LE SERMENT DANS LES SOCIETES ANCIENNES
prohibitions catégoriques qui onl paru même, à plusieurs, n'admettre aucune exception), L'usage du serment s'est introduit et perpétue dans le monde chrétien, on en trouve la raison et la justification dans l'histoire même.
Dans l'intérêt de la diffusion du christianisme il importail que les premiers fidèles ne devinssent pas étrangers à la société ci- \iie. qu'il s'agissait de conquérir à la foi nouvelle. Or les chrétiens, soumis aux autorités païennes, avaient lieu de prêter serment, soit comme soldats, soit comme plaideurs; et si ces derniers avaient refusé, par exemple, le serment continuellement déféré alors devant les tribunaux divers, non seulement ils eussent perdu leurs procès injustement; mais les malhonnêtes gens n'eussent pas manqué d'abuser de la situation pour dépouiller légalement de leurs bieus les chrétieus timorés. 11 en était de même dans les contrats civils, qu'accompagnait très souvent la solennité du serment. Leur fallait-il donc renoncer à acheter, à louer ou à emprunter? devaient-ils rompre ainsi tout rapport avec la vie sociale pour ne devenir qu'une secte isolée et impuissante?
Les chrétiens ne pouvaient non plus occuper de fonctions publiques, sans prêter le serment exigé par les souverains au nom desquels elles étaient instituées. Était-il sage de renoncer à toutes les charges politiques, administratives ou judiciaires? « Vue pareille conduite eût été souverainement impolitique : au lieu de faciliter la propagande chrétienne, elle l'aurait entravée. »
Mais quand la juramenti prœstatio exigeait des chrétiens la formelle adhésion à un acte d'idolâtrie; quand ils se trouvaient dans l'impossibilité de dicere sacramentum sans apostasier, alors on les voyait affronter les morts les plus cruelles plutôt que de trahir leur foi.
Au surplus, à ceux qui par un scrupule religieux critiquent le germent, on peut rappeler ce mot de la Genèse : « J'ai juré par moi-même, dit le Seigneur » ; ou encore le verset du psaume cix, de David, où il est écrit : « Le Seigneur a juré, et il ne s'en repentira pas » ; ou enfin cet autre verset du psaume cvm : « J'ai juré, et j'ai résolu de garder les jugements de ma justice ».
Après avoir cité ces textes, saint Augustin ajoute ces paroles
de saint Paul dans la seconde épitre aux Corinthiens : « Pour moi , j'invoque Dieu comme témoin, sur mon àme, que c'est pour vous épargner que je ne suis pas venu à Corinthe »; et ^1 en conclut judicieusement que Dieu et saint Paul ayant juré, on ne saurait trouver mauvais que les chrétiens en fassent autant K
Ainsi se concilient des textes dont la contradiction n'est qu'apparente ; en sorte que, dans l'œuvre de justice sociale, magistrats aussi bien que plaideurs peuvent, en toute sécurité de conscience, se réclamer de la foi jurée.
Iï. Nous venons d'analyser la nature du serment ainsi que les éléments dont il se compose : l'invocation de Dieu et la malédiction sur soi.
Recherchons maintenant, plus en détail, quelles en ont été la forme et les formules, aux divers âges.
Les plus anciennes croyances indiennes font remonter à la Divinité l'origine du serment : « Les Dieux l'ont imaginé, dit Manou, pour éclairer les doutes de l'homme »; et plus loin il ajoute: « Que celui qui n'est point atteint de folie ne profère jamais un serment en vain, à peine d'être perdu en ce monde et en l'autre vie2. » Le législateur indou admet néanmoins de curieuses exceptions et permet de jurer, sans commettre de faute, « du moment qu'il s'agit : d'objets nécessaires à un sacrifice; du salut d'un brahmane; d'une jeune fille qu'on recherche en mariage ou de la nourriture d'une vache3 ».
Dans la vie privée4, dans la vie publique5 comme au prétoire6, le serment était en usagé, chez les Juifs, et s'adressait à Jého-
1. Gen., XXII, 10. — Ps. Cix, 4. — Ps. CXVin, 100. — Jurât Deus qui peccatum non liabet. Ergo non est peccatum jvrare (Sermo 180, S. August.). — Non est contra preceptum Del jurare, sed dum usum jurandi Jacimus parjura crhnen incurrimus. S. Augustin, 1. XIX, ch. xxn (contra Faustum).