‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 205 sur 285 · En Xouvelle-Ponuranie, par M?r Couppé · texte numérisé non relu

En Xouvelle-Ponuranie, par M?r Couppé

ne se montraient à ces derniers « que quand ils étaient nés le dimanche ».

D'après M. Von Brandt, ministre d'Allemagne en Chine, les Chinois ressentent une extrême terreur du monde invisible. « Une rue de Pékin, déserte pour tout autre , est le soir, pour ses habitants, toute peuplée de milliers d'êtres surnaturels qui épient le passant, le bernent et le maltraitent... Derrière cet arbre desséché, l'attend l'esprit du dernier homme qui s'y est pendu, et qui doit sans relâche errer sur le lieu du suicide, jusqu'à ce qu'un autre vienne terminer ses jours au même endroit. Là, autour des jonchées de pivoines, planent et flottent les fées, habitant jadis le calice des fleurs. Et qui dit au voyageur nocturne que la jeune fille, qui regarde par la porte entre-bâillée, n'est pas un renard ayant revêtu la forme humaine pour tromper plus facilement un imprudent? Cette croyance des Chinois au merveilleux n'apparaît pas seulement dans les contes et les légendes : elle enserre dans ses mailles leur vie quotidienne. »

Sorcières et sorciers jouaient, dans l'ancienne Chine, un grand rôle, et avaient place officielle dans l'État et à la cour. D'après un calendrier de la dynastie Chan, qui date, dit-on, du xnc siècle avant notre ère, les sorciers et les sorcières appartenaient au personnel du Ministère des Cérémonies : ceux-là précédaient l'empereur, celles-ci l'impératrice, pour les visites de deuil. Dans les sacrifices, les sorciers invoquaient les esprits, et en cas de calamités publiques, ils indiquaient les formules et les danses prescrites.

Dans l'Empire du Milieu, on s'adonne aussi à l'inoculation des maladies à l'aide de figurines mystérieusement préparées : c'est un procédé d'envoûtement. Seulement, en Chine, les figures sont faites, non de cire, mais d'argile, et, pour être actives, doivent être inondées de sang humain chaud. On les enfouit dans les fondements ou les fossés d'une maison, en vue d'attirer le bonheur sur ses habitants. Les Chinois croient aussi que les ponts et les murs élevés sur le corps d'un homme enterré vivant, sont indestructibles. Le sang humain, surtout le sang des criminels décapités, passe pour avoir une grande vertu curative : il est administré aux poitrinaires. Le cœur et le foie des braves donnent, à ceux qui les

BNQUÊTB BUB LES SUPERSTITIONS. 299

frangent, force et courage : il a'esl pas pare de trouver des cas, bien constatés, où ces deux organes, arrachés pantelants du corps de pirates ou de rebelles mis à mort, ont été dévorés par d.'s Chinois, désireux de s'assimiler L'intrépidité de leurs victimes.

L'article *2.V> du Code annamite' ordonne la décapitation «les auteurs de prédictions, de livres de sorcellerie ou de paroles magiques; et cent coups de bâton truong , avec trois ans de « travail pénible », pour quiconque cachera ou recèlera des écrits de ce genre. Le Commentaire ajout»4, non sans raison, qu'émettre la prétention d'inventer des choses surnaturelles, imaginer des présages, forger des sentences cabalistiques, ne peut avoir pour but « que de jeter le trouble dans le cœur des hommes, afin de préparer des choses contraires à la justice ».

De plus, la peine capitale est prévue, en cas de vol d'objets consacrés aux Esprits honorés dans les grands sacrifices2 : étoiles, mets, animaux, ustensiles... Les dérober est un manque de respect capable d'irriter la divinité; aussi cet acte est-il classé dans la catégorie des dix crimes atroces.

Les imaginations de sorcellerie, répandues sur toute la terre, sont plus vivantes chez les Noirs que partout ailleurs.

La profession de sorcier n'est point là sans péril. Si les prédictions sont contredites par les événements, ou si le sorcier est accusé d'avoir méchamment influencé un grand personnage, on se venge, en lui coupant une oreille et même en le frappant mortellement. Ou encore on le soumet à l'épreuve du poison : l'accusé rejette-t-il, sans l'absorber, le breuvage vénéneux? on le tient pour innocent. Le liquide empoisonné opèrc-t-il à la manière d'une purgation? La culpabilité parait indubitable.

Les individus exceptionnels, tels que les aliénés, les épileptiques, les albinos, sont réputés autant de possédés. Leblanc passant pour être la couleur des esprits, les Noirs trouvent que nous ressemblons à des fantômes, et passablement à des sorciers.

D'ailleurs, qui ne sait les procédés, les expédients, les ruses,

Page 1