‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 202 sur 285 · Chanta X-XI · texte numérisé non relu

Chanta X-XI

-. Région ténébreuse que la mythologie plaçait sous la terre3 au-dessus des enfers.

— Empêcher les piqûres de puces en disant : och, ochî

— Devenir infatigable à la marche, grâce aux mots « veriniel, jurimiel etc. » insérés dans la chaussure.

— Fixer la tendresse des époux, en faisant, pendant la bénédiction, trois nœuds à son mouchoir ou à une corde, et en répétant : ribal, nobal, vanarbi...

— Guérir les chevaux vicieux, à condition de prononcer certains mots, le jour où se montre le croissant de la lune.

— Chasser les charançons, en écrivant quelques signes sur quatre bouts de papier placés à l'angle de la grange.

— Attacher à son cou un grimoire, pour guérir de la jaunisse.

— Combattre le venin des serpents et des vipères en avalant, à une heure dite et en un endroit déterminé, un morceau de papier décoré de dessins. On conseille d'employer le papier, de préférence au parchemin : c'est la seule chose relativement raisonnable qui se trouve dans la recette du magicien!

— Se délivrer de X insomnie par des figures hexagonales.

— Écarter nombre de maladies en adressant de petits discours à des sureaux ou à des chênes, auxquels on a fait une incision du côté de l'orient.

— Conjurer tout maléfice, parle moyen d'un fer à cheval qu'on aurait trouvé fortuitement, de grand matin, en allant aux champs. L'idée a dû être suggérée par un malin fermier, désireux de stimuler le zèle de ses laboureurs paresseux.

L'absurdité dépasse souvent le vraisemblable! Ainsi il y a des vers latins pour empêcher les suites de l'ivresse, d'autres contre les rages de dent, des syllabes que le patient doit épeler tout haut « quand commence à se former le croissant de la lune ». De plus, il est expressément recommandé « de prendre en même temps de la houe sous ses chaussures, et d'en mettre une pincée sur la dent malade ».

Est-il bien exact que les paroles, les monosyllabes ou les lettres suggérés par les magiciens fussent dénués de sens? que ce n'étaient que des mots sans suite, pris au hasard par des gens d'une ignorance, d'une sottise exceptionnelle?

Telle n'est point notre conviction.

Nous sommes très porté à croire que, pour plus d'un desl

consultants, et en tout cas pour l'opérateur, les lettres utilisées dans les formules étaient les initiales de mois ou d'anagrammes intelligibles; que de même les syllabes riaient une abréviation de noms, volontairement déformés ou tronqués en vue de voiler rintention de L'intermédiaire.

En effet, en y regardant de près, tantôt on voit que telles formules d'enchantement1 correspondaient à des syllabes entrant dans la composition de noms démoniaques; tantôt les paroles n'avaient de pouvoir, assurait le magicien, que si elles étaient proférées, par exemple, pendant qu'on forgeait une fourche un jour de Dimanche », ou en souillant des objets religieux.

Mue les charmes ou les maléfices fussent, en définitive, impuissauts ou efficaces : peu importe! il n'en est pas moins constant que le magicien, en pareille circonstance, faisait délibérément œuvre d'impiété, dans l'espoir d'obtenir en échange le concours des enfers.

Du moins, tel était son vœu, son désir évident, indéniable, quand il prescrivait des blasphèmes, des actes coupables ou même des profanations, comme condition de réussite.

Au contraire, nous trouvons classées, à tort, parmi les formules magiques, des inscriptions qui n'ont rien de commun avec les talismans profanes. Ainsi, dans les musées d'artillerie, on trouve drs armes sur lesquelles sont gravés des mots sacrés : Inri, ou ave Maria: homo factus est, ou verbum caro, autant d'expressions liturgiques qui correspondaient aux sentiments de foi qui animaient les guerriers de l'époque. Ce pieux usage se comprend d'autant mieux que, dans le pommeau des glaives, qu'il s'agisse, par exemple, soit de la Durandal de Roland, soit de la Joyeuse de Lharlemagne, le combattant, comme nous le raconterons au livre Ve, enchâssait souvent de précieuses reliques.

A la différence du magicien qui cherchait avant tout à faire croire à l'efficacité de ses enchantements et de ses charmes, le sorcier était un agent de malheur, redouté comme un vrai iléau.

1. On appelait charmeurs, ou enchanteurs, ceux qui pratiquaient l'art magique au moyen de parole?, de chants : carmina.

Maints sorciers et sorcières n'ont-ils pas été brûlés vifs à cause de leurs maléfices?

Le fait n'est point douteux. Les annales judiciaires contiennent la relation de quantité de procès pour cause de sorcellerie.

En 1460 à Arras, en un seul jour, cinq femmes et plusieurs hommes accusés de sorcellerie meurent sur le bûcher. Encore en 1670, le Parlement de Rouen condamnait les sorciers au supplice du feu. Une lettre de l'intendant de cette ville, adressée à Colbert et portant la date du 19 juillet 1670, montre que ce n'est que grâce à l'intervention royale que vingt individus, accusés de ce crime, virent leur procès ajourné, et que quatre condamnés évitèrent la peine capitale.

Tout en s'élevant contre l'odieux de ces exécutions épouvantables, il ne faudrait pourtant point croire que les condamnés fussent de braves gens, victimes seulement des passions, des préjugés ou de l'ignorance de leurs contemporains.

Désireux de nous éclairer à cet égard, nous sommes remonté aux sources mêmes; et nous avons pu constater que si les individus recherchés par les Parlements pour crime de sorcellerie, n'étaient point coupables de tous les méfaits relevés contre eux, du moins c'étaient presque toujours des misérables, qui s'étaient ingéniés avec une perversité rare, à commettre les actes les plus impies, les profanations les plus blâmables.

Cette constatation soulage un peu la conscience, et explique, étant données les mœurs du temps, les cruautés de l'expiation infligée aux sorciers.

« Remarquez, dit Bodin, que pour engager la crédulité des peuples, les receptes (recettes) des vilains sorciers sont pleines de belles oraisons et de psalmes; et, à tout propos même, viennent les noms de J.-C, de la Trinité, de la Croix, ou de saintes paroles du Messie. »

C'est contre quoi s'élèvera plus tard particulièrement le Concile de Trente, en défendant à toute personne d'user de citations et pensées de l'Écriture sainte « pour superstitions, enchantements, divination, sortilèges, ou libelles ».

Le 19 janvier 1577 un arrêt de la Cour condamna une sorcière, qui fut brûlée à Paris. La prétention de cette femme était de

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guérir divers maux « en fendant un pigeon en deux el en rappliquant tout chaud sur L'endroit malade ». Soit! mais pour être efficace ce cataplasme insolite devait être accompagné d'irrévérencieuses pratiques « faites au nom du l'ère et du Kils et du Saint-Esprit, de saint Antoine ci de saint Michel, l'Ange ».

Un autre sorcier se disait capable de guérir, grâce à des produits anodins, à condition toutefois que le nom de Belzébuth entrât dans la panacée de son invention.

Le Rosier historial raconte L'aventure d'une sorcière qui fut mise à mort pour ses « abominations »; et le jurisconsulte Pierre Grégoire1 ajoute que cette femme coupable de sortilège fut brûlée en 1 it>o -.

Qu'avait-elle donc fait?

La vieille femme, parait-il, avait conseillé « de baptiser un crapaud, en lui imposant h- nom de Jean, et ensuite de profaner des hosties en les faisant avaler à cet affreux animal ». On devine L'indignation que devaient susciter pareils sacrilèges à une époque de foi ardente.

En résumé, et sauf exception, les soi-disant sorciers semblent avoir été (tout maléfice à part) de fort vilains personnages, et leur infamie fut la première cause de leur malbcur.

On a donc beaucoup exagéré la pitié qu'ils méritent.

Les esprits malveillants, de rang secondaire, étaient légion pour les hommes du moyen C\ge.

Assurément, au dire des légendes, il est quelques génies familiers, aimables, serviables. Ce sont (pour ne citer ici que des exemples relativement modernes) : les soirées des Alpes qui, la nuit, cultivent les jardins: certains gobelins de Normandie, qui balayent la maison et battent le beurre en l'absence de la ménagère; les esprits follets qui reprisent le linge et tissent la toile. Comme le dit la Fontaine :

Il est au Mongol des follets Qui font office de valets.

Mais combien plus nombreux sont les esprits malins ou hostiles !

1. Pierre Grégoire, savant jurisconsulte, né à Tonlou.se vers 1540. î, Fiammii veneficam cons>imptam.

Ainsi, à en croire les vieux récits, les ondines de la Moselle sont des fées dangereuses qui attirent les voyageurs près des rivières, pour les y précipiter.

Les fadets du Berry et de la Marche font de même à l'égard des paysans, en les entraînant dans des marais et des fondrières inextricables.

Le drac du Languedoc et de la Provence est le génie qui poursuit les enfants et les fait perdre dans les bois.

Le soir et de Lorraine frise les cheveux des jeunes paysannes, qu'il tourmente et pourchasse.

Les korrigans bretons, nains difformes, habitent sous les pierres druidiques, et enlacent dans leurs danses le voyageur égaré dans les landes, en l'obligeant à chanter en cadence les noms des jours de la semaine.

Les herlequins ou hellequins se livrent à des chasses fantastiques dans les forêts du Jura et de la Franche-Comté; malheur à qui les rencontre !

Les lutins, esprits malicieux, passaient pour hanter les demeures; à tel point que l'on vit des arrêts de Parlement1 annulant la vente de maisons « reconnues habitées par de vindicatifs lutins ».

Il n'est pas sûr que dans nos campagnes ne se rencontreraient point, çà et là, quelques individus croyant encore aux loupsgarous, c'est-à-dire à la transformation magique d'êtres humains en loups terribles, grands amateurs de chair fraîche.

Durant le moyen âge, le catholicisme eut à lutter en Danemark contre la superstition sous toutes ses formes : les sorcières surtout étaient l'objet de la haine populaire.

Dans une remarquable étude sur l'ancien Danemark2, nous trouvons la preuve de l'intervention du pape Grégoire VII, écrivant le 19 avril 1080 au roi Harald Hein, pour l'adjurer de ménager de pauvres femmes auxquelles on imputait les épidémies, les orages et toutes sortes de malheurs, « sinon, ajoutait-il, Dieu punirait sévèrement les Danois, au cas où ils continueraient à traiter ces malheureuses avec autant de barbarie ».

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