‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 72 sur 285 · IL Martba · texte numérisé non relu

IL Martba

cherches de M. 0. Mùller à cet égard, le sens de ce rite est très incertain.

Nous ne nous attarderons pas à rappeler longuement que le Jupiter des Romains était, ou peu s'en faut, le Zeus grec, le Grand-Esprit dominant les puissances secondaires du paganisme.

Dans Virgile, Jupiter est considéré comme le maître incontesté du ciel et de la terre : non seulement son action s'étend sur l'Univers entier, mais il morigène les divinités inférieures. C'est lui qui les convoque en assemblée et les guide en souverain; et connaissant leurs faiblesses, il ne les fait pas délibérer après boire... Il leur parle assis sur un trône, et quand il se retire, les Dieux l'entourent.

Imitant en cela les Grecs, qui décomposaient leur grand dieu en Zeus-Oracle, Zeus-Lumière, Zeus-Guerrier, Zeus-Justice1, les Romains faisaient de même à l'égard de Jupiter : il y avait le Jupiter dieu du Latium, le Jupiter des Moissons, celui de la Lumière, celui de la Foudre, celui de la Victoire2...

Mais, irrésistible influence de l'idée du dieu un! au-dessus de ces modalités divines, un culte aussi spécial que solennel était rendu au Jupiter suprême : Jupiter- Maximus-Optimus, qui, seul, avait droit aux grands sacrifices et aux fêtes nationales.

L'idée des cités romaines étant de confisquer, autant que possible, à leur profit la divinité — comme faisaient jadis les Égyptiens, — plusieurs villes prirent pour patron Jupiter même, Jupiter Anxur, par exemple.

D'autres, allant plus loin encore, s'approprièrent le Grand Jupiter et y accolèrent leur propre nom : c'est ainsi que les habitants d'Héliopolis avaient pour divinité tutélaire Jupiter- Optimus-Maximus-Héliopolitanus; ceux de Dolicha se plaçaient sous l'égide de Jupiter-Optimus-Maximus-Dolichenus... Supposez dans la cité une colonie, un groupe politique, ou un collège de prêtres ajoutant à ces vocables d'autres qualifications encore : on en arriverait à une véritable litanie !

Et cependant il ne s'agirait toujours que du même Jupiter.

1. Zeus Dodonœos — Zeus Lycaeos — Zeus Stratios — Zeus Themistios.

2. Jupiter Latialis — Jupiter Frugifer — Jupiter Lucetius — Jupiter Tonans — Jupiter Victor...

11 n'es! pas douteux que, dans l'opinion des anciens, La Fatalité s'imposait aux divinités subalternes comme une loi inéluctable; mais était-ce bien une puissance supérieure au roi de l'Olympe lui-même, ainsi que semblent le dire quelques auteurs dans leur lyrisme exalté ?

On remarquera d'abord que le Fatum, dieu allégorique, n'est que l'emblème de la parole formulée par Jupiter : la Fatalité n'est point une entité, mais le Verbe même du Maître des dieux, la Loi qu'il proclame, Tordre qu'il intime; et l'étymologie du moi ne laisse nul doute à cet égard1. Jupiter parle..., et de sa bouche sort la Fatalité inexorable : désormais aux Érinnyes, aux Puissances souterraines appartient la mission de surveiller l'exécution aveugle du Décret rendu.

Entre tous, les poètes anciens se sont emparés des idées de Destin, Sort, Hasard et Fatalité, appellations indécises et commodes, qui permettaient à leur imagination ingénieuse et féconde de se livrer à des évocations aussi gracieuses que fantaisistes, et d'embellir à plaisir les mythes sacrés des âges héroïques qu'ils chantaient.

Aussi, n'est-ce point dans la Fable qu'il faut chercher des définitions précises; et bien indiscret serait celui qui demanderait à l'Antiquité de fournir les documents justificatifs de ses rêves artistiques, de ses aspirations flottantes ou de ses fictions religieuses, alors surtout que les Muses s'en font l'interprète, en voltigeant capricieusement de chimère en chimère!

Comme les Grecs, les Romains avaient le culte de la nature dont ils divinisaient les Forces, au lieu de remonter « à l'éternel Moteur », selon l'expression de Leibnitz; mais Ja caractéristique du paganisme romain était aussi l'idolâtrie 2, c'est-à-dire la divinité façonnée à notre image : en cela l'idolâtrie se distingue du fétichisme des non-civilisés, qui s'adresse, non aux personnes, mais aux objets, comme nous l'avons précédemment exposé.

L'auteur du Livre de la Sagesse rattache l'idolâtrie à plusieurs sources principales, qu'il énumère : « Un père, par exemple,

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