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Loin d'être à la dévotion du clergé, le redoutable tribunal espagnol qui ensanglanta le règne de Philippe II fit citer à sa barre les évoques de Lugo, d'Almeira, de Léon, plusieurs théologiens du Concile de Trente, et môme les archevêques de Grenade, de Saint-Jacques et de Tolède1.
Lïnquisition espagnole fut si bien un moyen d'action gouvernementale, que les rois ne pouvaient se résoudre à y renoncer: abolie dans la Péninsule le k novembre 1808, elle fut rétablie par Ferdinand VII en 1814, pour ne disparaître qu'en 1820.
Enfin, si l'Inquisition avait été l'œuvre directe de l'Église, c'est à Rome qu'elle aurait eu son maximum d'intensité , et non en Espagne ou ailleurs. Or, sous Philippe le Bel, on voit les Templiers demander comme une grâce, sans l'obtenir toutefois, d'être jugés à Rome, juridiction plus douce, bien qu'elle eût alors emprunté sa forme aux autres tribunaux séculiers.
En résumé, il ne faut pas nier les crimes, l'intolérance ni le fanatisme là où ils ont existé, car la vérité est plus respectable que des inquisiteurs farouches : encore doit-on juger froidement l'histoire, non d'après des opinions intéressées, mais sur des faits vérifiés et constants.
Revenons maintenant à notre exposé sur la torture.
Quand le juge prescrivait la question, dit l'Ordonnance de 14-98, il y était procédé sur-le-champ et non le lendemain, pour que l'accusé ne se préparât point contre la douleur.
Faut-il donc admettre qu'il y avait, en fait, des moyens de la conjurer? du moins croyait-on dans le peuple , soit à des procédés scientifiques, soit à des charmes capables d'amener ce merveilleux résultat...?
Lorsqu'on dépouille les documents et les procédures criminelles d'autrefois, on y lit les procès- verbaux d'épreuves épouvantables, supportées par les patients avec un courage extraordinaire ; et cette puissance de volonté y est attribuée à un secours surnaturel, réputé divin par les uns, ténébreux par les autres.
1. L'archevêque de Tolède, Bartholomè de Carrangua, était le confesseur de Philippe II.
On remarquera d'abord qu'au point de vue physiologique, la sensibilité se trouve être très développée par la délicatesse morale ; tandis que chez certaines natures brutales, l'impassibilité va jusqu'à une sorte d'extraordinaire stupeur, qui a pu être prise pour héroïsme, ou encore pour « diablerie ».
Maints criminels endurcis ne font-ils pas preuve d'une indifférence invraisemblable en présence de la guillotine?
Parmi les moyens naturels employés pour lutter contre la souffrance, nos pères signalaient : le savon, mangé ou même bu dissous dans l'eau1, des onctions de graisses et d'herbes spéciales, « et des drogues efficaces, profits fréquents des valets de justice », constate Etienne Tabourot2.
Ce n'était peut-être, avons-nous dit ailleurs, que de simples anesthésiques inconnus du vulgaire. Ils n'abolissaient pas la sensibilité; mais utilisés comme adjuvants d'une volonté tenace et forte, ils étaient susceptibles d'être confondus alors avec des œuvres magiques. Quelques-uns prônaient des formules enchantées, et des cédules superstitieuses permettant « de ne rien craindre3, » telles que les mots : Aglas-Aganas-Algade..., écrits sur du parchemin dont on avalait la raclure 4.
D'autres, animés d'une foi ardente, trouvaient dans les paroles de l'Écriture Sainte et de la Passion, des textes réconfortants, et des motifs de résignation5.
Mais de toutes les formules pieuses, il n'en est point de plus touchante que l'incantation du pauvre patient, faisant appel au Uniment suave et poétique imaginé par la foi naïve de l'époque : « Le doux lait de la Vierge Marie 6 ».
« Depuis les temps antiques jusqu'aux siècles derniers, écrit M. E. Le Blant dans une remarquable étude, un grand nombre