‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 40 sur 285 · M. Cordioux, ancien missionnaire à la côte du Bénin · texte numérisé non relu

M. Cordioux, ancien missionnaire à la côte du Bénin

chant à son extrémité, de manière qu'en tapant sur le dos du manche avec un petit -bâton, il ouvrait la peau et l'incisait profondément. Le sang coulait en abondance, mais l'artiste en tatouage avait soin de l'essuyer au fur et à mesure. La couleur était alors déposée au moyen d'un petit pinceau. »

« En voyant dans quelles occasions et au milieu de quelles cérémonies on se tatoue, dans plusieurs régions de l'Afrique et de l'Amérique, écrit un auteur, il y a lieu de reconnaître l'origine religieuse du tatouage. Ce qui se passe en Polynésie achève de transformer cette supposition en certitude. Là, pour tatouer, on pulvérise d'abord la noix de l'Aleuritus Triloba, après l'avoir carbonisée. Au moyen d'un os ou d'un coquillage, taillé en forme de peigne aux dents très aiguës, on fait sous la peau des trouées dans lesquelles on introduit la poudre. Puis on frappe avec un bâtonnet sur les points ainsi traités, pour que les petites doses de poudre s'étendent et se rejoignent : la même opération est souvent répétée jusqu'à cinq fois. C'est un point d'honneur ou plutôt un devoir religieux de ne pas crier. Pendant que le patient est aux mains du Prêtre-opérateur , celui-ci et la famille entonnent des chants religieux, exaltant les mérites du tatouage et encourageant l'opéré *. »

Aux Marquises, on gravait sur le crâne chauve des vieillards; aux îles Sandwich , les veuves se faisaient tatouer le bout de la langue. Les animaux qu'on dessinait sur la peau étaient des animaux divins : lézards, requins, oiseaux, c'est-à-dire que chacun tenait à porter sur son corps l'image animale ou humaine de son Esprit-protecteur, de son tiki. Pendant qu'il subissait l'opération, le tatoué était dit tabou2, car la divinité lui imprimait son sceau par le ministère de l'opérateur. Plus on se rapprochait des dieux par le rang social, plus on était tatoué!

Chez les Abords, dit le P. Krick3, le tatouage est porté par

Page 1