Civilis. ancienne
depuis le commencement. 11 avait une femme et un fils divins comme Lui; tous les Égyptiens adoraient cette trinité, mais Lui donnaient un nom différent dans chaque région,
Kn se reportant au célèbre papyrus de Turin, que Lepsius a publié vous Le nom de Rituel funéraire ', on reconnaît L'idée d'unité divine, nettement accusée :
« — Il y a un Très-Saint . un Créateur de tout ce que renferme la terre, un gouverneur des jours a. — Je suis la Divinité des dieux, le sublime auteur des planètes et de L'armée des cieux, qui me louenl au-dessus de ta tête. — Je suis le créateur de la sublime race des puissances, des princes et des chefs; je suis la sanction du jugement, le Très-Haut . 1»' vengeur des malfaiteurs. — Je suis moi-même mon roi, Le conservateur des Lois... — Louange soit à ta face, toi qui as la plénitude du monde. Dieu très saint, maître de tout ce qui respire, décorateur du ixlobe terrestre ! — Puissé-je louer l' Architecte qui a lait en Leur temps toutes choses, qui sont sur la terre et dans l'autre monde : C'est Lui qui les a rassemblées pour moi. »
Ici encore, à travers les dieux ou attributs divins, on voit Dieu apparaître.
Eu 1898, un savant a découvert dans les sables d'Abydos des tombes, dans lesquelles il a cru voir celles d'Osiris, de Set et d'Horus, opinion qui a été contestée d'ailleurs par d'autres égyptologues 3. En tout cas, il n'est pas impossible que « des dynasties divines », que des rois mânes correspondent plus ou moins a des individualités ayant véritablement existé, et auxquelles les légendes auraient rapporté les croyances primitives : car les histoires d'Isis et d'Osiris, et bien d'autres encore, sont postérieures à la théologie nationale, dans laquelle les dieux nouveaux ont fini par se fusionner peu à peu.
1. Ce papyrus, dont nombre de copies textuellement semblables garantissent l'exactitude, mesure 57 pieds de long. C'est une collection des documents canoniques, et non pas un écrit privé. — Lepsius était un égyptologue allemand.
2. Extrait du 1er livre du rituel funéraire. V. Fischer, Paganisme et Révélation.
3. Dans une communication faite à l'Académie de3 Inscriptions et Belle --Lettres,
elineau, directeur des fouilles d'Abydos. annonça avoir découvert le tombeau d'Oriris. Dans la séance du 22 avril 181*8, M. Maspero a discuté ces conclusions, les docu-
mia à jour n'étant peut-être qu'une tombe royale contenant une chapelle à Osiris, comme on en connaît plusieurs déjà.
Au point de vue hiératique , Osiris, « type idéal du premier être, né du ciel et de la terre », était, en tant qu'être bon, une sorte de synthèse divine, résumant en soi les traditions et les attributs des forces bienfaisantes auxquelles il fut identifié : le besoin de personnifier l'objet de sa foi étant une tendance naturelle à l'homme, aussi bien pour se comprendre, que pour fixer son langage .
De plus, l'artifice auquel recouraient les prêtres d'Egypte pour rehausser les origines de leur pays et flatter la vanité nationale, consistait à déifier les anciens rois, dont les glorieux souvenirs prêtaient à ces transformations hyperboliques.
Et les Pharaons étaient certes les premiers à trouver habiles ces imaginations, et à les accréditer, plutôt par politique que par conviction.
Est-il exact que les Égyptiens aient adoré les plus vils animaux?
Rappelons d'abord ce que nous avons dit de l'abus continuel que l'on fait des mois « Dieu » et « adoration », dès qu'un objet est l'occasion d'une manifestation cultuelle quelconque, ou même d'une légende superstitieuse.
Pour effacer le plus possible de l'humanité les traces du surnaturel, le Positivisme s'est plu à assimiler le Panthéon égyptien à une sorte d'arche de Noé , « l'adoration des animaux y étant développée , écrit un auteur, au point d'en faire une manière de ménagerie. »
Ainsi présentée, l'idée est inexacte ou du moins excessive, et procède d'une confusion qu'il convient de rectifier.
Disons quelques mots de l'écriture si particulière des Égyptiens; et l'on s'expliquera pourquoi sur leurs temples, sur leurs murailles, leurs stèles, leurs palais, leurs tombeaux et leurs cercueils, se voient tant de gravures et de silhouettes d'animaux.
La caractéristique des hiéroglyphes 1 consistait à traduire les idées par des images, susceptibles d'éveiller des notions conformes. Et quand il s'agissait de choses incorporelles et abstraitesr
1. Les hiéroglyphes étaient l'écriture sacrée, comme le nom l'indique.
force fut d'abord de se contenter d'un dessin figuratif, aussi rapproché que possible de ce que l'on voulait exprimer.
Tantôt L'écriture égyptienne représentait les objets, tangibles ou intangibles, par une tonne incomplète mais caractéristique : par exemple, un croissant, pour la Lune, — un cercle, pour le soleil, — un homme assis sur un siège, pour dire un roi, — deux jambes, pour signifier la marche, — un personnage debout avec un l>àt>>n, pour indiquer un chef. — les bras en l'air, pour marquer une offrande ou une prière.. : autant de signes détermioatifs qui servaient à illustrer l'idée. Tantôt, au contraire, l'objet était dessiné en entier : arbre, fleur, vase, temple, obélisque, épée . bouclier...
S'agissait-il de faire allusion a des qualités physiques ou morales, telles que : activité, rapidité, douceur, force... etc.? On se contentait de tracer le contour de l'animal qui , dans l'opinion commune, passait pour posséder ces aptitudes, que ce fût un pesant herbivore ou un oiseau au vol léger.
D'après Clément d'Alexandrie, l'écriture symbolique poussait même L'ingéniosité jusqu'à l'énigme : « Ainsi, dit-il, un serpent indique le cycle des astres. »
Pourquoi?
Parce qu'il peut former un cercle lorsqu'il se mord la queue.
Pour la même raison, chez d'autres peuples, le serpent était le symbole de l'éternité.
Enfin, comme on l'expliquera tout à l'heure , les objets usuels et les trois règnes de la nature servirent à rappeler, non seulement des idées, mais des sons. Dans ce cas, en lisant ces signes, les Égyptiens n'avaient pas plus la pensée de la bète figurée, que nous n'avons, nous, celle du /clin, en prononçant les mots cAa/eau ou châtiment.
Il en résulte que lazoolàtrie reprochée aux Égyptiens n'a pas, à beaucoup près, l'importance qu'on lui attribue : elle nous éloigne, bien moins qu'on ne le croirait, d'un spiritualisme relatif, mais indéniable, qui corrobore l'idée d'une révélation originaire, reconnaissais quand même. Là est le grand intérêt de la question qui nous occupe.
Ainsi, le système de l'écriture égyptienne admettait des idées
symboliques empruntées aux objets naturels, dont les qualités réelles ou supposées formaient une sorte de dictionnaire conventionnel, dont Champollion, et d'autres après lui, ont découvert, en partie du moins, la curieuse traduction. Or les attributs et les qualités se rencontraient plus nombreux, plus variés et plus accusés dans le règne animal que dans tout autre. En pareil cas, la bête esquissée n'était qu'une chose très secondaire, puisque c'était dans l'attribut seul qu'il fallait chercher le sens de la phrase.
Ce n'est pas tout.
Dans l'écriture des langues classiques ou modernes, chacun sait que les mots sont représentés par des sons. Les hiéroglyphes égyptiens, eux, étaient à la fois, soit la reproduction exacte des choses ou des symboles, comme nous venons de le voir; soit encore des caractères phonétiques , de véritables lettres d'alphabet. En sorte que les signes d'oiseaux, de quadrupèdes ou d'insectes, ne sont maintes fois en réalité que des lettres ou des syllabes, et non point des types d'histoire naturelle, comme ont pu le croire, jusqu'au xixc siècle, les érudits déconcertés par l'écriture mystérieuse du pays des Pharaons.
Les lettres A, B, D, E, I, M, P, T, Z, notamment, sont traduites dans l'alphabet de Champollion, par divers animaux. D'après les derniers travaux des égyptologues, on voit que les lettres A, U, M, par exemple, ou les articulations syllabiques AB, AM, AQ, UB, BA, PA, MT, NH, BH, SA, SB, SB, SH, fi, etc., consistent en dessins d'animaux.
Et si l'on veut des exemples, nous citerons les cartouches l des noms de Bérénice, d'Alexandre et de Cléopàtre, qui ne peuvent s'écrire qu'au moyen d'une, de deux et de trois ligures animales, employées comme valeur alphabétique.
Pour indiquer le pluriel, on répétait même plusieurs fois le même signe : « Trois oiseaux disposés en triangle sont la marque du pluriel, et doivent se lire UB, OÉB, grand , chef2. »
1. Cartouche, sorte de tableau de pierre ou de métal, encadré d'ornements, et destiné à recevoir une inscription.
2. Il s'agit ici d'un passage emprunté à la grande stèle de Thotmès III, qui parle des chefs de Tsàhi.
Que le vulgaire ait fini par confondre /<• signe animal avec C emblème lui-même, on doit L'admettre, et s'en étonner d'au-
tani moins, que l'écriture <>ù apparaissaient des animaux, se rencontrait sur les monuments publics <>u privés, qui étaient presque toujours des temples ou des tombeaux.
Au contraire, récriture cursive. admise dans la vie courante1, avait rendu complètement méconnaissable le dessin des objets ou celui des êtres animés. Mais, plus on remonte dans l'histoire égyptienne, plus l'idée s'épure en se dégageant de la matière et de l'animalité.
Étant donné le génie symbolique des Égyptiens, il n'est donc pas étonnant que leurs dieux fussent figurés par des animaux typiques : éperviers, bœufs, scarabées, ibis, chats, crocodiles , qui devinrent sacrés à raison même de cette fonction.
Le fait est si avéré , que l'on peut préciser quelles étaient les bêtes servant d'emblèmes aux divinités.
Insistons sur ce point pour qu'il soit bien établi que, pas plus chez les Égyptiens que chez les peuples sauvages, le sentiment religieux n'a commencé par la grossière adoration de l'animal, pour s'élever ensuite et se spiritualiser avec le temps.
Le scarabée était consacré à Phtah2, — Vépermer, à Horus, — le bœuf, à Osiris3, — Y ibis, à Thoth, — le chien ou le chacal, au dieu Ànubis 4, — les musaraignes, vouées à la déesse de Buto, — le bélier, dédié à Cneph dans le district de Thèbes, — le vautour, à la déesse Moût, — le bouc, au dieu Chem, — Y hippopotame allégorique était honoré dans le Delta.
Dans les nomes, ou circonscriptions, on se serait fait scrupule de manger un animal appartenant à l'espèce qui y était révérée.
La multiplicité des formes animales s'explique encore par ce fait que le même dieu, Osiris par exemple, était salué, selon les
1. Cette écriture, employée pour les usages journaliers, se lisait toujours de droite à gauche, tandis que les hiéroglyphes s'écrivaient indifféremment dans les deux sens. On estime qu'il existait à peu près 3.000 caractères hiéroglyphiques, dont 14.0 signes
■pies.