie autoritaires, le citoyen n'a point honte de faire profession publique ei officielle de la croyance à Dieu.

ons ce qui so passe hors de France, notamment dans l'ar-

En Angleterre, Les soldats catholiques sont conduits à La messe le dimanche, en grand uniforme. A.van1 le dépari pour l'église,

on 1rs t'ait passci' à L'inspection pour examiner s'ils sont d'une correction irréprochable, ei pour s'assurer s'ils ont leur livre de prières, officiai copy, composé par un comité de chapelains militaires, ('/est simplement le « Jardin de l'âme » deM"r Challonner, autrefois vicaire apostolique de Londres. On y a ajouté des prières spéciales à l'usage des soldats, des marins ou des prisonniers. Le gouvernement anglais a fait imprimer ce livre à la prison de Mîllbank.

11 contient un chapitre sous ce titre : Conseils aux soldats chrétiens. En voici un rapide résumé : « Les ennemis du dehors vous seront désignés par vos chefs à l'heure du combat. Quant à vos ennemis du dedans, les voici : l'impureté, l'ivrognerie, le respect humain, le blasphème, la paresse. »

Plusieurs conseils pieux sont donnés en ces termes : « Au réveil, offrez votre cœur à Dieu. — Ne manquez jamais la prière du matin, si courte qu'elle soit. — Avant le repas, bénissez Dieu au moins de cœur. — Xe vous endormez pas sans avoir dit votre prière du soir. — Si vous passez devant une église et que le temps vous le permette, entrez et adorez un instant. — De temps en temps durant la journée, offrez à Dieu votre cœur et votre travail » , etc..

Voici, d'autre part, comment les choses se passent dans l'armée allemande.

Le matin et le soir, quand le tambour ou le clairon sonne le réveil ou la retraite, les grands corps de garde prennent les armes. Après le commandement : « Portez armes! » l'officier ou le sous-oi'ficier préposé au poste ajoute : « Otez les casques pour la prière '. »

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