‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 170 sur 285 · Glaber a été traduit par M. Guizot · texte numérisé non relu

Glaber a été traduit par M. Guizot

résulta un dicton que l'on entend répéter parfois encore : « Je m'en moque comme de l'an quarante ! »

De notre temps le peuple, on le sait, a surtout une prévention résolue contre le Vendredi et contre le nombre treize. Cependant, le jour de la Rédemption devrait être, ce semble, un jour béni; et d'autre part, si sur treize commensaux il doit se trouver une victime dans Tannée, sur cinquante il y aurait encore plus de probabilités de deuil.

Mais à quoi bon raisonner quand il s'agit d'idées préconçues1?

On raconte qu'en 1339, une bataille fut remise au lendemain, afin que l'action ne fût pas commencée un vendredi.

Dans un document de 1675 on trouve une lettre de Colbert se plaignant qu'une escadre eût différé de mettre à la voile, parce que les matelots ne voulaient pas partir un vendredi : « Comme ce retardement, écrivit le ministre, peut apporter beaucoup de préjudice au bien de son service, Sa Majesté m'a ordonné de dire qu'elle veut que vous examiniez les moyens d'oster ce scrupule de l'esprit des matelots. »

Les moyens sans doute ne furent pas faciles à trouver, et le Roi- Soleil put s'apercevoir qu'une idée fausse se détruit moins vite qu'un corps d'armée.

Pas plus que le vulgaire, les hommes illustres ne furent exempts de superstitions enfantines. Frédéric le Grand, Maupertuis, le marquis d'Argens avaient une peur effroyable du chiffre treize.

Au contraire Henri IV et Louis XIII marquaient une prédilection pour ce nombre et pour le vendredi.

Sous les premiers rois, treize n'était point toujours regardé comme étant de mauvais augure. Ainsi lors du mariage de Clovis on offrit à Clotilde « un don de treize deniers comme souhait de bonheur ».

Aux esprits pusillanimes que le Vendredi déconcerte, on pourrait rappeler que Christophe Colomb s'est embarqué pour

1. Par exemple, il est admis dans certaines provinces que pour se rendre le sort favorable, il faut au 31 décembre, minuit sonnant, manger une grappe de raisin tout en tenant une pièce d'or dans la main.

L'Amérique un vendredi1, el que cela ne Fa point empêché d'aborder au Nouveau Monde.

D'ailleurs, qu'on opère sur un nombre quelconque, et grâce à quelques connaissances historiques, grâce surtoul à beaucoup de tâtonnements patients, on arrivera à présenter un tableau surprenant, là où il n'y a <'n réalité qu'une ingénieuse combinaison, aussi radiée que laborieuse.

Qu'on prenne si Ton veut, pour élément d'expérience, non le chiffre treize, mais le chiffre quatorze, et qu'avec le Journal de Henri III et Henri 1\ ~, on s'applique à découvrir le rôle de ce nombre dans l'histoire du Béarnais.

On y verra qu'Henri IV, dont le nom Henri de Bourbon compte quatorze Lettres (remarque le puéril auteur), naquit le quatorze décembre, quatorze siècles, quatorze décades et quatorze ans après la naissance de Notre-Seigneur, — qu'il fut blessé par Jean Chatel quatorze jours après le quatorze décembre, — qu'il gagna la bataille d'ivry le quatorze mars, — que le dauphin naquit quatorze jours après le quatorze septembre et fut baptisé un quatorze^ — que le roi vécut quatre fois quatorze ans, quatre fois quatorze jours et quatorze semaines, — qu'il fut tué le quatorze mai 1610, quatorze siècles et quatorze olympiades après l'Incarnation, — et Ravaillac exécuté quatorze jours après la mort desa royale victime.

Supposons maintenant une personne, ayant le loisir de perdre laborieusement son temps, selon la jolie expression de M. Cousin, et recherchant la fatalité du nombre quinze dans la vie du prédécesseur ou du successeur d'Henri IV... Il est possible qu'il arrive à un résultat aussi étonnant en apparence, mais non moins dénué de valeur scientifique.

Donnons une preuve de la force du double préjugé concernant le vendredi et le nombre treize.

En 1885, il y eut trois vendredis treize, en février, mars et novembre. Eh bien! ces jours-là, une notable partie de la popula-

1. Pour rendre l'épisode plus curieux, des auteurs ajoutent au vendredi le nombre 13. C'est inexact : Colomb est parti le vendredi 3 août 1492, et est arrivé le vendredi 12 octobre.

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