R. P. Baudin. loc. cit
que l'Ombre vienne y reposer, on lui offre un épi de maïs, quelques graines de riz et une libation de bière de sorgho. On voit aussi dans les carrefours un tortillon de paille fixé avec des piquets, et renfermant une pincée de grain pour les Esprits vagabonds. Ailleurs, c'est une petite calebasse pleine de vin de palme, fixée à un tronc d'arbre, pour que la sève des cocotiers ne tarisse pas; c'est enfin une feuille de cocotier suspendue entre des tiges avec des coquillages, pour empêcher de passer.
Quiconque enfreindrait la défense, par impiété ou simple distraction, serait châtié, croit-on, par de terribles accidents : piqûres de serpents ou morsures de crocodiles.
Le culte des fétiches prend dans quelques rares circonstances le caractère d'une fête populaire (aza-daho) : les nègres y accourent alors de fort loin. Trois choses sont indispensables pour la cérémonie : un sacrifice, de copieuses libations, et des danses interminables. On se réunit sur la place et tout se passe en plein air, sous la direction du grand Vodumo. La victime à sacrifier est tantôt un mouton, tantôt une chèvre, un bouc ou plus rarement un bœuf. Quant au sang humain, il coulait encore il y a peu d'années dans les palais des rois et des princes du Dahomey1.
Un Brésilien, dont M. Cordioux rapporte l'histoire, se crut obligé, un jour, à la cour du roi de Dahomey, de goûter à un brouet de haricots accommodés au sang humain...
« Le bruit sourd et saccadé du tam-tam annonce les péripéties du sacrifice. De temps en temps quelques hou! hou! saluent le moment où le féticheur répand le sang sur la tête de l'idole : il en asperge parfois aussi les assistants; ensuite on prépare les chaudières pour y cuire la chair des victimes. Lorsqu'on a transformé tous ces débris en une sorte de ragoût, chacun peut en avoir une part. Bientôt le tafia remplit les calebasses, excite l'animation dans tous les rangs et la danse commence : le bruit de centaines de mains frappant en cadence et les coups de tam-tam tiennent lieu d'orchestre 2. »
Ce n'est pas sans un grand étonnement que nous avions en-