Nous étudierons bientôt le Grand Manitou
N'a-t-on point lieu clc s'étonner un peu de trouver cette poésie chez un peuple, « si voisin de la vraie sauvagerie, et dénué de la moindre idée chevaleresque1 »? Le Peau-Rouge, en effet, ne se complaît que dans la guerre d'embuscades et de surprises; il n'a même point honte de l'anthropophagie; et, selon le jugement d'un auteur2, « il mettra sa gloire à épier un ennemi comme un renard, à l'attaquer comme un tigre, et au besoin à s'esquiver comme un lièvre ».
Très différent du nègre, le Peau-Rouge est silencieux, et n'éprouve nulle admiration pour notre civilisation européenne, que vraisemblablement il trouve inutile et ridicule; et cependant son intelligence est supérieure à celle de la plupart des Africains.
D'une extrême sobriété quant à la nourriture, il s'adonne pourtant volontiers à l'ivresse. La liqueur enivrante se compose d'une infusion de cassave préparée de la manière suivante : on fait cuire les racines de cette plante; puis les femmes les retirent à demi bouillies, les mâchent pour les broyer, les rejettent à l'état pâteux, et les laissent fermenter ensuite dans un peu d'eau. ïl en résulte un liquide acide et capiteux, très goûté des Peaux-Rouges.
Enclin, plus que tout autre, à voir partout des souffles conscients qu'il personnifie, le Peau-Rouge, coupable de quelque méfait commis en état d'ivresse, se disculpera — non sans esprit — en déclarant seule responsable « l'âme de la liqueur qui a causé le mal.. S' »
Les grandes merveilles de la nature : rivières, lacs, cascades, sources, passent, comme en Afrique, pour autant d'habitations de Génies. Le hibou, la chouette, le corbeau, oiseaux aux mœurs spéciales, sont considérés comme fatals ou prophétiques : plus d'un de nos paysans partage ces superstitions. Les Peaux-Rouges croient de plus à l'existence d'Esprits propres aux individus, (comme sont les fétiches pour les Africains), et qui, sous une forme animale, portent le nom de totems.
Pour les anciens indigènes des Antilles , les individus et les familles avaient des protecteurs invisibles, des chemis renfermés