Espr. des Lois. XXIV
loin d'être, comme dit l'auteur précité, « une insulte à Dieu », est tout au contraire un acte de respect, un acte de foi, un hommage méritoire.
Appeler Dieu à témoin? Mais c'est confesser son existence et proclamer notre confiance en sa justice! c'est reconnaître sa clairvoyance suprême, et faire appel en tant que de besoin à son intervention efficace : en un mot, le serment est, à sa manière, une brève prière.
Où donc en vérité trouver l'outrage?
On se demande si l'auteur, sans le vouloir, ne confond pas un peu dans son esprit cet acte pieux avec le blasphème. Assurément, dans les deux cas, l'homme s'adresse au Tout-Puissant; mais tandis que dans le premier il célèbre le nom divin, dans l'autre au contraire, de sa lèvre haineuse il crache l'outrage, et jette au ciel un insolent défi.
Arrivons à la troisième critique, qui doit nous arrêter plus longtemps : l'Évangile, dit-on, interdit le serment.
L'objection vaut la peine d'être discutée : voyons-la de près.
Pour soutenir cette thèse, on se fonde sur ce que Notre-Seigneur a recommandé1 de ne jurer : ni par le ciel, parce qu'il est le trône de Dieu; ni par la terre, parce qu'elle est l'escabeau de ses pieds; ni par Jérusalem, parce qu'elle est l'arche du grand Roi; ni par la tête de l'homme, qui est incapable de rendre un cheveu blanc ou noir, la parole devant être seulement un oui ou un non.
Voici ce qu'il y a lieu de répondre à cette critique.
Dans la loi mosaïque et dans l'Évangile, on voit qu'il est commandé de jurer « non par quelqu'un ou quelque chose de plus grand que soi, mais par le seul nom de Dieu ».
« Vous ne prendrez pas en vain le nom du Seigneur votre Dieu, » disaient déjà les tables de Moïse : or, défendre seulement le serment en vain, équivaut à légitimer celui qui est justifié. Il est donc constant que, dès longtemps, l'invocation de la
1. Discours sur la montagne : (( Ego autem dico vobis non jurare omnino nequeper Cœlum..., neque per terrain... , neque par Yerosolimam..., neque per caput tuum. Sit autem sermo rester : est, est; non, non. Quod autem, his abundantius est, a malo est. )) S. Math., cap. v, v. 33 à 38.