LA CROYANCE AT GRAND ESPRIT, B
foré! el vers le ciel, comme sacrifice à Waka. Je le lui dis; et « il m'entend.., Waka est le matin de tout! Il nous a donné m QeuveSj forêts, plaines, montagnes, tout enfin; mais il est vête : il veut sa part et nous la lui donnons. »
Dans l'ancien empire de Monomotapa, les Mashonas croient à un Dieu unique Muali, à qui rien n'échappe. Us admettent une autre vie: malheureusement ils déshonorent ees nobles croyances par les plus folles superstitions. Partout, les sorciers jouent un grand rôle. Leurs ordres, quelque cruels qu'ils puissent être, sont aveuglément obéis : ainsi nue maladie épidémique avait éclaté chez les Mangwatos, frappant trois cents personnes... Les sorciers consultes ordonnèrent le sacrifice d'un enfant dont les pieds et 1rs mains turent bouillis, pour former un affreux breuvage qu'on administra au\ malades1.
Le Fétichisme grossi r qui règne au Congo, n'empêche pas que les Mpongoué n'aient une idée suffisante d'êtres surnaturels. « Pour eux, il en est un, placé au-dessus des Esprits; et l'idée de puissance suprême se traduit, dans l'idiome des Mpongoué, par le moi Aniambie. »
Si l'on voulait résumer en quelques mots les notions religieuses des habitants du Congo, on pourrait rappeler que le bien et le mal moral sont désignés par les mots mbia et mbe; que Yorowa est seulement le ciel physique; enfin que le corps (okouwa), la vie emèno), et l'àme (inina), sont trois éléments bien distincts : théologie rudimentaire assurément! mais assez spiritualiste , quand on songe que, dans la région qui nous occupe, « le pauvre noir onombé) ne connaît pas, comme on dit dans le pays, le bon Dieu des blancs (otangani) "2 ».
<c Avouons-le, écrit un missionnaire3, les apparences favorisent l'idée que le fétichisme ne serait que l'adoration de la matière brute ou d'êtres infimes. En effet, l'Européen qui arrive, par exemple en Guinée, rencontre à chaque pas dans les villages des idoles grotesques, barbouillées de sang de coq et d'huile de
1. !£. le marquis de Nadaillac sur le Mathonaland, débris de l'empire du Mouomotapa (Afrique australe).
lat. du Dr Barrer, méd. de marine, II. 3. Le R. P. Bandin, Miss, catk., 190 (la Guinée).
palme, par des adorateurs stupides. Un premier regard suffit à l'Européen pour mépriser ce culte inepte, qu'il juge indigne d'aucun examen. Ainsi s'explique l'idée incomplète, fausse même, que l'on se fait du Fétichisme, dont on ne voit que l'envelojtjie matérielle. Mais si, à la lumière d'une étude approfondie, le regard réussit à lire à travers ce voile, l'on est étonné de découvrir sous cet extérieur grossier et repoussant un enchaînement de doctrines, tout un système religieux où le spiritualisme tient la plus grande place... Les Noirs considèrent Dieu comme l'auteur et le Père des dieux et des génies; ils le nomment Olorun (O-liorun), c'est-à-dire le Maître du ciel. On le nomme encore Olodumaré, le Tout-Puissant; Oga-Ogo, le Très-Glorieux; Elcmi, le Maître des emi, ou âmes humaines : le nom incommunicable d'Elemi appartient à Dieu seul. »
Et, confirmant nos remarques précédentes, l'auteur ajoute :
« Les dieux comme Obatala, disent les Noirs, peuvent faire des corps, mais non pas les animer : Dieu s'est réservé ce pouvoir... Ils se figurent, en effet, que Dieu, après avoir chargé Obatala de gouverner le monde, s'est retiré pour ne s'occuper que de son bonheur propre; et que, trop grand pour se mêler aux affaires du monde, il reste endormi dans l'oisiveté. Cependant dans un danger imminent, dans une grande affliction, ou quand ils sont victimes d'une criante injustice, ils prennent Dieu à témoin de leur innocence. — Olorun ri mi, Dieu me voit. — Olorun mo pè émi ko puro, Dieu sait que je ne mens pas. — Olorun ghà mior 0 Dieu, sauvez-moi! — Ils jurent par ces simples mots : Olorun! Olorun! Dieu ! Dieu! et en même temps ils élèvent les mains au ciel. »
Le document que nous venons de relater ici, est d'une grande importance, à cause de la compétence de celui dont il émane..
N'est-il pas de nature à apporter la lumière sur l'ethnographie des Noirs, méconnue ou faussée par des récits de voyageurs, des imaginations de romanciers, ou même par de respectables préventions1?
1. Le zèle ardent de saints missionnaires profondément pénétrés de commisération pour ces pauvres gens, s'est attaché plus d'une fpis à signaler surtout, et même parfois exclusivement, leurs lamentables aberrations, pour mieux inciter à porter la rayonnante-
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Dans son histoire des religions, M. Maurice Vernes dil également : " Tous les hommes sonl monothéistes dans les moments d'adoration fervente ou de profonde réflexion. »
En parlant de » monothéisme », L'auteur entend désigner cette propension du For intérieur vers une divinité prépondérante.
Oui! dans U«s circonstances capitales que nous venons de signaler, il semble bien que c'est au Dieu Suprême, à Dieu en un mot, «nie l'appel est adressé.
Le Dahomey a été classé parmi les pays sans nulle religion.
Or nous avons recueilli, dans les notes mêmes du capitaine Fonssagrives, un des brillants officiers des campagnes du Dahomey en 189*2-93, l'intéressante appréciation suivante qui vient à l'appui des jugements que nous avons formulés dans ce chapitre. « Les Dahoméens croient à. un Dieu unique, créateur de toutes choses, écrit-il. Ce Dieu, le Mahou, est si audessus de la nature humaine, que l'homme ne doit pas en principe s'adressera lui, lui demander ce dont il a besoin, ni le remercier de ses bienfaits : il en est réduit à s'adresser à des émanations du Mahou, à des manifestations tangibles de la divinité. Ainsi qu'il est admis par les fétichistes, les Vodous bienfaisants dont on n'a rien à craindre, sont un peu négligés au profit des fétiches malfaisants, que l'on gratifie de sang, de plumes de coqs, de chair de cabris, et d'une profusion de cauris. »
Des témoignages qui précèdent, il résulterait donc que la divinité supérieure (Dieu à proprement parler) apparaît à beaucoup, comme un être tellement transcendant qu'il ne daigne point s'occuper de ces créatures infimes, les humains, « ces vers de terre », ainsi qu'ils se désignent volontiers.
Pour eux, pauvres sauvages, a l'âme honteuse et au caractère servile! ils se jugent indignes d'attirer les regards du Très-Haut qui doit les mépriser « comme la poussière du désert, comme le
lumière de l'Évangile dans ces régions ténébreuses. Sans y prendre garde, on a ainsi donné de3 armes au positivisme qui a grand intérêt (pour combattre la Révélation et rattacher l'homme à une origine animale) à dénier toute trace d'idées spiritualistea chez les sauvages, négation qui lui fournit l'occasion de soutenir que le Fétichisme n'est point une déformation ni une dégradation, mais le premier degré du sentiment religieux universel, dont le Christianisme ne serait qu'un perfectionnement naturel !
limon et la fange ». La divinité, pensent-ils, ne saurait descendre à de tels abaissements, sans se manquera elle-même; et l'homme de son côté ne peut prétendre, sans folie et sans offense, à un pareil honneur dont il est par trop indigne.
Quand on se rappelle en quels termes d'humilité presque révoltante le nègre parle de lui-même en présence de son maître ou de son chef; quand on sait comment il trouve naturel qu'un Européen le brutalise et même le frappe1, on comprend alors le sentiment qu'il professe à l'égard de la Divinité , et le mépris dont il la suppose animée « pour ce vil insecte : l'homme ».
Tout au contraire , dans la pensée du nègre , les dieux secondaires étant réputés plus accessibles et spécialement chargés des affaires humaines, c'est d'eux, pense- t-il, que dépend son bonheur ou son infortune dans la vie présente. Autrement dit :
Dieu n'étant pas considéré comme Providence , et étant jugé trop au-dessus de l'humanité pour s'en occuper, on n'a affaire qu'à ses sous-ordres compétents, à ses ministres réputés « les dieux de l'homme. »
En voyant combien le non-civilisé est enclin à redouter l'omnipotence divine et à s'en éloigner par défiance, le théologien se rappellera cette réflexion de saint Thomas : « L'homme étant porté à se tenir à l'écart de la Divinité, c'est Elle qui a voulu venir à lui. »
Ainsi, tandis que le Christianisme est fondé sur l'amour de Dieu, le fétichisme, lui, est basé d'abord sur la crainte.
C'est une religion de terreur et d'effroi : aussi l'idée d'un Dieu aimé est-elle une des dernières qui soient comprises des fétichistes. Le nègre infortuné trouve même imprudent de se faire remarquer du Dieu fort.
C'est à raison de ce sentiment timoré que, par exemple chez les Massai' actuels, comme on le voit dans l'ouvrage sur le Kilima-ndjaro, il est défendu de jamais prononcer les noms des parents défunts, « de peur que l'Esprit, en entendant son nom, ne vienne à cet appel troubler les vivants. »
1. Des missionnaires nous ont raconté qu'ils considéraient comme nécessaire de menacer quelquefois du bâton, pour obtenir le respect de l'homme sauvage, et conserver leur prestige de supériorité.