‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 161 sur 285 · Cabanis, Rapporté du physique et du moral · texte numérisé non relu

Cabanis, Rapporté du physique et du moral

dont les membres articulés pouvaient faire certains gestes : signes affirmatifs ou négatifs, hochements de tête, mouvements de la main, etc. De plus, comme le nom l'indique, ces statues « parlaient ».

Comment les choses se passaient-elles donc? comment ces idoles de bois prononçaient-elles leur verdict?

M. Maspéro nous l'apprendra en ces termes : « Il y avait dans les temples une classe de prêtres à qui incombait le soin d'exécuter ces opérations; et chacun savait parmi le peuple que c'étaient eux qui étaient la voix, la main du dieu, et qu'ils tiraient la ficelle, afin de mettre la tête en mouvement au moment opportun. Mais il était admis que la consultation divine s'accomplissait par des intermédiaires purement humains. »

Les innombrables oracles de la Grèce ou de Rome étaient rendus, sans l'emploi de statues, par des prêtres ou des prêtresses qui, dans des temples spéciaux, étaient censés transmettre la réponse du dieu, par eux interrogé : d'ordinaire l'oracle était rendu dans un rythme poétique.

Rien de plus obscur que ces réponses qui, grâce à leur ambiguïté, pouvaient non seulement s'interpréter de différentes manières, mais même s'adapter aux faits les plus opposés. Ainsi Crésus ayant consulté, pour connaître l'issue de sa guerre contre Cyrus, reçut cet avis : « Lorsqu'une armée traversera FHalis, un grand empire sera renversé. » Ou bien encore, le prêtre donnait une explication tellement évasive, que celui qui l'écoutait, pouvait y ajuster les événements, à peu près selon son gré. Citons, comme exemple, deux vers que les ministres de l'oracle d'Héliopolis répétaient en toute circonstance, et dont voici la traduction : « Sache que les bœufs attelés coupent la terre, afin que les champs produisent leurs fruits. » Grâce à cette phrase énigmatique, l'oracle n'était jamais pris en défaut.

Outre les oracles solennels des temples, on avait trouvé un moyen plus pratique de procéder : on se posait mentalement une question ou un problème, on se bouchait les oreilles, pour se rendre sur la voie publique ou entrer dans les temples; puis, tout à coup, écartant les mains, on écoutait les paroles prononcées à ce moment même.

Et, d'après Les rites de Vomen, le consultant n'avait plus qu'à s'attribuer la signification de la phrase, pour être lixé.

Mieux encore que la parole fugitive, les écrits dos génies transcendants, les vers des « divins poètes », comme on Les qualifiait jadis, pouvaient être utilisés dans Le genre de divination que nous rappelons ici,

S il éprouvail un doute, un ressentiment, une crainte, le Grec ou le Romain, au Lieu do rester inquiet et perplexe, lisait au hasard un passage do ['Iliade, de VOdysséeou de YEnéide, s'appliquani fidèlement le sens du premier vers sur lequel tombait son regard errant.

Comme les habitudes séculaires demeurent enracinées! Imitant en cela Grecs, Romains et Germains1, certains chrétiens eurent l'idée de recourir à des décisions dites sort des Saints: par là ils s'épargnaient la peine de prendre une détermination personnelle,

Voici en quoi consistait la mantique, connue sous le nom abusif de sortes sanctorum.

Celui qui prétendait découvrir les volontés divines concernant un projet ou un fait particulier, prenait une Vie des Saints ou un livre liturgique, l'ouvrait à n'importe quel feuillet, et le premier paragraphe de la page devait fournir une réponse inspirée !

A titre d'exemple, citons le cas du fils de Chilpéric, Mérovée, passant trois jours et trois nuits dans le jeûne, les veilles et les prières au tombeau de saint Martin, et ouvrant ensuite, les yeux fermés, le Livre des Rois, pour savoir si la mort de son père était prochaine, et s'il régnerait après lui2.

Grégoire de Tours3 raconte que Chramme, s'étant révolté contre son père Clotaire, voulut consulter les Saints dans la cathédrale de Dijon. Trois fois interrogés4, les livres sacrés montrèrent des

1. Sortes observant, Tacite : De Mur. Germât*., X. — Voir aussi De Bello G ail., I, l'épisode de Yalériu- Procill;i.

J. La Thémis, IV, ï'7, 119, 120; V, 57.

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