Papyrus Sallier, II, trad. Maspero
picaux, qui a pour racine un oignon comestible, produit de plus une graine nourrissante, dont on faisait une sorte de pain dans la région du Nil; si bien que les Égyptiens furent surnommés par les Grecs « mangeurs de lotus1 ».
Homère a vanté l'excellence du lotus comme nourriture; et il raconte que les compagnons d'Ulysse trouvèrent cette plante si exquise, qu'ils renoncèrent à se rembarquer pour en pouvoir manger à satiété2... Peut-être aussi apprécièrent-ils la vertu enivrante et stupéfiante de cette racine merveilleuse, célébrée sous le nom de fleur de V oubli, « l'oubli, ce bienfait des Dieux! »
Voilà une première explication déjà satisfaisante, et parfaitement conciliable avec la suivante qui rentre plus directement encore dans notre sujet : le lotus emblème de la vie fut, en fait, considéré comme étant « le principe même des êtres »; et l'on peut constater que dans le Bouddhisme par exemple, les divinités sont représentées sortant de ï oignon sacré, c'est-à-dire du lotus, germe divin.
La religion égyplienne se signalait surtout par une foi profonde en l'immortalité de l'âme, et en des récompenses ou des peines dans la vie future.
La croyance était que tout homme a un double (kâ), et que, lui mort, son double continuait à vivre; si bien que le tombeau s'appelait la maison du double.
Le ka ou qa, « reflet de la forme corporelle », pouvait à son gré se confondre avec sa momie ou s'en détacher, mais sans perdre pour cela ses besoins terrestres; et si les survivants le délaissaient, il souffrait, et se vengeait de leur impiété.
Comme des oblations perpétuelles semblaient aux familles un lourd héritage, on y suppléa, dans la pratique, par l'artifice de formules magiques, accompagnant des simulacres d'offrandes en pierre ou en carton : on se contenta même d'une simple énumération inscrite sur des tablettes.
Il était admis que l'âme s'envolait du cadavre, et allait compa-