‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 22 sur 285 · LA CROYANCE W GRAND ESPRIT · texte numérisé non relu

LA CROYANCE W GRAND ESPRIT

Pour cela il leur suffît, création facile! de mettre une majuscule, comme lettre initiale des abstractions les plus excessives

Encore de nos jours, en effet, sursaturés que nous sommes de la poésie mythologique des anciens, u'écrivons-nous pas couramment : que la Fatalité s'attache à nos pas, OU qu'au contraire la Fortune, le Hasard, la Chance nous sourient...? que le Remords et la Honte poursuivent le coupable, et que la Conscience implacable crie vengeance au nom de la Justice, outragée, etc..

Autant de pures formes de langage.

Les créations du fameux Roman de la Rose, telles que Bel-accueily Faux-semblant y ou Doux-Regard écuyer de l'amour, comme le désigne l'auteur, n'eussent-elles pas jadis occupé un bon rang parmi les divinités secondaires1?

Eh bien! dans cet ordre d'idées, les hommes sauvages ne sont pas en dehors de la loi commune : leur imagination les fait divaguer doucement et, comme dit un poète, « chevaucher dans l'ctherbleu, sur de vagabondes comètes à chevelure d'or. »

Laissons donc à la Rhétorique complaisante ces modes de lan- - Lge, ces figures de pure convention, nées de la fantaisie ou de l'amour du merveilleux.

En tout cas, de cet exposé préliminaire, uniquement destiné à préparer les conclusions qui vont suivre, retenons que ce qui était vrai sur les bords du Nil et du Tibre, n'est pas moins exact quand il s'agit des appellations polythéistes usitées de nos jours, dans les religions innomées, dont nous nous occuperons bientôt.

c. Nous venons de montrer que dans l'interprétation du paga-

1. Maints poètes ont abusé de ce procédé littéraire : ainsi Boileau personnifie la Chicane, la Mollesse, la Vanité,

La Disette au teint blême et la triste /'«mine, Les Chagrin* dévorants et l'infâme Ruine!

Dans la Heurta l . Voltaire interpelle le Fanatisme, le Faux-Zèle,

V Espoir, l'Effroi, le Douteet la Crédulité. Enfin Victor Hugo personnifie VHorrew, et même

La Déroute, géante à la face effarée!

nisme ancien, on a souvent forgé des Dieux, là où il n'y avait en réalité que des vocables et des attributs divins '.

Tout au contraire, plusieurs explorateurs modernes ont, à la légère, conclu à « l'athéisme collectif » , parce que dans certaines peuplades, une métaphysique naïve était cachée sous des symboles bizarres, qui la rendaient méconnaissable à première vue.

Autrement dit : tandis que d'un côté on a multiplié à plaisir des Divinités imaginaires dans l'antiquité, d'un autre côté on a nié la religiosité existant chez les païens contemporains, dont les rites grossiers offusquaient notre éducation imprégnée d'un spiritualisme élevé.

En tout cas, cette erreur s'est diffusée au grand détriment de la croyance en l'universalité du sentiment religieux dans le monde, doctrine qui, on va le voir, se vérifie et se confirme, quand on prend la peine d'observer plus à fond les mœurs des prétendus athées.

Nous emparant des découvertes récentes, montrons donc que l'humanité est beaucoup plus spiritualiste qu'on ne l'admet d'ordinaire ; faisons voir la Divinité sous les signes mystérieux dont les non-civilisés aiment à la masquer; et ce nouveau pas, tout en accentuant la démarcation entre l'homme et la brute, nous rapprochera plus encore de la notion d'unité divine, infiniment plus générale que ne ie donne à croire un polythéisme, grossi au delà de toute raison.

Quand on y réfléchit, il n'est point si étonnant que , chez les peuples sauvages, la Divinité soit enveloppée d'un symbolisme, parfois indéchiffrable pour qui n'est point initié au sens mystique qui s'y réfère.

Comment, en effet, pensera un Esprit, sans se le figurer avec un corps, ou du moins avec une silhouette quelconque...?

Mais toute représentation qu'on en fait étant inexacte dans son expression sensible (puisqu'un esprit n'a pas de forme), on s'explique très bien que rien ne soit plus variable que l'objet choisi par le sauvage, comme signe sacré; car l'homme ne sait

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