‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 219 sur 285 · LE SERMENT DANS LES S0CIÉT1 - ANCIENNES · texte numérisé non relu

LE SERMENT DANS LES S0CIÉT1 - ANCIENNES

Divinité, sous forme de serment, était une pratique usuelle.

Mais, à l'époque de V-S.. les Juifs suivaient-ils exactement la loi du Sinaï? ue juraient-ils que par Dieu seul, et des abus n'élaient-ils p dut à reprendre dans cet ordre d'idées?

On voit, au contraire, que L'habitude s'était introduite, en Israël, de jurer plutôt par les créatures que par te Créateur : ce qui mettait les Juifs à L'abri du reproche de jurer en vain, et en même temps Leur donnait, croyaient-ils, une certaine Latitude de, conscience, voire même l'espoir d'éviter les peines du parjure. Tel était L'expédient, le détour, que rappelle et dénonce le Christ en ces termes : « Malheur à vous, Scribes et Pharisiens qui dites : Si quelqu'un jure par le Temple et l'autel, ce n'est rien... Cependant celui qui jure par l'autel, jure par l'autel et par tout ce qui est dessus; et quiconque aussi jure par le Temple, jure par le Temple et par Celui qui y habite. Quiconque jure par le ciel, jure par Le trône de Dieu et par Celui qui y est assis. »

On s'explique dès lors les paroles qui précèdent : Moïse avait rappelé au peuple de ne pas jurer sans motif sérieux; le Christ, à smi tour, prohibe ces invocations mixtes et dangereuses, qui s'adressent seulement à ce qui est « plus grand que nous ». Et eu conséquence, il ne veut pas que l'on mette en cause ni le ciel, ni la terre, ni Jérusalem, ni notre tète, ni le trône de Dieu, dans des vocables ambigus, qui facilitent de donner Yapparence du serment à une adjuration ne contenant point un appel sincère à la personnalité divine. Car, si le Dieu vengeur du parjure était redoutable et redouté; la terre, la mer, ou Jérusalem, prises seules a témoin parles Pharisiens, ne leur semblaient point autrement inquiétantes.

Sans doute, nombre de Législations et Coutumes, comme nous venons de le voir, ajoutèrent des imprécations comme celle-ci : • nue la terre s'entr'ouvre ! que le ciel me foudroie! que la mer m'engloutisse! si mon serment est mensonger »; mais en pareil les éléments de la Nature n'étaient plus invoqués qu'en tant qu'instruments de la vengeance divine, au cas où Ton serait tenté de forfaire à la parole donnée.

En ce qui concerne le serment véritable, est-il vrai que N.-S. l'interdise sans réserve?

Si cela était, l'Église, qui non seulement le permet mais le prescrit dans les engagements les plus solennels, ceux, par exemple, contractés au pied des autels, serait donc en contradiction flagrante avec la volonté de son Législateur?

Il n'en est rien.

Dans le discours sur la montagne, N.-S. en conseillant de ne répondre que par oui ou non, parle non point de la solennité du serment, mais du langage habituel qui doit être celui de tout chré- 1ien, sermo , expression significative s'il en fut1, et très distincte du mot témoignage : au premier cas, le oui et le non suffisent pleinement à traduire nos sentiments ou nos intentions ordinaires.

D'ailleurs que dit, d'autre part, le Christ? « Je suis venu, non pour détruire la Loi, mais pour l'accomplir. » Il la perfectionne, mais ne la supprime pas. Jadis on prêtait serment...? Eh bien, il sera licite d'en maintenir la tradition, à condition toutefois de ne point en mésuser.

Ainsi donc, nous en avons ici la preuve une fois de plus : tout ce qui est de l'essence des choses et de la nature même des institutions légitimes, est conservé par le Rédempteur. Quand ces institutions et ces usages existants sont jugés par Lui utiles ou acceptables, il les garde, alors même qu'ils remonteraient aux âges les plus anciens.

Par exemple, les Juifs avaient déjà la loi naturelle et la loi mosaïque pour se guider; de plus, en tant qu'individus et membres d'une société constituée, ils s'étaient donné des lois positives, la plupart sages et justifiées. Voilà pourquoi N.-S. dira de payer, comme autrefois, le tribut à César; voilà pourquoi il enseignera de continuer, comme par le passé, à respecter la vie, l'honneur et les biens du prochain, déjà protégés par les législations humaines en conformité avec la loi de justice éternelle. H respectera même les pratiques religieuses de l'ancienne loi qui ne seront pas contraires aux préceptes nouveaux qu'il vient apporter au monde; et selon un mot célèbre : « Il perfectionnera Y homme, pour en former le chrétien. » Si donc, malgré des

1. Le sit sermo v ester a été traduit ainsi : a Quand vous parlez, contentez-vous de certifier par oui ou par non. »

2. Exode., xxill, 13. — Deuter., vi, 13; X, 20. — Mai., v, 38.

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