‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 21 sur 285 · CROYANCES DES RACES INFÉRIEURES CONCERNANT LE GRAND ESPRIT · texte numérisé non relu

CROYANCES DES RACES INFÉRIEURES CONCERNANT LE GRAND ESPRIT

Notions erronées relatives à l'adoration et à la propiliation. — Pourquoi on exagère mitre mesure le polythéisme. — De la figuration de la divinité et des esprits : la croyance e» limage. — Le Dû a caché des peuples réputés athées. — Unie du symbolisme dans les religions des non-civilisés : ce que signiGent le caïman, la calebasse, la noix de palme. les escargots, les moustiques... — Les esprits méchants objets du culte ordinaire des sauvages; raison de cette anomalie. —Analyse du fétichisme des Africains et réfutation de la doctrine de l'athéisme collectif : Soudan. Côte d'Or, Hottentotie, Zanguebar, Congo, Mashonaland, Guinée. Boschimans, Dahoméens, Bassoutos... : leur Dieu principal. — Les langues Degrés et les idées métaphysiques. — Le Dieu des Mincopies, des Finnois. - Samoyèdes... — Les Manitous et le Grand Manitou des indigènes de l'Amérique du Nord. — Rites religieux des Peaux-Rouges et des Esquimaux; le chien funèbre. — cultes polynésiens, lesTikis, le Tiki-Tiki. — Le Dieu suprême aux Nouvelles-Hébrides. — L'abe d'autels et de temples prouve-t-elle l'athéisme d'un peuple.''— Pratiques religieuses du tatouage chez les Africains et les Polynésiens : rites et procédés îles tatoueurs...

Seconde proposition. — La notion dun Dieu Supérieur se retrouve même chez les peuples sauvages ou non civilisés.

Est-il exact qu'au milieu du naturisme le plus extravagant, de l'animisme le plus exagéré et du polythéisme le plus toiuTu, les découvertes récentes de l'ethnographie révèlent, dans l'humanité, une tendance monothéiste, rune notion d'unité divine parfaitement reconnaissais, en dépit de profondes déformations séculaires, notion contestée hier encore par des rapports superficiels ou incomplets?

Est-il vrai, en un mot, que Dieu se montre au milieu du monde des Esprits, selon une belle comparaison orientale, « comme apparaît un cèdre géant au milieu des broussailles chétives et confuses qui végètent à ses pieds » ?

Telle est la seconde proposition qu'il convient d'examiner, documents en mains.

Au point de vue de l'histoire des idées et des croyances, on

devine l'importance capitale de cette démonstration et le prix qu'on doit y attacher.

Avant de cataloguer, du mieux possible, les noms dont les peuples non civilisés désignent leur Divinité supérieure, quelques remarques préalables sont nécessaires.

a. Quand voyageurs ou écrivains relatent des traditions religieuses, rien n'est plus fréquent chez eux que l'emploi d'expressions abusives, dont la conséquence est de nature à accréditer les plus grosses erreurs.

Surprend-on chez les sauvages une pratique religieuse quelconque?.... Sans autre examen, on conclut aussitôt qu'il y a là un Dieu et un acte d'adoration : comme si un culte ne pouvait pas admettre des degrés divers dans la vénération exprimée! Et, d'office en quelque sorte, on crée des divinités, en transformant en prétendues adorations les plus vulgaires superstitions, et même des imaginations individuelles.

Un exemple montrera le danger de ces fréquentes exagérations, au point de vue de la tradition monothéiste.

La théologie catholique, on le sait, distingue par exemple le culte de latrie ou de vraie adoration pour Dieu seul; le culte de dulie à l'égard des Saints; et celui d'hyperdulie, supérieur au précédent comme le mot l'indique, et réservé à la Sainte Vierge. Or, le fidèle brûle des cierges, s'agenouille, se signe et prie devant ces autels divers. Cependant si l'attitude, si les actes sont extérieurement les mêmes aux yeux des profanes, le sentiment cultuel, aussi bien que la mesure et la signification de l'hommage rendu, diffèrent profondément; est-il besoin de le rappeler?

On devine dès lors combien sont hypothétiques les relations écrites à la hâte par des voyageurs, alors surtout qu'elles ont trait à des sectateurs toujours portés à tenir secrètes les choses sacrées; car là, comme ailleurs, le sentiment religieux redoute les curieux et aime à rester enveloppé dans la solennité du mystère.

b. Par suite du caractère exclusif des études classiques (qui se cantonnent dans la traduction d'oeuvres magistrales, toujours un peu les mêmes), il résulte que les esprits cultivés ont, en général, une extrême propension à exagérer à la fois le sens et la

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portée ilu polythéisme ancien ou moderne, au point de méconoaltre plus d'une lois la synthèse «1 i\ ine. Empruntons tics exemples à deux religions bien étudiées et

classées; el l'on se rendra compte qu'à plusforte raison, dans les

religions actuelles à peine connues, les appellations divines ne

correspondent nullement à autant de personnalités distinctes.

Ainsi, sur les rituels funéraires que les anciens Egyptiens

plaçaient dans les cercueils, on voit comme invocation à Osiris « rémunération de ses cent douze noms, sur tous ses trônes, sur tous ses sièges, dans tousses temples ou palais, et avec tous ses diadèmes l, »

On ue s'étonnera pas qu'à la suite d'un examen sommaire, on ait pu voir dans cette nomenclature une interminable généalogie divin.'.

Et cependant, tout se réfère en définitive à une même Divinité, envisagée sous ses modalités multiples.

Autre exemple.

Les plus illustres maîtres de renseignement classique estiment qu'à Rome, les dieux étaient autant d'attributs de la divinité, et non point des personnages différents.

Certes, étant données les transformations infinies de la religion des Romains, et surtout l'absence de dogme, il faut se garder de formules trop absolues. Toutefois la thèse qui précède contient une très large part de vérité : cette légion de dieux apparents auxquels les philosophes ne croyaient guère, n'appartenait pas moins à la littérature qu'à la croyance même.

« En effet, écrit M. G. Boissier2, le polythéisme romain, si incomplet et si vague, se laissait aisément ramener à l'unité de Dieu. Les Romains ayant répugné longtemps à donner à leurs dieux une forme précise et une existence individuelle, l'esprit réunissait facilement ces abstractions, alors que des personnalités eussent résisté davantage à ces fusions. Comme les Dieux de Home n'avaient point de figure, comme ce n'étaient point des êtres véritables, mais seulement des manifestations divines.

1. Eirch. Grill.. T. 130. — Les Égyptiens, pax Max Duncker, 24' ■'. La religion romaine.

numina, il n'en coûtait pas de rapporter au morne Dieu les noms différents dont on le désignait selon ses attributs variés. C'est ainsi qu'en regardant les dieux comme des qualifications de la même Divinité, on arriverait sans trop de peine à reconstituer l'unité divine. »

Peut-être l'auteur va-t-il trop loin dans son affirmation: en tout cas, l'exagération même du polythéisme vient singulièrement à l'appui de sa thèse.

En effet les qualités morales ou physiques : Sagesse, Courage, Force, Beauté; les phénomènes naturels ou sociaux : les Saisons,\es Vents, la Paix ou la Guerre; les idées divinisées par les poètes : Génies, Chimères, Rêves, Fantômes, peuplaient d'autant d'êtres imaginaires le Panthéon romain.

Enfin, même les actes les plus simples, les plus usuels, prenaient fictivement une physionomie et un corps.

S'agit-il de suivre les premières années de la vie du jeune Romain ? « La déesse Potina (idée de boire) lui apprendra à téter. — Éduca (idée de manger) lui enseignera l'art de se nourrir tout seul. — Statanus (idée de se tenir) sera le dieu lui donnant la force de marcher debout. — Farinas, Fabulinus et Locutius lui apprendront à bégayer, à parler, puis à causer. — S'il sort de sa demeure, la déesse Iterduca l'escortera; une autre déesse, Vomir duca, le ramènera à la maison; enfin, c'est grâce à la divinité Cuba qu'il s'endormira1. »

En vérité! y a-t-il là autre chose que les charmantes images d'une littérature richement colorée , autre chose que de jolies

fictions ?

C'est bien ici le cas, ou jamais, de rappeler que cette forme séduisante que revêt la pensée humaine idéalisée : la Poésie , a été nommée le langage des Dieux.

De chaque mot, de chaque adjectif, les Muses ne savent-elles point, par un artifice littéraire, tirer en quelque sorte autant d'êtres divins?

1. Il suffira de citer les verbes suivants pour retrouver l'étymologie facile des noms ci-dessus énumérés : potare, boire; edere, manger ; atare, se tenir; fari. loqui, parler ; ducere, guider; cubare, être couché. (M. de Mirmont, Myth. des Gr. et des Rom.)

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