‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 175 sur 285 · R. P. Charlevoix, 7 G · texte numérisé non relu

R. P. Charlevoix, 7 G

ENQUÊTE SUE LES SUPEBSTTTIONa 261

L'Église triomphante, les dévotions spéciales s'expliquent donc bien, d'autant plus qu'elles ne se confondenl nullement avec les articles de foi obligatoires.

Dans le monde libre-penseur, on qualifie aussi de superstition, de fétichisme, Le culte des reliques.

On ne s'explique pas ces sarcasmes.

Ne trouve-t-on point aussi naturel que judicieux le respect dont on entoure le cher souvenir d'un mort : la bague qu'il portail au doigt, les cheveux qui ornaient ses tempes, le bâton sur lequel s'appuyait sa vieillesse, le jouet défraîchi que l'enfant envolé tenait dans ses petites mains, aujourd'hui glacées par la mort, ou encore la dernière robe du baby qui n'est plus...?

Pourquoi ces objets seraient-ils sans valeur quand ils ont appartenu à une créature qui, de son vivant, s'est illustrée par d'héroïques vertus, par des abnégations sublimes?

N'est-ce pas à l'emblème sacré de la patrie et non point à un vulgaire morceau d'étoffe que s'adresse le salut au drapeau? Estce donc pour arracher des mains de l'ennemi un chiffon tricolore au bout d'une hampe, que le soldat se fait hacher par la mitraille, et meurt heureux, en s'enveloppant dans ses plis déchirés, comme dans un linceul glorieux?

Le signe n'est rien : la pensée est tout.

III. Ainsi que le cours des astres, ainsi que les faits humains, le règne animal a fourni quantité de pronostics.

Dans cet ordre d'idées néanmoins, une remarque très spéciale est à faire, en ce qui concerne le culte des animaux en Egypte.

A partir de la XIIe dynastie surtout, les divinités furent représentées plastiquement, avec des tètes de quadrupèdes ou d'oiseaux; et nous avons expliqué que, dans ce cas, l'animal était un symbole ou même un signe alphabétique seulement, les hiéroglyphes dessinant l'emblème qu'il s'agissait d'évoquer dans l'esprit.

Dès lors on s'explique combien cette zoolàtrie, plus apparente que réelle, devait engendrer de légendes extravagantes, et faire de l'Histoire naturelle, sur les bords du Nil, une histoire plus ou moins surnaturelle.

Par suite, et nous ne saurions trop insister sur ce point, un animal peut figurer de deux manières dans l'ethnographie des peuples : quand il est pris comme allégorie d'une divinité connue, quand il désigne des dieux, des mânes d'ancêtres ou des génies protecteurs, il appartient moins au domaine superstitieux qu'à l'idée religieuse même.

Mais quand l'animal, au lieu d'être un symbole sacré, n'est que l'occasion de préjugés et de légendes, il rentre alors dans la catégorie des superstitions vulgaires. Et si l'on veut un exemple, nous dirons : le scarabée, le chacal, faisaient partie du culte égyptien, en tant qu'ils figuraient les dieux Phtah et Anubis; tandis que les opinions de certains de nos paysans au sujet des chats noirs, des hiboux, des chouettes ou des araignées, ne sont que de sottes aberrations, nullement justifiées par la foi chrétienne que ces gens professent, et qui les blâme au contraire.

Toutefois certaines croyances qui, en l'état actuel des connaissances ethnographiques, sont placées par les savants dans la catégorie des superstitions pures, occupent peut-être une place plus élevée dans les cultes des non-civilisés.

Quoi qu'il en soit, on n'oubliera pas que, dans la théologie catholique, on comprend sous l'appellation générique de superstitions, tous les cultes des non-chrétiens, qu'ils soient classés ou innomés.

Il n'était jamais permis aux Égyptiens de manger la tête cV aucune bête, et diverses viandes leur étaient absolument interdites. Quand les prêtres avaient examiné les victimes, pour voir si elles étaient sans défaut, ils en coupaient la tête et la jetaient dans le fleuve, en priant le ciel de faire retomber sur cette tète les malheurs qui pouvaient menacer l'auteur du sacrifice. On rasait le crâne des enfants; et le poids des cheveux était converti en argent, que l'on distribuait dans chaque province aux gardiens des animaux sacrés, à titre de gratification. Jamais un Égyptien ne se permettait de s'asseoir à la même table qu'un étranger1, ni même de manger de la viande coupée avec le couteau d'un

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