‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 163 sur 285 · Ier Acte · texte numérisé non relu

Ier Acte

ENQUÊTE BUB LES 8UPBBSTITI0NS. 286

combiner un mol nouveau, il y aurait Là une révélation d'origine surhumaine.

Un sens si bien caché devait être, se disait-on, un sens sacré.

Kl alors, on s'imagina de tirer des conclusions, tantôt flatteuses, tantôt terribles, du jeu enfantin des anagrammes : on en peut citer «les exemples, aussi bien dans le pays des pharaons qu'en France.

Ainsi Le roi d'Egypte Ptolémaios aurait dû être un prince délicieux, puisque son courtisan Lycophron (-280 ans avant Jésus- Christ] avait anagrammatisé son nom dans le mot grec apomelitos qui \ lent du miel).

Au contraire, frère Jacques Clément ayant assassiné Henri III, un de ses contemporains s'avisa de découvrir dans son nom la phrase suivante : « C'est l'enfer qui ni a créé ». Plus tard l'établissement du premier empire a paru prédit dans les mots : Révolution française, qui forment ceux-ci : « un Corse la finira. Veto[ »...

On jugera de l'importance que l'on attribuait jadis à ces puérilités", en voyant, dans les registres de Louis XIII, que ce roi payait une pension de douze cents livres à l'avocat Billon, qui avait trouvé moyen de composer cinq cents anagrammes sur le nom du monarque.

Dans l'antiquité, en général, les particularités et les accidents d'ordre physiologique étaient considérés comme cas divinatoires, et interprétés en langage superstitieux.

Ainsi, en Chaldée, les bizarreries de conformation relevées chez les jeunes enfants étaient étudiées par le chef de famille. Une tablette chaldéenne énumère soixante-douze cas de présages donnés par les nouveau-nés, selon que l'enfant avait des oreilles ou des doigts de telle forme, des cheveux d'une couleur ou d'une autre.

De même en Grèce les actes involontaires, tels que les convul-

1. Monsieur Veto, sobriquet dont le peuple de Paris désigna le roi Louis XVI, à causé du droit d'opposition que lui conférait la Constitution de 1791 . La formule du veto était : « Le Roi avi-era ».

. Dans un procès de cette époque, on voit qu'il est fait grief à un plaideur de son nom Vigerotij dont les lettres transposées donnent le mot irrogne.

sions ou les palpitations, étaient dits surnaturels, ainsi que les tics de l'œil, les bourdonnements d'oreille, et Y engourdissement des doigts.

Il en était de même de Véternuement.

Homère ne dédaigne pas d'en parler : c'était un signe heureux de l'entendre à ses côtés. D'ordinaire, ce spasme était vu avec faveur : ainsi quand Pénélope entend Télémaque éternuer, elle se réjouit, en se disant que ses vœux seront exaucés. Il est fait aussi mention de l'éternuement, dans Aristote, Pline, Properce, Catulle.

On interpréta plus tard de diverses façons cette crise nasale : de midi à minuit, le présage était favorable ; et néfaste, au contraire, de minuit à midi. Il était réputé cause de bonheur ou de malheur, pour les personnes présentes, selon qu'il se produisait à leur droite ou à leur gauche.

Pour vanter le charme, la grâce ou la beauté d'une personne, les poètes employaient quelquefois cette expression correspondant à un bon augure : « Les Amours ont éternué à sa naissance ». L'équivalent du souhait « Dieu vous bénisse! » était pour les Romains : Ab Jovel (par Jupiter !) ou encore le mot Salve!

On raconte qu'en 1353 une épidémie désignée dans les mémoires de l'époque sous le nom générique de \& peste, ravagea le Nord de la France , et sévit même avec une extrême violence à Paris. Les symptômes avant-coureurs de ce fléau consistaient, assure-t-on, en éternuements prolongés auxquels les assistants répondaient par une invocation à la protection d 'En-Haut ; « Dieu vous bénisse ! »

Il se peut qu'une explosion nasale ait été le prodrome néfaste d'une influence maladive au xive siècle : ce qui motivait doublement un souhait pieux l. Mais il n'en est pas moins constant que le vœu provoqué par l'éternuement remonte bien plus haut, nous l'avons montré.

Il est probable que si l'éternuement a motivé des souhaits pour la conservation de la vie , c'est que cette petite commotion spas-

1. Pour Montaigne, la raison n'est point difficile à trouver : ce Si nous faisons honneste accueil à ce bruit, écrit-il, c'est parce que pareil vent, venant de la teste, ne mérite aucun blasme. ))

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modique passait pour accompagner la brusque sortie d'un esprit, ou même de L'&me, s'échappant du cerveau, siège de intelligence.

Ce qui donne consistance à cette explication e'esl que tantôl on voit dans Plutarque que le démon familier de Socrate se manifestait dans des éleniuemcnU ; tantôt dans Les vieux livres des rabbins ce mouvement est considéré comme le signe du départ de lYune. De même parmi les non-civilisés, il esl admis qu'un esprit, un tiki, sorl de la tête de celui quiéternue; aussiàTalti, iormule-t-on ce vœu en cette circonstance : « l'Esprit te soit prospère! » et au Samoa : « Puisses-tu vivre! »

D'après certains noirs d'Afrique . hi salive aune vertu propitiatoire. Ainsi quand Mungo Park entreprit son voyage le long du Niger, il observa que son guide, au moment de partir, ramassait une pierre, crachait dessus par trois fois, puis la projetait de toutes ses forces, afin de conjurer les esprits de la route.

Ajoutons une remarque.

Maintes fois nous avons vu, en France, des gens du peuple cracher à terre pour affirmer une chose d'une manière positive : leur intention clans cette mimique correspondait très certainement à ceci, j'en donne ma parole!

Lorsque les Abipones de l'Amérique du Sud entreprennent quelque chose d'important ou entrent dans la caste guerrière, dit M. Réville, ils se piquent la langue avec un stylet : cette elfusion de quelques gouttes de sang a la signification d'un acte religieux.

En réduction, c'est la pensée du sacrifice humain bénévole.

Une superstition originale est, sur la Côte des Esclaves, celle de Yorteil fétiche.

Ipori, troisième génie protecteur de l'homme, raconte un missionnaire1, a établi son séjour dans les orteils des pieds... Ce génie est de tous le plus mal partagé, car on lui offre de bien rares sacrifices : cela arrive seulement quand le noir va partir pour un grand voyage. Alors il fait fétiche à son orteil, avec un peu de >ang de poule et d'huile, et le génie des routes doit être satisfait et propice.

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