‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 91 sur 285 · Wilson, Religion of the Jlindus, II, G · texte numérisé non relu

Wilson, Religion of the Jlindus, II, G

trouvé dans son harem seize mille femmes; et il devint père de cent quatre-vingt mille enfants^ ».

Est-il besoin d'insister? et ne faut-il pas un parti pris formel ou une rare naïveté, pourvoir là le prototype de l'Homme-Dieu?

Néanmoins si les hiérographes et les vrais savants ont protesté, lors de l'apparition du livre de M. Jacolliot, ou d'autres de ce genre, il n'en est pas moins vrai que nombre de lecteurs dociles, n'ayant point lu les réfutations, ont été séduits par l'habileté de l'imposture : aussi importait-il de ne point Ja laisser sans réponse.

Nous faisions allusion, tout à l'heure, à l'amusante étude sur le Mythe de Napoléon, spirituel plaidoyer, dûà la plume d'un ingénieux lettré 2. Le fait est à rappeler ici en terminant : ce sera le meilleur moyen de démontrer comment, en exploitant des coïncidences fortuites, en groupant avec ingéniosité des similitudes plus ou moins éloignées, ou en rapprochant des détails, on peut arriver, même de bonne foi, à constituer en histoire de véritables faux, bien que tous les éléments mis en œuvre soient vrais en eux-mêmes.

Dans sa brochure intitulée « Napoléon n'a jamais existé! » l'auteur, procédant à la manière des apologistes du faux Christ hindou, c'est-à-dire s'emparant aussi de certaines particularités ou analogies, s'amuse à démontrer que, le temps aidant, Napoléon pourra s'identifier avec Apollon.

Napoléon, dit plaisamment M. Pérès, n'est qu'un être imaginaire figurant Apollon. — Le nom de Napoléon n'est luimême que la corruption de celui d'Apollon. — Tous deux naissent dans une île; et de Latone, mère d'Apollon, on a fait Laetitia, mère de Napoléon. — Les trois sœurs de ce dernier ne sont autres que les trois Grâces, ornement de la cour d'Apollon, leur frère. — A n'en pas douter, les quatre frères prétendus de Napoléon représentent les Saisons; et les douze maréchaux les signes du Zodiaque. — Selon la Fable, Napoléon eut deux femmes : il en était de même du Soleil, à qui les mythologies attribuent pour épouse, tantôt la Terre (d'après les Égyptiens), tantôt la Lune (d'après les Grecs). — On le vit se lever à l'Orient (en Egypte) ;

1. Gr. Ency. nouv. — oc Kerchna eut, dit-on, soixante mille femmes, » écrit M. Vinson.

2. Napoléon n'a jamais existé , par M. Pérès, bibliothécaire à Agen.

monter vers Le Nord à Moscou) ; puis descendre dans les eaux de l'Océan occidental à Sainte-Hélène). — Son règne de douze ans

figure les douze heures, pendant lesquelles Tas! ce du jour brille au-dessus de nos tètes. — En un mot, c'est bien de cet astre qu'il

s'.iuït et de son rayonnement glorieux, quand on parle constamment à son sujet du Soleil d'Austerlitz.. .

Sans doute fauteur pousse à l'extrême la plaisanterie : cependant il y a là une idée très sérieuse, cachée sous une démonstration d'apparence bouffonne.

.... Supposons que Napoléon date de deux ou trois mille ans, et soil aussi mal connu que Krchna : peut-être alors l'extravagance de la thèse diminuera-t-elle singulièrement.

c. Le Bouddhisme. Un jour, dit la légende, parut un réformateur fameux, Çâkia-Mouni*, qui avait pour père un éléphant blanc, et qui, devenu Bouddha, c'est-à-dire « éclairé », voulut réagir contre la dureté du Brahmanisme et la loi des castes, en enseignant la pitié et une certaine égalité. Mais sa popularité résulta surtout du fait suivant : Les Brahmanes avaient persuadé au peuple que le ciel n'était fait que pour eux, et que les autres hommes se trouvaient dans la nécessité désespérante de recommencer indéfiniment des existences nouvelles, sans jamais pouvoir arriver au repos; au contraire, le fondateur du Bouddhisme, exploitant habilement la crainte que ressentait l'Indou de revivre sans cesse pour souffrir à nouveau, annonce que les épreuves peuvent avoir une fin « par l'épuisement des vies successives ».

Cette doctrine de délivrance parut si précieuse aux anciens adeptes du Brahmanisme, que, d'homme qu'il était à l'origine, Çakia-Mouni fut élevé au rang de divinité2, et que son culte prit une importance considérable dans l'Inde, le Thibet, le Japon et la Chine.

La qualité de Bouddha n'est point d'essence divine, puisqu'il est

1. Son nom était Siddhârtha, de la famille de Gâutama, et de la race des Çakyas.

veut dire solitaire.

2. Les Indouiste.-, ou Brahmanistes sectaires, ont fait de Bouddha la neuvième incarnation de Vishnou.

pleinement admis par la théologie indoue qu'un homme vertueux peut devenir Bouddha.

La récompense dernière de toutes les vertus pratiquées durant la vie se trouve dans le nirvana, terme final qui, en abolissant la personnalité, délivre de l'obligation de renaître à la douleur. Tel est l'idéal du Bouddhiste qui n'aspire qu'à une chose : « arrêter le Karma; se délivrer de la loi des existences renouvelées, cesser de sentir, de vouloir, et même de penser. »

Ainsi la souffrance, pendant une série de transmigrations, puis la suppression de l'être : telle est la perspective décourageante de cette religion qui courbe sous son joug tant de millions de sectateurs. Et cette interprétation ne saurait être contestée, le mot nirvana voulant exactement dire « extinction, anéantissement ». L'Indou croit que Dieu est le seul être existant, « tout le reste n'étant qu'apparences ».

C'est le panthéisme pur1.

Dans ce ciel, « d'effacement éternel », l'Indou n'aura ni activité, ni pensée ; et la première condition pour y prétendre consistera à rejeter l'erreur de croire à sa propre existence, l'erreur d'oser dire : « Je suis 2. »

Ce ciel est aussi restreint que négatif.

Ainsi, quelle que soit la sainteté de la femme, elle ne pourra point parvenir au nirvana. Ou plutôt il n'y a pour elle qu'un moyen d'y entrer : « C'est de mériter de devenir homme dans une autre existence, le ciel supérieur n'admettant que des êtres masculins 3. »

Sans doute, Çâkia-Mouni prédit à des femmes qu'elles arriveront à être Bouddha; mais il ne faut pas oublier « qu'il est expressément déclaré que, pour cela, la femme devra revêtir le sexe masculin dans sa dernière transmigration. Et le mot Bouddha n'a pas de féminin4 ».

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