‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 166 sur 285 · Guigner, regarder du coin de l'œil · texte numérisé non relu

Guigner, regarder du coin de l'œil

Les Napolitains, écrit un auteur1, semblent avoir hérité des superstitions de toutes les nations qui les ont conquis tour à tour : « Une personne vous aborde et vous dit : Comme vous vous portez bien! comme vous avez bonne mine aujourd'hui!... Vite repliez dans votre main droite le pouce, le médius et l'annulaire; tendez bien l'index et l'auriculaire, portez-les sur votre cœur et frottez-le avec le bout de ces doigts : vous voilà sauvé. Autrement, si cette personne n'était pas votre amie, si elle avait le mauvais œil, vous deviendriez en peu de temps, épuisé, et peut-être même mortellement atteint. Et si l'on craint de choquer les gens par cette petite manœuvre défiante, on se contentera de passer adroitement la main sous son habit, et de frotter à la dérobée ses deux doigts sur son cœur... Et la mauvaise influence sera dissipée. »

Ne sont-ce pas encore les Napolitains qui, la première fois qu'ils coupent les ongles de leurs enfants, leur mettent une pièce d'or dans les doigts, pour attirer sur eux les faveurs de la fortune?

Un mot des 'présages tirés de la main.

Ce genre de mantique, comme « l'avenir par les cartes », a survécu à tous les autres, et se pratique quotidiennement encore dans toute l'Europe.

A en croire la chirognomonie 2, il suffirait d'inspecter la main des personnes pour connaître par sa forme le caractère et les aptitudes : ainsi les doigts lisses seraient ceux des gens impressionnables; et les noueux, ceux des personnes réfléchies et ordonnées ; les doigts longs et fins appartiendraient aux diplomates et aux rusés, et ceux en spatule, aux hommes industrieux; gros et courts, ils indiqueraient la rudesse et la brutalité; enfin, un grand pouce annoncerait un homme de tête, et un petit pouce un esprit irrésolu.

Au demeurant, il y a peut-être quelque trace de vérité dans ces remarques physiologiques.

1. Journ. des D., XVe année, n° 8. — Voir aussi Th. Gautier, Jettatura.

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