Schinvat
2. Zeus est représenté ordinairement tenant la foudre dans ses mains, et ayant à ses pieds Yaigle au vol puissant.
L'invention de Kronos (le Temps), qui sérail le père de ce dieu, est bien postérieure au culte de Zeus.
Quant à la légende « du Temps gui mange ses enfants •>, il convient de n> voir que cette interprétation, d'une haute poésie, mais qui n'est, somme tou^e, qu'une vérité des plus banales :
Le temps dévore les jours.
La prédominance de /eus sur le groupe des immortels est accusée dans Y Iliade avec une clarté étonnante , si Von tient compte de l'extrême complaisance de l'auteur pour les idées
polythéistes :
« Quand les dieux, dit Homère, sont réunis sur le plus haut faite de l'Olympe, le Père des dieux leur parle en ces termes : Écoutez-moi tous, dieux et déesses, afin que je vous dise ce que j'ai résolu dans mon cœur, et que nul d'entre vous ne résiste à mon ordre... Obéissez tous! et si j'apprends que quelqu'un d'entre vous y manque, je le saisirai et le jetterai dans le Tartare aux portes de fer et au seuil d'airain : et Ton saura ainsi que je suis le plus fort... Suspendez une chaîne d'or au faite du ciel, et tous, dieux et déesses, attachez-vous à cette chaîne. Malgré vos efforts, vous n'entraînerez jamais Zeus; et moi, si je le voulais, je vous enlèverais tous et même la terre au bout de cette chaîne, tant je suis au-dessus des dieux et des hommes! »
Peut-on douter qu'il y ait là le sentiment d'une puissance prépondérante , discernée à travers les légendes dont on enveloppa it le roi de l'Olympe?
ailleurs, dans un hymne homérique, on lit la prière suivante : « Je célèbre Zeus, le meilleur et le plus grand des dieux, celui dont la foudre retentit au loin : Dieu puissant! par qui tout s'accomplit.... sois-nous favorable ! »
Zeus, considéré comme le souverain par excellence, possédait des attributs exceptionnels en ce qui concerne Tordre intellectuel et moral.
Ainsi, au regard du monde physique, il gouverne les phenomènes atmosphériques, et c'est à son ordre qu'obéissent Neptune et les Zéphyrs; en un mot, de lui on disait, pour accentuer sa
1. Zeus, génitif Dû», se rapproche du mot sanscrit Dyaush, qui veut dire Ciel.
domination sur les éléments : « Il fait pluie et beau temps, selon son bon plaisir1. »
Seul entre tous les dieux, il est libre. Aux hommes, Zeus dispense les faveurs ou les maux, et de lui les chefs tiennent leur autorité. Il a constitué le serment (Orkos) et c'est comme étant, non pas une divinité, mais la Divinité, qu'il l'impose aux mortels.
Enfin , dans l'ordre moral, Zeus envoie le Remords aux coupables, et le secours des Prières, filles du ciel.
Bref, pour le Grec, invoquer Zeus, c'est, ce semble, invoquer le vrai Dieu : « Zeus ! si c'est ainsi que la Divinité aime qu'on l'appelle, c'est sous ce nom que je m'adresse à Elle, » chante un Chœur d'Eschyle2 : invocation des plus remarquables! qui montre une fois de plus la gêne qu'ont éprouvée les anciens (les sauvages la ressentent encore) quand il s'agit de désigner l'Être divin, Dieu inconnu ou méconnu, dont la notion est oubliée ou mal comprise.
Dans Athènes seulement, on comptait 19 appellations de Zeus : or, loin que la multiplicité de ces noms correspondît à autant d'êtres divins, elle donne à entendre au contraire que les Grecs voyaient dans le mot Zeus un vocable incertain de la Divinité , très certaine pour eux.
En dépit du polythéisme grec, l'éminence de Zeus est hautement proclamée parles esprits les plus distingués de l'antiquité :
« Zeus! tu es le chef! » (Terpandre 3.)
« Zeus gouverne tout à sa volonté. » (Pindare.)
« Zeus est le conducteur du monde. » (Cléanthe4), et tant d'autres...
Et à ceux qui prétendent que le roi de l'Olympe5 n'était point considéré comme Créateur, on peut opposer cette affirmation d'Archiloque : « Zeus est celui qui a fait le ciel et la terre »,