LB SERMENT DA SOCIETES ANCIENNES
homme exerce deux fonctions dans la même année. — Je ne recevrai, en vue de ma charge d'Héliaste, aucun présenl quelconque,ni par moi, ni par le moyen d'un tiers, ni directement, ni indirectement. — Je déclare n'avoir pas moins de trente ans. — Je donnerai égale attention à L'accusateur el à L'accusé; et si je viole mes engagements, je conjure Jupiter, Neptune et Cérèsd'en faire tomber la punition sur moi et sur ma famille, en nous ruinant... »
L'assemblée des Héliastes se tenait en plein air, au centre d'une double enceinte ainsi disposée : la première était formée d'un treillage, interrompu de place en place par des portes, sur lesquelles étaient peintes en rouge les lettre* de Valphabet grec, c urespondant aux diverses tribus. Chaque Iléliaste entrait par la porte indiquée, et, pour justifier de sa qualité, montrait au passage une baguette, qui portait gravée la lettre désignant la tribu qu'il représentait. La seconde limite, établie à cinquante pieds de la première, était faite d'une simple corde, en sorte que le peuple rangé autour du grillage, pouvait suivre, de loin, les délibérations de ses juges.
Dans la patrie de Lycurgue et de Solon, poètes, historiens, philosophes, orateurs, se sont inclinés devant le caractère sacré du serment, à Lacédémone surtout. Là, nul ne pouvait exercer une fonction, devenir soldat, ni jouir des droits de citoyen, sans s'être soumis à cette formalité. Dans les affaires criminelles, la nécessité de certaines adjurations solennelles était imposée aux plaideurs qui, les mains étendues sur les entrailles fumantes des victimes, attestaient la vérité de leurs dires.
Durant la procédure, la manière de relever les témoignages udiciaires variait selon les circonstances.
La déposition était écrite à la craie , quand le procès avait une certaine durée. Dans le cas contraire, pour les enquêtes sommaires, on se servait de tablettes de cire*
Bien que la formule du serment ne fût pas partout identique,
elle comprenait toujours, à la fois, une invocation et une impré-
ation : nous en trouvons la preuve à. chaque instant. Plutarque
apporte qu'Aristide ayant conclu un traité avec les ennemis des
tecs, jura de l'exécuter en prononçant des malédictions et en
jetant clans la mer des masses de fer rouge'1. Le symbole était celui-ci : « Je garderai ma parole, tant que ce bloc de métal ne reviendra pas flotter à la surface des flots. »
Souvent encore, Y Iliade en offre des exemples, on immolait des victimes et l'on faisait des libations pour solenniser le serment; et pendant que le prêtre plongeait le couteau dans la gorge des victimes, on répandait du vin sur le sol en s'écriant : « Que le sang de quiconque violera son serment, et aussi le sang de sa race abreuvent la terre, comme le vin et le sang coulent sur les autels, en cet instant ! »
Quand l'Athénien arrivait à l'âge de vingt ans et n'appartenait pas à la catégorie des serviteurs, on l'inscrivait sur la liste des citoyens; mais au préalable il devait promettre fidélité à l'État. Voici le serment des citoyens d'Athènes, traduit du grec de Stobée et de Pollux, et tel qu'on le prêtait avec pompe dans le temple d'Agraule, déesse des jeunes guerriers : « Je ne déshonorerai point la profession des armes, et ne me sauvegarderai jamais par une fuite honteuse. — Je combattrai jusqu'au dernier soupir pour les intérêts de l'État, de concert avec les autres, et seul s'il le faut. — Je serai soumis aux Magistrats et aux Lois. — Enfin je demeurerai attaché à la religion de mes pères. »
Parmi les serments bizarres, citons celui de Pythagore jurant d'ordinaire par le nombre quatre, où il voyait le symbole de la divinité (ce nombre s'écrivait trois et un chez les Égyptiens) : ses disciples juraient par leur maître; Socrate, lui, jurait par le Dieu de l'amitié.
Tant que le peuple romain eut pour le serment un véritable culte, ses institutions furent d'une vitalité merveilleuse et ses phalanges invincibles; et l'on vit la « religion du serment », ainsi que l'appelle Gaïus, produire des héros tels que Régulus. « Non, il n'est point de lien plus fort que le serment, écrit Cicéron- :