‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 192 sur 285 · Rev. cat. des E., 20 juillet · texte numérisé non relu

Rev. cat. des E., 20 juillet

forme de la superstition. En effet, si cet art était parfois l'occasion de fausses croyances, s*il visait, dans certains cas, an but chimérique, alors par exemple qu'il recherchait La panacée universelle, il avait cependant une valeur scientifique certaine. L'alchimie ne fut que la chimie du moyen âge arabe et chrétien; et la différence du mot n'est qu'apparente, al étant l'article arabe, précédant notre moi chimie.

assurément La caractéristique de cette science était la prétention de taire des métaux, de fabriquer de L'or. Mais avant de s'apercevoir que la précieuse pierre philosophale n'existait pas, Les alchimistes durent procédera un nombre incalculable d'expériences : autant d'investigations utiles, qui servirent d'excellente base pour fonder dans la suite la vraie science chimique.

« Non, écrit M. Bœfer, les alchimistes n'ont pas trouvé la pierre philosophale! mais ils ont amassé, un à un et péniblement, les matériaux dont les chimistes modernes ont fait un édifice non moins merveilleux que le secret de faire de l'or. ' aux alchimistes que nous devons la découverte de l'acide sulfurique, de l'acide chlorhydrique, de l'acide nitrique, de l'ammoniaque, des alcalis, de l'alcool, de l'éther, du phosphore, du bleu de Prusse, etc. »

Ajoutons un mot.

D'illustres savants, tels que Bacon, Spinoza, Leibnitz, ont cru à la transmutation des métaux, selon les théories attribuées à Nicolas Flamel.

Étaient-ce donc des naïfs?

On ne saurait l'admettre : aussi en arrive-t-on à se demander si, au cours de leurs recherches et de leurs essais, les alchimistes n'auraient point entrevu, dans tel ou tel corps, certaines propriétés encore mal définies, mais que la science reconnaîtra peutêtre un jour.

Sans doute, dans tous les laboratoires du monde, même sous l'action des forces les plus diverses et les plus intenses, un corps simple n'a pu être transmuté en un autre corps simple; sans doute, ce n'est certes que sous bénéfice d'inventaire que l'on peut admettre les affirmations de savants Américains qui, après avoir fait dissoudre et redissoudre des pièces d'argent traitées par

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l'acide azotique, auraient obtenu un précipité de poudre d'or provenant de l'argent '.

Quoi qu'il en soit, on est sur la piste d'une curiosité nouvelle.

En efl'et, en l'état des connaissances actuelles, il est constant (les communications de M. Carey Léa, de Philadelphie, et d'autres savants à l'Académie des Sciences en sont la preuve) que des plaques d'argent peuvent présenter Yaspect et la coloration de l'or le plus pur. Ces plaques, a dit M. Berthelot, ne sont que des précipités métalliques agglomérés, qui, sous l'action de divers phénomènes « encore peu connus », procurent à un moment donné la coloration jaune et caractéristique de l'or.

Soit! mais qu'on nous permette de donner ici une explication qui ne semble pas avoir été encore fournie.

Les spécialistes font remarquer qu'il n'y a eu, en fait, aucune transmutation. ..; que le métal traité était peut-être aurifère. ..; qu'en tout cas la combinaison est très instable, un coup de marteau, ou une chaleur intense faisant évanouir l'apparence de l'or, etc..

Il n'en est pas moins vrai que le phénomène, signalé de nos jours comme une découverte, a pu être connu de certains alchimistes, vraiment savants pour leur époque.

Et n'est-ce pas précisément ce caractère d'instabilité dans le rayonnement de For, qui les aurait autorisés à crier à la merveille?

Les expériences modernes — et c'est là pour nous l'intérêt de la question — jettent un jour nouveau sur les travaux des alchimistes, et démontrent, à notre sens, la bonne foi de ceux d'entre eux qui juraient sur leur âme avoir vu au fond de leur creuset de l'or véritable, qui disparaissait tout à coup comme un rêve décevant!

Et voilà pourquoi, contrairement à l'usage, nous n'avons point voulu, dans ce chapitre, mettre l'alchimie au rang des sciences occultes.

Ces constatations récentes peuvent servir d'utile leçon auxjeu-

1. En mai, juin, juillet et août 1897, un chimiste, M. Tiffereau, a livré à la Monnaie des États-Unis de l'or de sa façon, qui lui aurait été payé comme or véritable : la transmutation indiquée serait dans la proportion de 40 o/o.

Il se peut que l'invention consiste en un nouveau procédé d'isolement, ou coupellacion, appliqué à un métal déjà aurifère.

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gens qui, dans leur témérité présomptueuse, seraient tentés de rabaisser desesprits tels que ceux de Bacon et de Leibnitz.

Dans la divination de tous les âges, 1rs ustensiles Nis plus vulgaires ont remplacé aussi de solennels horoscopes.

Tantôt, à la manière des bergers de Théocrite, après avoir éci it des lettres en forme circulaire, on suspendait au centre, par un fil, un crible; ou encore on l'établissait en équilibre sur une pointe. Ce crible, après avoir été mis en mouvement, répondait à la manière de nos jeux forains de rouge ou noir.

Tantôt on trouvait un sens à la marche d'une boule courant dans un cadre, et \ dessinant des angles rentrants, selon des lois qui n'ont assurément rien de surnaturel!

In billard eût été un parfait instrument de spondylomancic '.

Dans un très rare manuscrit qui se trouve à la bibliothèque de l'Arsenal, on voit que la clidomancie se faisait avec une clef, autour de laquelle on attachait un papier portant le nom de l'inculpé : on y ajoutait un livre de l'Écriture Sainte, et le tout était placé dans un filet attaché à Y ongle du doigt d'une jeune fille

qui devait alors prononcer bassement cerlains mots... » Si à ce moment la clef et le livre tournaient, on croyait avoir devant soi le coupable. En cas de « non volubilité de la clef », c'était l'innocence reconnue2.

La lampadomancie s'occupait de la forme, de la couleur et des mouvements de la lumière d'une lampe, etc..

En dehors de ces pratiques plus ou moins générales, que d'aberrations particulières, impossibles à rattacher à aucun groupement! Saint Bernardin de Sienne, au commencement du w siècle, énumère les superstitions suivantes :; :

— Jeter la crémaillère de sa cheminée hors de son logis, pour avoir beau temps.

— Mettre une épée nue sur le mat d'un vaisseau, pour détourner la tempête .

1. La boule qui dans l'antiquité grecque servait à exprimer les suffrages, portait le nom

idulos; eDe était de la grosseur des vertèbres du cou, dont l'ancien nom était

2. Belat, Éléments de maff, Manuscrit de la Biblioth. de l'Arsenal, S. A., n° 81, page 178.

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