Chateaubriand
2. La Guinée, R. P. Baudin, miss, cath., 224. L'auteur raconte que des féticheurs, disciples d'Aroni, dieu de la médecine (figuré avec un corps humain placé sur un seul pied et surmonté d'une tête de chien), lui ont exhibé comme talisman médical ce un poil arraché du dos d'un sanglier ».
prend seize noix sacrées, el seize figures ayant chacune un certain nombre de points qui rappellent 1rs caries dont od se sert pour prédire. Avant de commencer la cérémonie, le féticheur offre ur
sacrifice à [fa dont les noix sont le Symbole, puis place devant lui une planchette sur laquelle sont marquées les seize figures qu'il fait sortir à volonté pour obtenir bon on mauvais jeu. selon qu'il le juge expédient. Quand il a trouvé la figure désirée, il
annonce si L'entreprise réussira ou non, indique les sacrifices à faire, les talismans à acheter.
Il va sans dire que plus on paye, plus le féticheur est inspiré : car là aussi, il y a grand et petit jeu.
II. Non content de rechercher dans les régions célestes le secret de ses destinées incertaines, l'homme s'est interrogé luimême, dans l'espoir d'y découvrir une révélation d'En- Haut, établissant un rapport direct entre les mortels et la divinité même.
Alors, le rêve lui a semblé, de toute évidence, une inspiration surnaturelle.
Le sommeil qui place l'esprit dans des conditions si spéciales , donnait bien à croire que, durant cet état particulier, les humains, dédoublant leur nature, jouissaient d'aptitudes exceptionnelles pour deviner les ordres du ciel.
Sous l'empire du rêve, l'âme parait, en effet, se dégager des liens corporels et des choses terrestres pour se lancer à la conquête de l'idéal et de l'infini, dans une transfiguration où se spiritualise, scmble-t-il, l'être entier! Ambitions satisfaites à souhait, impossibilités vaincues, entreprises merveilleuses réalisées, félicité sans mesure et clairvoyance surhumaine obtenues sans effort; ou au contraire, visions terrifiantes et cauchemars horribles; en un mot, un délire tantôt troublant, tantôt charmeur, mais toujours énigmatique et incohérent, donnait consistance à cette opinion, que, dans le sommeil, l'homme sortait de lui-même, et que L'âme alors, selon une expression contemporaine, s'extériorisait, pendant que le corps, lui. restail inactif et privé même de L'usage normal des sens.
Et ainsi compris, le rêve est devenu le songe.
Toutefois TÉcriture sainte donne à entendre que, dans le silence et la solennité de la nuit, des inspirations prophétiques ont parfois revêtu la forme du songe. L'Histoire sainte rapporte qu'Abraham , Jacob et leurs enfants eurent des visions prophétiques : ce fut un songe qui apprit à Joseph qu'il régnerait sur ses frères; c'est à l'explication d'un songe qu'il dut d'être élevé au rang de premier ministre du roi d'Egypte; et c'est pour le même motif que, plus tard, Daniel conquit la faveur de Nabuchodonosor.
Sur des tablettes assyriennes on a pu déchiffrer l'histoire des rêves royaux, dont la crédibilité n'était pas contestée, même quand le roi avait dormi d'un sommeil narcotique. La fièvre, le délire du prince étaient capables de susciter en pareil cas les plus importantes déterminations pour TÉtat.
Maintes fois aussi, dans l'œuvre homérique il est parlé des songes; mais le poète explique leur nature d'une manière bien vague : ce sont des fantômes éthérés que Zeus revêt de certaines apparences, et qui habitent à la porte des Champs Élysées en attendant les ordres divins. •
Selon les circonstances, le songe en Grèce avait plus ou moins de valeur : celui qui survenait après le repas était le moins probant parce qu'il semblait matérialisé par le travail de l'estomac, fonction tout animale; s'il était né de l'ivresse, il passait pour un délire.
Le meilleur songe était celui du matin.
Certains aliments, du moins chez les disciples de Pythagore, ôtaient toute autorité aux songes, les fèves notamment, sans doute à cause de la digestion laborieuse causée par cette nourriture pesante.
Quantité de personnages, réels ou fictifs, nous sont représentés comme ayant été favorisés de songes leur dictant les volontés célestes.
Énée veut-il s'éloigner de Didon? il lui parle de son rêve :
Quand la nuit d'un long crêpe enveloppe les cieux, L'ombre pâle d'Anchise apparaît à mes yeux, Et de songes affreux épouvante mon âme.
si l'implacable Aihalie conçoit le projei de Paire périr son petit-fils, n'est-ce pas aussi pour satisfaire aux terreursd'un songe?
Tous Les héros de tragédie, Ahée. \gameninon, Id orné née, etc — ne manquent point d'avoir des rêves qui les guident dans leurs entreprises aventureuses.
Qui croirait que le judicieux Aristote ait admis la vertu des songes? Frappé de leurs étonnantes combinaisons, il voyait en eux des effets d'un ordre surnaturel. Platon les regardait aussi comme u\\ heureux moyen « d'allier les cieux à la terre ».
Hippocrate était si persuadé de leur influence et de leur analogie avec notre état physique, qu'il prescrit, dans ses ouvradivers spécifiques pour se mettre à l'abri de leur malignité. Par exemple, si, en rêvant, on a vu des étoiles, il veut qu'on se hâte « de tourner en rond...; si c'est la lune, de courir en long... : et si Ton a rêvé du soleil, on s'empressera de courir tant en long ([n'en rond ».
Galien avoue qu'il s'est applique à la médecine à la suite d'un songe de son père; et que lui-même se fit saigner au doigt index pour se délivrer d'un point de coté, après avoir rêvé que cette petite opération devait le guérir.
Ne voit-on pas aussi les magistrats de Sparte allant dormir dans le temple de Pasiphaé pour être instruits, pendant leur sommeil, des intérêts de la république1?
Les anciens ne sont pas les seuls qui aient attaché de l'importance aux songes : le savant et sage Franklin n'avait pu se garantir d'une confiance superstitieuse dans cet ordre d'idées; il croyait fermement que, plusieurs fois durant la nuit, le ciel lui avait prédit l'issue des affaires qui occupaient ses pensées2.
Les volontés divines recherchées, non plus par des inductions astrales ou nocturnes, mais, directement, au moyen d'une parole humaine, soi-disant inspirée, s'appelaient oracles.
En Egypte, l'oracle était exprimé non seulement dans la consultation des prêtres, mais encore au moyen de statues parlantes,