M. Lan g
phrase : « A quel dieu offrirons-nous l'holocauste? » Nous en donnons plus loin une traduction partielle.
On pourrait, en effet, entreprendre un travail spécial pour démontrer que l'antiquité, en dépit du polythéisme, et peut-être même à cause de ce polythéisme contraire à la raison humaine, s'élevait instinctivement au-dessus de la Mythologie vulgaire pour s'adresser à l'Infini, à l'Éternel, au vrai Dieu qui l'attirait en secret, fût-il innomé.
« Ce désir, cette aspiration vers le Dieu sans nom, écrit M. de Bunsen, vers ce Dieu auquel n'est érigé aucun monument dans le Panthéon védique, n'a trouvé nulle part une expression plus grandiose que dans le Xe livre du Rig-Véda :
Au commencement paraît le germe doré de la lumière ;
Seul, il fut le Souverain né du monde;
Il remplit la terre et le ciel :
A quel Dieu offrirons-nous l'holocauste?
Lui qui donne la vie et la force ; lui dont tous Les Dieux eux-mêmes invoquent la bénédiction, L'immortalité et la mort ne sont que son ombre ! A quel Dieu
Lui, seul souverain tout-puissant de l'univers, De l'univers qui s'est éveillé et a commencé à respirer ; Lui qui règne sur l'homme et qui conduit l'animal! A quel Dieu
Lui dont les montagnes couvertes de neige,
Dont le courant lointain de la mer annoncent la puissance ;
Lui dont les bras entourent l'étendue des cieuxî
A quel Dieu
Lui qui illumine l'éther, qui affermit la terre,
Qui fixe le ciel et même l'empyrée,
Qui a répandu la lumière à travers les couches des nuées!
A quel Dieu
Lui dont le regard puissant s'étendit sur ces eaux Qui portent la force et qui enfantent le salut, Et qui, au-dessus des Dieux, fut seul Dieu.
« Dans cet élan vers L'Esprit, écrit M. de Bunsen, il y a retour vers la croyance primitive ; caries mythes naturalistes ne sont nullement La forme première de la religion, ainsi qu'on le prétend souvent de nos jours : la mythologie ne s'est formée que plus tard. Le souvenir de l'idée première ne se trahit nulle part d'une façon aussi évidente que dans les prières védiques, échos d'une croyance obscurcie en un Dieu Créateur et ordonnateur de l'univers ' . »
Tout en admettant nombre de Génies variés, l'Olympe védique, au moins dans la période aryenne, reconnaissait dans Varuna le dieu maître de tous les êtres.
Voici, dit M.Fisscher, le langage que les Védas prêtent « au roi des dieux et des mortels, au Dominateur souverain », comme il est désigné :
« Moi \ 'a runa, je suis placé au-dessus de toutes les créatures, et les immortels me sont soumis; les dieux savent ma volonté2. » Et c'est dans un poétique langage que l'hymne sacré célébrera Varuna, « père des Génies célestes et Créateur de tout » :
Au soleil, Varuna a tracé ses sentiers,
Les eaux tumultueuses se précipitent avec rapidité;
Aux jours, il a fait leur vaste carrière,
Et il les guide comme un coursier ses cavales.
Son soufile, c'est le vent, passant par l'air violemment agité, Comme à travers les roseaux la bète fauve se fraye une route. Tout ce que la vaste terre et le ciel sublime renferment, Tout cela est ton bel empire, Varuna!
I-mtonne un hymne sur un ton sonore ou léger A Varuna, Maître de tout! un hymne d'amour, A Celui qui a tendu la terre , comme le boucher Étend la peau du taureau à la lumière du soleil.
Il a broché l'air de nuages;
Il a mis dans le cheval le courage, dans la vache le lait,
1. Les philosophes identifient Zeus des Hellùnes, avec Dyaus, dieu céleste de l'âge védique.
2. Aussi sont-iLs appelés les messagers. V. Pagan. et Révél.t par Fisscher, p. 12.
La raison au cœur de l'homme, dans les flots de la mer leur éclat, Au ciel le soleil , le Soma sur le rocher.
Il a renversé les tonneaux des nuages et les a laissés
S'écouler dans l'air, vers la terre et vers le ciel :
Ainsi le Roi de toute vie abreuve-t-il
Les êtres, comme fait la pluie pour les fruits des champs.
Et l'hymne ajoute cette phrase, qui prouve que les anciens Indiens avaient foi en une communication de la Divinité : « Varuna ! inspire l'homme religieux, car ce n'est pas par notre humaine nature que nous savons quelque chose de toi1. » L'homme est si incapable que, sans Dieu, « il n'est pas maître d'un seul clignement de ses yeux. »
Un des textes les plus extraordinaires du Rig-Véda, parle de Dieu dans les termes suivants :
A l'origine il n'y avait ni être ni non-être : il n'y avait ni atmosphère, ni ciel, ni mort ni immortalité, ni jour ni nuit : Y Unique respirait en silence, ne dépendant que de Lui-même 2.
Cette très ancienne période du Véda est, dans l'ordre religieux et moral, supérieure à celle qui l'a suivie, et où l'on voit le sentiment religieux s'altérer et se pervertir, en confondant ensemble dogmes ritualistes, anciennes croyances, traditions légendaires et nouveaux systèmes philosophiques, pour en former une théologie hospitalière, imprégnée d'un vague mysticisme.
b. Les Hindous, débordant de la région de l'Indus, inondèrent l'immense plaine du Gange. Alors il se forma, dans les derniers temps védiques, une religion dont la plus haute personnification est Rrahma, « l'âme de l'univers, la substance de tout, le seul qui existe réellement : les choses créées et les phénomènes n'étant que des apparences et comme le rêve de Brahma. »