‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 70 sur 285 · Musée du Louvre · texte numérisé non relu

Musée du Louvre

supérieures où sa faible voix ne pouvait être entendue : entre ces deux interprétations il n'y a qu'une nuance.

Un argument de texte, du plus haut intérêt, peut nous éclairer : adorare purpuram principis, ne veut point dire aàorer, mais bien : baiser, porter à la bouche [ad os) le bas de la robe royale, en signe de respect; et comme cet usage était suivi généralement par les courtisans, cette traduction « porter à ses lèvres », semble des plus conformes à la vérité historique. Ainsi, quand l'historien Ammien Marcellin parle d'un citoyen qui se présente devant un personnage, il emploie couramment le terme adorare.

Bien que le sentiment d'amour de Dieu soit une notion toute chrétienne (qui s'explique à l'égard d'un Rédempteur, mais qui n'aurait pas eu de sens chez des païens dont la religion était tout empreinte de défiance) l, il n'est pas moins vrai que l'hommage par les gestes, et même par le baiser, fut un usage des plus anciens.

On peut voir au Louvre, sur des peintures égyptiennes, des hommes en adoration, tenant les doigts de la main droite repliés devant la bouche. La Bible parle plusieurs fois de cette attitude2; et ce témoignage de respect fut habituel chez les Grecs et les Romains. On saluait de la main les temples, les statues et les dieux : ainsi quand Démosthène est saisi par les émissaires d'Antipater, il approche de sa bouche un stylet empoisonné : les gardes l'observent; mais s'imaginant qu'il fait le geste ordinaire de l'adoration pour saluer Neptune3, ils lui laissent, sans s'en douter, la facilité de mettre à exécution son projet de suicide.

Les morts étant réputés des esprits divins, étaient aussi honorés de la même manière.

Dans le salut pieux, les doigts de la main droite devaient être disposés de telle sorte, que l'extrémité de l'index tourné vers le

1. Exagérant le sentiment de crainte qui dominait dans la religion païenne, les épicuriens en étaient arrivés à dire que la crainte avait engendré les Dieux.

Pri?nus, in orbe deos fecit t'nnor (Hor.).

2. Job, xxxi, 26 ; lier/., III, 19... Dans l'Ecriture Sainte, baiser est fréquemment synonyme d'adorer : a Leur bouche n'a pas baisé leur main pour l'adorer )) (IIIe Liv. des Bois, 19).

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