‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 193 sur 285 · V. Abbé Thiers, Trait . I · texte numérisé non relu

V. Abbé Thiers, Trait . I

— Danser dans l'église aux fêtes de l'Assomption et de saint Barthélémy, pour être guéri du mal caduc.

— Ne point manger de têtes d'animaux, pour n'avoir point mal à la tête.

— Toucher avec les dents une dent de pendu, ou mettre du fer clans la bouche lorsque l'on sonne les cloches le Samedi- Saint, pour guérir le mal de dents.

— Contre la goutte- crampe, porter un anneau fait dans le temps qu'on prêche la Passion.

— Prendre deux roseaux, ou deux noyaux d'aveline, les faire joindre l'un à l'autre, et les porter pendus à son cou, contre les entorses.

— Mettre sur un enfant qui est tourmenté des vers, un morceau de plomb fondu.

— Chasser les maléfices, en comptant avec le pied les pierres d'une muraille, et la toucher du genou, tout en courant.

— Faire passer des enfants entre des racines de chêne ou par un trou nouvellement fait, afin de les guérir des maladies infantiles.

Enfin pour développer l'intelligence et augmenter l'entendement, le savant Cardan recommande de frotter le visage des enfants avec du suif et de la graisse d'ours l.

Si les textes n'étaient là, on hésiterait à croire qu'on ait pu ajouter foi à des pratiques si ridicules.

Qu'on ne s'imagine point que les progrès de la civilisation et des sciences aient, dans notre siècle, affranchi le peuple d'une crédulité enracinée.

Négligeant de rappeler les superstitions, par trop vulgaires, qui se rattachent aux couteaux en croix, aux salièi'es renversées, aux trois flambeaux allumés, aux bas mis à l'envers, etc., nous ne nous occuperons que de celles qui présentent un caractère spécial d'originalité :

— Enfouir son argent avec du sel préserve des voleurs.

1. Dans les rapports de police de Dutard, sous le ministère de Garât, on voit que l'on vendait à Paris ce des boîtes de graisse dépendu pour' guérir des rhumatismes ».

ENQUE I E 9UB LES BUPERSTITION& 277

— Chausser La jambe droite la première, l'ail passer la colique.

— Ne pas casser la coquille des œufs qu'on a mangés, donne La fièvre.» . Serait-ce pour cela que certains manuels du savoir-^ ivre recommandent de briser la coque, une fois L'œuf mangé?

— Couper les accès de fièvre eu suspendant au cou, pendant un instant, m une auge de porc ».

— Tuer une hirondelle, c'est occasionner nue pluie qui durera quatre semaines.

— Quand un grain de poussière entre dans l'œil, cracher trois fois sur le bras droit pour faire sorlir le corps étranger.

— Pour ne pas perdre le contenu qu'on a aclieté, donner à un chien le premier morceau de pain que Ton coupera avec.

— Si. étant sans argent^ vous entendez chanter le coucou, vous resterez sans ressources toute l'année.

— Rencontrer le matin un lièvre ou une vieille femme, porte malheur.

— 11 faut brûler les cheveux qu'on se fait couper, à peine d'être atteint de calvitie.

— Si l'on remercie pour du lait donné en cadeau, la vache tombera malade.

— Pleut-il le jour d'une noce? La mariée pleurera souvent.

— Ne couper les ongles des enfants qu'avec les dents, autrement on aurait des fils fripons.

— Si l'on peut faire entrer un nouveau-né par une fenêtre de l'église, on assure qu'il aura longue vie : on voit que la chose n'est guère réalisable qu'autant que l'église n'est qu'une pauvre masure.

— Si un chien passe entre deux amis, c'est signe de rupture.

— Celui qui mange le pain auquel un autre a déjà mordu, ressentira bientôt de la haine contre lui.

— Il ne faut pas remettre à la mamelle un enfant qui a été tevréy à peine de le voir devenir parjure ou blasphémateur.

— On sera à l'abri de X incendie, si tous les animaux domestiques sont de couleur noire : poules, chats, chiens, oiseaux.

— L'n d'il d'hirondelle mis dans un lit empêche de dormir.

— Un oreiller de plumes de perdrix conjure tout accident.

— Pour éviter les maladies du bétail, mettre du sel aux quatre coins de la prairie, le premier jour d'avril.

— Dans le Morvan, le mercredi des Cendres, les paysans enfilent trois œufs par le petit bout et les suspendent à leur porte, pour éviter d'être incommodés des mouches durant l'été.

— On est guéri du mal caduc en portant les noms des trois rois 3Iages : Gaspar, Melchior, Balthasar1.

Aussi bien que les campagnards, les habitants des faubourgs parisiens ont leurs superstitions, en dépit de leur esprit éveillé.

Une des plus sottes peut-être, est celle suggérée par la présence d'une soutane. « Plus d'un de nos paroissiens, écrit un ecclésiastique du quartier de Clignancourt, est convaincu que le voisinage de certains objets, la rencontre de certaines personnes porte malheur : ainsi la vue d'un prêtre serait la source d'une foule de calamités... Mais le remède existe à côté du mal, et pour conjurer le mauvais sort, il suffit de toucher du fer. Aussi rencontrons-nous, à chaque instant, ouvrières ou travailleurs qui, à la vue de notre soutane, se précipitent vers un bec de gaz ou tirent subrepticement une clef de leur poche. Un jour, je croise une vieille femme qui, effrayée, fouille dans sa jupe. Rien! Elle cherche des yeux le bec de gaz protecteur : il est au moins à 30 mètres. Alors poliment, je prends ma clef et la lui présente : elle me regarde ébahie. Cependant la crainte superstitieuse est la plus forte; et, posant sans rire un doigt sur l'objet de fer, elle s'esquive, désormais rassurée. »

VI. Nous avons détaché du chapitre sur les religions un certain nombre d'hérésies tellement extravagantes, qu'elles peuvent être comprises dans les superstitions.

Contentons-nous d'en citer, à titre de spécimens, quelques-unes peu connues.

Les Abécédaires formaient une catégorie particulière d'ana-

1. Gaspar fert myrrham, thus Melchior, Balthasar aurum : Hœc tria qui secum portabit nomina regum Solcitur a morbo, Chrisli pietate, caduco.

Rituel de Chartres, en l'an 1500.

N DÊTB sri; i.Ks SUPERSTITIONS. 279

baptistes, qui prétendaient que pour être sauvé il oe fallait rien étudier, et De pas même connaître les lettres de l'alphabet : Carlostadt, pour s'affiliera La secte, renonça àson titre de docteur, lit portefaix.

On voit que si nous descendions plus bas dans l'échelle des excentricités, nous rencontrerions la démence pure.

Les Artotyrites, secte répandue dans la Galâtie1, et dont parlent saint Epiphane et saint Jérôme, soutenaient que rien ne s'opposait à ce que les femmes fussent admises à la prêtrise et à l'épiscopat : (-t. sous prétexte de se rapprocher davantage des patriarches dont les offrandes consistaient surtout en laitage, ils voulaient employer pour la consécration eucharistique du pain pétri avec du fromage.

Une des branches des gnostiques, les Borborites^^ appliquant au corps ce qui est dit de l'Ame faite à l'image de Dieu, se barbouillaient et même se lacéraient le visage « pour défigurer L'image d'un Dieu parfait, dont l'homme était trop indigne ».

Les Effrontés n'étaient pas des cyniques, comme leur nom le ferait supposer; seulement ils soutenaient qu'on était chrétien sans qu'il fût besoin d'être baptisé! Ils remplaçaient le signe du baptême « en raclant leur front jusqu'au sang avec un couteau et en le pansant ensuite avec de l'huile ».

Les théologiens de cette école désireux de se singulariser, et s'autorisant d'arguments d'analogie, disaient « que gratter une tache, équivalait à la laver dans l'eau du baptême ».

En Autriche et en Bohème3 on trouve les Lollards, ainsi désignés du nom de leur fondateur. Ils rejetaient les cérémonies de L'Église, le baptême, l'institution du mariage, et professaient cette stupéfiante doctrine : « que c'est injustement que les anges rebelles ont été chassés du ciel, et qu'ils devraient y être rétablis ».

On se demande ce que pouvaient amener, pratiquement, ces protestations en vue d'une réhabilitation aussi rétrospective!

1. Ancienne contrée de l'Asie Mineure, ré'luite en province romaine sous le règne

iste.

2. Du grec borboros, boue, ordure. On trouve des détails sur cette secte dans Philasttus,

Page 1