‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 46 sur 285 · M. Amelineau · texte numérisé non relu

M. Amelineau

Le Christ apparaît, .et il apporte au monde la liberté et la vraie fraternité. 11 aime surtout les petits et les humbles; il émancipe l'esclave, relève la femme, appelle à lui les faibles et les enfants, et proclame les pauvres ses amis préférés, ses frères, ses cohéritiers.

Et quand, en 1789, la Révolution formulera cette trilogie prestigieuse : liberté, égalité, fraternité, le Christianisme, lui, depuis plus de dix-sept cents ans, l'aura mise en pratique, diffusée à travers le monde par la voix de ses apôtres, et fécondée du sang généreux et intarissable de ses martyrs.

Cependant, dit-on, il semble démontré que les constructeurs de pyramides adoraient le soleil : comment donc concilier ce naturisme avec l'idée spiritualiste?

Nous avons déjà répondu à l'objection : le culte s'adressait moins à l'astre , qu'à la Divinité qui se révélait par son moyen : car le soleil était considéré comme un être vivant et indépendant, comme un dieu visible, qui aimait à inonder le monde de sa clarté.

Rien n'éveille plus l'admiration des humains que la vue, dans une sorte d'extase, de ce merveilleux foyer, le soleil, source des biens les plus précieux pour la nature, unité sans pareille, tout à la fois lumineuse et fécondante.

Plus encore que les montagnes majestueuses et les océans sans fin, au-dessus desquels il trône dans un éclat qui éblouit les yeux, il apparaît dans son rayonnement comme étant l'œuvre surhumaine et utile par excellence. Sa nature plus subtile, plus éthérée , plus pure, semble le rapprocher du monde des esprits impalpables; et sa mobilité apparente est comme une manifestation de la vie du Tout-Puissant, qui, dans la pensée des non-chrétiens, dédaigne de se rapprocher trop des infimes mortels, mais tient cependant à leur prouver, de loin, son existence.

Il n'est peut-être pas de plus grandiose image donnant, mieux que le soleil , l'idée de la Divinité dont la créature humaine a le sens intime !

Comme la signification s'accuse plus nette encore, quand la science découvre peu à peu que,' pour beaucoup, le disque

irradié û'étail que [& demeure divine* ou même ['œil de Dieu!

Sacriûons-nous en rien au grossier naturisme, quand, usanl du langage des métaphores, nous élevons nos regards et nos pensées vers le Ciel, ou adressons nos vœux au Dieu de Lumière, au Soleil de Justice?

Pourquoi dès Lors, quand il s'agit de L'antiquité, conclure, en dépit de La raison et des textes, à un culte uniquement astral, dénué de tout idéal métaphysique2, lorsqu'il est si naturel d'admettre au contraire que la foi des peuples avait fini par voir, dans le chef-d'œuvre du firmament, le symbole de la Divinité mystérieuse.

En disant que l'on adorait surtout l'Être divin qui était répute se cacher dans l'astre, nous formulons une allégation que les textes confirment de point en point. Voici comment s'exprime l'hymne au Soleil, au dieu Ka •"• :

Hommage à toi, Soleil, maître de la Vérité, maître des Dieux... Si tu émets ton Verbe, les Dieux existent... C'est toi qui exauces la prière de celui qui est dans l'oppression... Tu es doué de cœur pour celui qui crie vers toi; tu juges le puissant avec le malheureux... — Le Nil est venu de son amour; il donne le mouvement à toutes choses.

11 s'agit bien là d'un Être libre et juste, d'un Maître Suprême, doué d'intelligence et de qualités morales : le texte le montre, à peine de n'avoir aucun sens.

VÈgyptian religion contient une précieuse remarque : « Dans les plus anciennes tombes ne sont mentionnés qu'un très petit nombre de dieux : Osiris, Horus, Thot, Seb, Nut, Hatlior 1...

1. Dans un mémoire publié en 1884, M. Bouriant cite un texte égyptien où la divinité est représentée comme vivant éternellement dans le disque du Soleil.

2. Le.» partisans de l'évolution religieuse, hostiles à toute idée de révélation positive, 8*attachent à contester les vestiges de notions surnaturelles à travers l'histoire des peu-

.:'.n de pouvoir dire : (( La religion n'est que le perfectionnement d'un culte inférieur

ire. »

Voir II. Amelineau.

4. Dict. apoiog., Jaugez: 2141, 274G. — V. les travaux de Mariette, de Rougé, Pierret, Ebers...

HISTOIRE DES OROYAHGS& — I. 5

Eh bien ! la linguistique est peut-être à la veille de rapprocher de l'unité divine la série des grandes divinités, dont la plupart se rattachent à une origine céleste : ainsi Osiris est le dieu soleil d'Abydos; Hor ou Horus, le soleil à son zénith; Seb, le ciel...

Faut-il rappeler que dans les rituels funéraires trouvés dans les cercueils, Osiris, allégorie divine et collective, était invoqué sous ses cent douze noms , sur tous ses trônes, sièges, temples et palais?

« La subdivision divine, même poussée à l'infini, remarque M. Maspero, ne rompait en aucune manière l'unité de la divinité : on pouvait multiplier à volonté les appellations et les formes de Dieu, on ne multipliait jamais Dieu l. »

D'aucuns ont pris ces vocables d'Osiris pour autant de divinités distinctes.

C'est un peu comme si un brahmane ou un derviche, trouvant des litanies de notre liturgie, soutenait que ce sont là autant d'invocations à autant de dieux et de vierges; et que, par suite, le catholicisme n'est point incompatible avec un vaste polythéisme!

Déjà Jamblique2 reconnaissait qu'Ammon, Imhotep, Ptah3, Osiris, n'étaient qu'une même personnalité, considérée comme créateur, intelligence, ordonnateur ou providence.

Souvent encore, la divinité changeait de nom selon les localités où elle était invoquée, chaque ville tenant, autant par politique que par piété, à confisquer en quelque sorte à son profit la puissance céleste, et à en faire dans la mesure du possible une propriété privée.

Ainsi le Ptah de Memphis, le Noum des cataractes, le Toum d'Héliopolis ne différaient que par l'appellation4.

« La principale divinité d'Egypte, écrit M. Seignobos5, était un dieu-soleil, créateur bienfaisant, sachant tout et existant

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