‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 109 sur 296 · Règle 161 de l'Ordre · texte numérisé non relu

Règle 161 de l'Ordre

rendit à l'appel du magistrat , mais déclara ne pouvoir parler, les révélations qui lui avaient été faites ayant été reçues par lui sous la foi sacerdotale. Néanmoins le Ministère public insista pour que le témoin s'expliquât sur la confidence à lui faite. Une poursuite eut même lieu pour l'y contraindre et l'abbé fut condamné en première instance et en appel.

S'autorisant du caractère strictement inviolable de l'aveu en pareille occurrence, le prêtre se pourvut contre l'arrêt, et la Cour suprême déclara : « que la Religion catholique étant d'après le Concordat placée sous la protection du Gouvernement, l'autorité civile devait en respecter l'un des principes essentiels, c'est-à-dire l'inviolabilité de la confession; et que c'est seulement au cas où le ministre du culte aurait connu le fait comme particulier, qu'il pourrait être tenu de rendre témoignage en justice1 ».

On lit dans la correspondance du consul de France à Venise en 1714, l'épisode suivant.

Le curé de la paroisse de Saint-Mathias, à Venise, soupçonné d'avoir engagé une correspondance secrète avec le ministre de France , fut appliqué à la question ordinaire et extraordinaire , sans qu'on pût lui arracher aucune explication , sinon l'affirmation énergique de sa complète innocence.

Après avoir délibéré s'il serait mis à mort, on préféra le condamner à la prison perpétuelle, dans l'espérance qu'avec le temps il dénoncerait ses complices supposés. Ce prêtre était en prison depuis trois ans, quand une circonstance inattendue fit découvrir l'auteur vrai de la lettre, qui lui avait été mensongèrement attribuée. Le faussaire, mis à son tour à la question, avoua son crime et fut étranglé. Rendu à la liberté, le curé de Saint- Mathias vit alors son héroïsme proclamé, car il avait préféré subir la torture et l'infamie, plutôt que de faire savoir le nom du coupable, qu'il n'avait connu que parla confession.

1. Blanche, C. P., art. 378. — Carnot, p. 667. — Merlin, Rêpert. — Legravarend, t. I, p. 257...

Lors du procès contre la marquise de Brinvilliers, les magistrats furent moins scrupuleux : on vit M. de Lamoignon et le Président de Mesmes autoriser la production aux débats d'une confession écrite, découverte à Liège dans les papiers de l'accusée. En vain M. de Palluau et d'autres déclarèrent-ils qu'il y avait là un abus immoral, on passa outre, et lecture fut donnée du document.

Il y a quelques années, un homme avait commis un assassinat dans la Podolie, province détachée de la Pologne. Poursuivi par le remords, il alla se confesser à un curé catholique , et en quittant la sacristie où le prêtre l'avait entendu, il laissa tomber par mégarde ou pour s'en débarrasser, un vêtement ensanglanté appartenant à la victime. La police ayant entendu parler de ce vêtement suspect s'en saisit, et le curé fut arrêté. Ne connaissant les circonstances du crime que sous le sceau du secret, le prêtre ne voulut pas se disculper : condamné et flétri , il fut envoyé aux mines de la Sibérie. Peu après, l'assassin, à son lit de mort, fit appeler un magistrat, lui avoua son crime, et le nouveau Népomucène1 fut solennellement réintégré dans sa paroisse.

Comme idée corrélative du secret dont est tenu le confesseur, et comme antithèse à l'aveu forcé résultant des contraintes de la torture, il nous reste à parler de Y aveu volontaire, libre et spontané que font les coupables, qu'il s'agisse d'un pénitent s'accusant de ses fautes devant le prêtre, ou d'un justiciable repentant qui reconnaît ses crimes devant le juge.

La doctrine de l'Église sur Y « aveu sacramentel », étant du domaine delà théologie pure, n'a point lieu d'être rappelée ici : toutefois deux points d'histoire religieuse sont à préciser.

D'abord est-il exact que la confidence volontaire, exprimée sous forme de confession auriculaire, soit aussi ancienne que les premières civilisations? est-il vrai, par exemple, comme l'écrivent plusieurs égyptologues, que déjà sous les Pharaons Y aveu des fautes faisait partie constitutive de la religion pratiquée sur les bords du Nil?

Pour s'en rendre compte , il importe de se reporter aux rituels sacrés que les Égyptiens plaçaient dans le cercueil à côté des momies, et où se lit ce qu'on appelait le « témoignage ou confession du défunt devant Osiris et devant les 42 Esprits du monde inférieur, chargés de prononcer sur les 42 péchés capitaux ».

Or, voici les paroles attribuées à l'âme devant le tribunal su-

1. On sait que saint Jean Népomucène s'étant refusé à révéler la confession de l'Impératrice, Wenceslas le fit jeter pieds et poings liés dans la Moldau, le 16 niai 1383.

prême : on verra que rien ne ressemble moins à un acte de componction et d'humilité.

Loin de s'accuser, le pécheur fait son apologie, vante ses vertus, prône ses bonnes actions; il plaide comme il le ferait devant un juge qu'il faut persuader, et dont la clairvoyance est des plus contestables : « Osiris, Dieu parfait! c'est la pure vérité que j'apporte devant vous : couvrez mes fautes! — Je n'ai été ni trompeur, ni méchant. — Je n'ai point tué. — Je n'ai point trompé la justice. — Je n'ai point fraudé d'homme sur le salaire de sa journée. — Je n'ai point été paresseux; je ne me suis point lassé. — Je n'ai point succombé à la peine; je n'ai point perdu courage. — Je n'ai rien fait de ce que les dieux haïssent.

— Je ne me suis point oublié envers la personne de mon supérieur. — Je n'ai ni opprimé, ni affamé, ni fait pleurer personne. — Je n'ai pratiqué aucune tromperie à la face des hommes. — Je n'ai point falsifié les mesures de l'Egypte. — Je n'ai rien dérobé aux statues des dieux. — Je n'ai point enlevé les bandelettes de lin des morts. — Je n'ai point fréquenté les personnes de mauvaise vie. — Je n'ai point pratiqué l'usure. — Je n'ai point falsifié les cachets des bagues. — Je n'ai point diminué le poids des balances. — Je n'ai point troublé les gazelles dans leur gîte. — Je n'ai point cherché à m'emparer des oiseaux des dieux. — Je n'ai pris ni leur poisson Kamini, ni leur poisson Oxyrhynque. — Je n'ai ni arrêté ni détourné le cours du fleuve.

— Je n'ai point frustré les dieux des cuisses des victimes. — Je n'ai point pourchassé les troupeaux sacrés. — Je suis pur! Je suis pur ! Je suis pur! »

Il semble difficile de trouver là aucune analogie avec l'humble langage du péniient 1.

Au lieu de reconnaître en rien ses fautes, l'Égyptien se glorifiait orgueilleusement.

Le second point, se rattachant à l'aveu religieux, est relatif à la confession chez les schismatiques.

Comme l'Église romaine, l'Eglise grecque impose aux fidèles la confession auriculaire, et, de par la loi, ses prêtres sont auto-

J. Mea cuîpa, mea maxima culpa!

risés en principe à se retrancher dans un mutisme absolu si la justice prétendait les associer à une enquête indiscrète.

Selon le rite oriental, l'aveu du pénitent est plus sommaire que dans la confession latine, puisqu'il peut se borner « à une déclaration générale de culpabilité, sans aucune désignation de péché ». C'est ainsi qu'une confession en bloc, une simple formule telle que celle-ci : « Je suis pécheur! », est, d'après les canons schismatiques, suffisante pour mériter l'absolution du prêtre.

Le sacrement de Pénitence est si peu une direction personnelle, écrit l'auteur de Y Empire des tsars, qu'il existe des écoles où, pour aller plus vite, le pope confesse plusieurs enfants à la fois, en leur posant simultanément la même question1.

En Russie, du moins à l'égard des gens du peuple, c'est surtout par interrogations que procède le prêtre. Au paysan, le pope a, dit-on, deux questions à poser : « As-tu volé? t'es-tu enivré? » A quoi le moujik répond d'ordinaire : « Je suis pécheur! » ou « J'ai péché, mon père! »

Dans les temples russes il n'y a pas de confessionnaux (que les Russes appellent « petites guérites » 2) comme on en voit dans les sanctuaires catholiques de Kief ou de Vilna.

Le prêtre et le pénitent se placent dans l'église, debout, en face l'un de l'autre, derrière une grille ou un paravent qui les sépare du public, sans toutefois les cacher aux regards; souvent même tous deux se contentent de venir au pied d'un pilier ou dans un angle de l'église. « A côté du prêtre est un pupitre avec une croix et un évangile, sur lequel le fidèle met deux doigts de la main comme pour jurer de dire la vérité. »

C'est en lui imposant sur la tête un pan de l'étole, que le prêtre lui donne l'absolution; après quoi le pénitent va se faire inscrire sur les registres du diacre.

Pourquoi la confession des Grecs est-elle si sommaire, si vague? Un auteur donne pour raison de cette réserve obligée : le mariage des prêtres schismatiques. « Le pope marié, dit-il, inspire

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