Siam, par M§r Paillegoix, II, p
T.TK BUB LES SUPERSTITIONS. 267
Tuna, L'époux d'Ina, métamorphosé en plante, après avoir été anguille? In indigène vous dira que le fail esi bis torique, ei ne saurait être révoqué en doute, puisqu'en épluchanl une uoix de cocotier, ^> on peui encore y voir, clairement reconnaissables, le< yeux ei la bouche de l'époux d'Ina ' ».
V. Les corps Inanimés et les éléments naturels occupent aussi une place importante dans les annales de la superstition.
Le feu, chose si précieuse pour tous les hommes, a été entouré d'un culte \ éritable.
L'ethnographie nous apprend que plusieurs peuples l'ont pris p«>ur une divinité. Ai: ni. dans les hymnes des Aryens, est le dieu du feu. Chez les Perses et les anciens Mexicains nous trouvons des croyances analogues; ajoutons-y le culte de Phtah en Egypte, ceux de Vulcain et de Vesta en Grèce et à Rome. 11 en est de même chez les Kamchadales. les Aïnos et les Mongols.
Les paysans russes, comme les Ghialiaks, estiment qu'il est mal de cracher dans le feu; et hien que les Brahmanes de l'Inde actuelle aient sous la main les procédés modernes, ils n'utilisent pour les fêtes sacrées que le feu naturel, obtenu par le frottement de deux morceaux de bois.
Ce respect pour le feu vient sans doute de l'effroi que causait la foudre, considérée comme une manifestation de la puissance divine ; et aussi de la difficulté qu'éprouvaient les hommes à obtenir du feu et à le conserver pour leur usage quotidien. N'oublions pas, en etl'et, que les allumettes n'ont été inventées par la chimie que récemment, et qu'il y a un siècle seulement, l'allumage était, pour nos pères, une opération compliquée.
Les non-civilisés, eux, produisent le feu par frottement, en inclinant une petite baguette de bois dur sur une surlace de bois tendre, et en répétant le mouvement de va et vient, jusqu'à ce que l'incandescence se produise dans la gouttière creusée par l'extrémité de la baguette.
Les Malais, les Birmans et quelques tribus australiennes préfè-
1. Gill. Myths from Pad/., 79. La base de la noix a effectivement l'air d'une tête grossièrement sculptée.
rent la méthode par sciage : on scie un bambou, avec le bord tranchant d'un autre bambou, jusqu'à ce que l'allumage en résulte.
Les Zoulous, les Peaux-Rouges, suscitent le feu avec la pointe d'une baguette, qu'ils font tourner entre leurs mains dans une fossette de bois tendre. Les Esquimaux ont perfectionné le procédé giratoire, en faisant mouvoir la tige au moyen d'une courroie de cuir enroulée, qu'ils tirent alternativement dans les deux sens. C'est presque le vilebrequin, ou plutôt le violon des serruriers.
L'usage, chez les Négrilles d'Afrique, est de faire, quand ils changent de campement, un feu nouveau, obtenu au moyen du frottement d'un morceau de bois dur contre du bois mou, l'oyondo. Dès que la flamme paraît, chacun apporte branchettes et brindilles pour alimenter le brasier. Si, d'aventure, une des branches se tord sur le feu, comme cela arrive quand le bois est un peu vert, les Négrilles en concluent « que la terre se révolte et qu'il faut aller chercher ailleurs un campement favorable ». C'est par ce signe aussi qu'ils croient prévoir l'approche d'un ennemi ou l'imminence d'un danger.
L'histoire de Prométhée, c'est-à-dire la légende de l'origine divine du feu, se retrouve dans la plupart des mythologies; et, nouvelles Vestales, les femmes australiennes, par exemple, ont pour strict devoir de surveiller la perpétuité du feu domestique. Encore au commencement de ce siècle, en Angleterre et en Suède, on allumait des feux superstitieux pour écarter des hommes et des animaux les maladies épidémiques.
Déjà selon les théories babyloniennes, on croyait éclaircir bien des mystères en jetant dans le feu certaines substances, et en remarquant la direction de la flamme, sa couleur, l'odeur produite et l'aspect de la fumée qui s'échappait du foyer.
Veau n'était pas moins instructive : on versait le liquide prophétique dans un bassin, et le bruit qu'il faisait en sortant d'un vase au col étroit, rappelait le son de certains mots ou syllabes que l'on enregistrait comme réponse divine.
La voix solennelle ou le mugissement lugubre des vagues, les
in, I PERSTITIONa 2C9
figures irisées que forme un peu d'huile versée sur l'eau, faisaient aussi partie de L'hydromancie; et en regardant l'eau dormante on y distinguait mille choses significatives.
Iv Là vint, comme application usuelle, L'art de la Catoptromancie1 : pour trouver une personne cherchée, on plaçai! sur un siège un enfant qui tenait à la main un miroir, devant Lequel défilaient Les individus désignés pour L'épreuve; et celui dont Le visage apparaissait clairement dans Le miroir était, selon le cas, ou le coupable..., ou l'élu2.
On étonnerait nos jeunes danseuses, si on leur apprenait qu'une des figures classiques «lu cotillon est l'évidente imitation de cette bien vieille coutume.
Mais il est admis, décidé, convenu, n'est-il pas vrai? que les petites manœuvres de cette danse ne sont que de simples enfantillages, naïfs comme nuls autres, et n'ayant, ne pouvant, ne devant avoir aucune signification calculée, ni portée quelconque...
Les pierres utilisées pour la divination païenne étaient de deux sortes.
Les unes passaient pour douées de vertus intrinsèques; les autres, cailloux vulgaires, avaient aussi leur emploi : on les projetait dans l'eau des bassins et des lacs. La résonance de leur chute, les tourbillons, les rides ou les déchirures causées par l'immersion de la pierre; le rapide glissement d'un galet siffleur effleurant la surface liquide, ou tressautant dans les ricochets d'une fantaisie folle, étaient pris pour autant de graves sentences.
L'idée suivante n'était pas la moins bizarre : celui qui interrogeait le sort, prenait dans la main une pierre, puis, à haute voix ou tout bas, formulait une demande : et le poids de la pierre était censé devenir plus ou moins lourd, selon la réponse donnée.
On pourrait entrer ici dans des démonstrations d'ordre scientifique, qui établiraient que l'imagination, secondée par une volonté énergique, peut donner, non point seulement l'illusion, mais bien l'impression réelle d'une différence de poids pour un
■ptron, miroir, en grec, w, I'. de l'Ancre, loc. cit.
môme corps, selon les conditions d'afflux sanguin dans les artères de la main ou du bras qui soupèse.
À leur insu, les poètes disent donc vrai, quand leur langue imagée parle de l'âme et du cœur « qui arment le bras des mortels » , en lui infusant force et vigueur par une volition impérieuse.
La provenance insolite des pierres tombant du ciel, les aérolithes, les faisait passer, aux yeux des Grecs et des Romains, pour des accidents merveilleux, lis les supposaient capables de nager sur l'eau au son de la trompette. On admet généralement que ce sont ces sortes de pierres qui sont désignées par les anciens sous le nom de bétyles.
Bien que les métamorphoses d'individus en minéraux soient plus rares que les autres, dans les légendes des peuples, cependant les exemples ne manquent point : Niobé devient un rocher au sommet du mont Sipyle, retraite des nymphes; et dans le mythe de Deucalion, des hommes sont transformés en pierre.
L'idée brutale du culte des pierres n'est peut-être pas aussi matérielle qu'elle le parait. Un très remarquable passage de Pausanias nous fournit une explication précieuse à ce sujet : il écrit, en effet, que, si les plus anciens dieux de la Grèce étaient les pierres, selon la légende, c'est que ces pierres, bien que non taillées, portaient chacune le nom d'une divinité. Pausanias en vit une trentaine de ce genre à Phares d'Aehaïe.
Dès lors, tout s'explique !
Quand on n'avait pas le temps, ou le moyen, de sculpter un bloc de marbre pour en dégager une statue, grâce au ciseau d'un artiste, on gravait sur la pierre soit la silhouette, soit même seulement le nom du dieu que l'on voulait glorifier.
L'idée était donc spiritualiste quand même.
Les anciens Indiens de l'Amérique du Nord voyaient aussi une métamorphose dans tout bloc ou caillou, dont les contours présentaient quelque analogie avec un animal ou un être humain.
Quelques pierres spéciales ont eu une réputation exceptionnelle. Ainsi Pline nous apprend que Y ambre servait à faire des amulettes pour les enfants, et les poètes ont chanté cette substance. La raison qu'on en peut donner est double : l'ambre exhale
ENQUÊTE BUB LES BUPEBSTITIONS. 271
un» odeur aromatique particulière <it acquiert au plus légei frottemenl une propriété électrique1, déjà connue six siècles ayant l'ère chrétienne. On recommandait V agate, contre la soif; la turquoise, pour faire cesser les disputes conjugales; la cornaline, contre les morsures d'animaux...
Actuellement encore les Hindous ont une vénération profonde pour la pierre de jade. Ils lui attribuent des propriétés extraordinaires, et la considèrent connue un souverain remède contre l'épilepsie; ils la portent en amulette4 pour se préserver de l'atteinte des bêtes venimeuses, et assurent que l'application d'un morceau de jade suc le siège du mal soulage les douleurs de crins. C'est aussi une pierre sacrée dans l'empire des Fleurs (Chine) et dans l'empire du Soleil levant (Japon). Il fallait, dans ces pays, occuper une liante situation sociale, presque le rang- suprême, pour posséder ostensiblement une de ces pierres auxquelles les lapidaires orientaux donnent un si beau poli et dont la taille exige un temps énorme. La coupe à sacrifices des empereurs de la Chine est en jade sculpté, et les bouddhistes ont recours à cette pierre, également, pour représenter leurs divinités.
Vers la fin du ive siècle, un médecin fameux, Marcellus, écrivait très sérieusement que le remède souverain contre les maux d'estomac consistait « à porter, suspendue au cou et enchâssée dans de l'or, une pierre de jaspe, sur laquelle on avait fait -îaver un dragon entouré de sept rayons ».
Chez Les Hottentots ou Khoi-Khoi on a une vénération pour les amas de pierres.., Muller2, Thunberg3, Lichtenstein ', en parlent dans leurs relations. Il semble très probable que les Africains de li ente australe y voient autant de monuments ou tombes primitives : ainsi, par exemple, ils racontent que le Génie Gaunab est enterré sous des pierres amoncelées. Th. Hahn, qui a passé son enfance chez les Khoi-Khoi, a constaté chez ce peuple une grande piété filiale : « Nous autres Khoi-Khoi, quand nous sommes dans
1. L'ambre jaune, en grec êlektrotij a donné son nom à L'électricité.