‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 265 sur 285 · Nombre?, xxx, 4. — Deutéronome, xxm · texte numérisé non relu

Nombre?, xxx, 4. — Deutéronome, xxm

Babylone, Ninive, Sparte, Athènes, Carthage et Rome ont consigné, dans leurs écrits, les promesses faites par les héros aux pieds des dieux, et les engagements pris sur les autels. On n'abordait le chêne de Dodone, le trépied de Delphes, l'antre de la sibylle de Cumes qu'en « vouant des sacrifices » ou en apportant des offrandes. En France, c'est surtout au moyen âge que les vœux prirent une extension tout exceptionnelle, dans la vie religieuse, militaire ou chevaleresque.

On fait remonter l'origine des communautés religieuses chrétiennes, et aussi la forme solennelle des vœux à saint Antoine THermite, qui, vers 305, appela à vivre en communauté (cœnobium, d'où vient cénobites), nombre de moines retirés dans la solitude et qui portaient le nom d'anachorètes ou ermites. Les promesses des religieux étaient enregistrées par l'Abbé de chaque monastère1. L'objet des vœux solennels, c'est-à-dire de ceux prononcés en s'engageant dans les ordres, était ordinairement triple ; déjà le profès promettait : pauvreté, chasteté, obéissance.

A l'époque des croisades, se formèrent des ordres à la fois religieux et militaires, dont les plus illustres furent les Templiers, et les Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Le premier remonte à l'an 1118 : neuf Français, s'étant rendus à Jérusalem adoptèrent ensemble la règle monastique, en y ajoutant le vœu de protéger les pèlerins qui se rendraient dans la ville sainte. Baudouin II leur concéda un bien, voisin du Temple, d'où leur vint le nom de Templiers.

D'autres ordres religieux militaires , nés de dévotions particulières, ne s'astreignaient pas à la vie monacale, mais se vouaient à la défense de la foi catholique : tels furent les ordres de Saint-Michel, du Saint-Esprit, de la Toison d'or et de la Jarretière.

Selon le Droit Canon, les vœux monastiques étaient et sont encore interdits à ceux qui ont des dettes. Ayant des comptes à rendre, ils ne jouissent pas de la liberté requise pour disposer

1. Par suite d'abus on vit, dans la suite, des seigneurs laïques devenir abbés sous le nom d'abbates milites. On trouve des comtes, des ducs, des rois même prenant le titre d'abbés : Philippe Ier, Louis VI, puis le duc d'Orléans étaient abbés de Saint-Agnan.

PABTICULAEITÉS BUB LB VŒU ET BUB LE BLASPHEME. B71

d'eux-mêmes valablement : aussi une huile de Sixte V les classet-elle parmi Les Incapables.

Le faisan au brillanl plumage, aristocratique butin des seigneurs, ei su! (nui le paon, « oiseau des preux », étaient, au moyen âge, l'objet d'une vénération extraordinaire. C'esl sur le noble faisan ou sur l'oiseau cher à Junon, que certains serments ou vœux chevaleresques » étaient donnés.

Lorsque Philippe le Hou, due de Bourgogne, voulut décider ses vassaux à partie pour une nouvelle croisade1, il les convia à un brillant festin. On apporta un faisan vivant, décoré d'un collier d'or, garni de pierres précieuses en souvenir de la Toison d'or, El le due, couronné de Heurs ainsi que tousses vassaux, « fit vœu sur le faisan, de se croiser contre les infidèles ».

Souvent les seigneurs profitaient de la solennité des banquets pour promettre quelque prise d'armes ou brave entreprise; et ces engagements de prouesses », appelés aussi vœux d'audace, étaient pris sur le « paon rouant- », en prononçant la formule suivante : o Je voue à Dieu, à la Vierge, aux Dames et au noble paon, d'accomplir toile belle prouesse. »

Sans doute, l'idée de vocation religieuse, de consécration à Dieu est avant tout un acte intérieur; cependant on ne devra pas s'étonner qu'au moyen âge, un zèle fervent ait suggéré à quelques-uns de demander aux postulants, non seulement une promesse orale, non seulement un engagement public et solennel, mais encore un vœu écrit. De là, certaines formules monacales dont il existe de bien curieux spécimens.

Faire tenir au Christ un langage de tabellion, l'appeler comme signataire d'un contrat bilatéral rédigé en la forme la plus humaine, serait une pensée déplacée, irrévérencieuse même, si L'auteur n'était animé du plus respectable amour pour « le divin contractant » qu'il met en scène.

Voici, d'après l'abbé Thiers, le texte même d'un de ces étranges contrats mystiques : « Je, Jésus, Fils du Dieu vivant, l'époux des âmes fidèles, prends ma pieuse Madeleine (iasselin pour mon

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