Boudki
évidemment au fidèle moins de confiance, moins d'abandon que le prêtre célibataire... Époux et père de famille, le pope n'est point entouré de Fangélique auréole que met au front du prêtre catholique le vœu de chasteté, et il n'exerce pas sur les cœurs pieux la même influence mystique *. »
D'autres peuples chrétiens ont partagé ce sentiment à l'égard de leur clergé. Ainsi encore, sous Henri VIII, la loi anglaise interdisait le mariage aux ecclésiastiques, sous peine de félonie, et si sous Edouard VI on se relâcha de cette discipline, c'est à regret, le Statut déclarant « que les ministres de Dieu seraient d'autant plus estimables s'ils pouvaient vivre dans le célibat » .
En Russie, étant donnée l'indigence du prêtre, chacune de ses fonctions est salariée par le fidèle, y compris la confession. La redevance payée pour la confession du moujik est de 10 à 20 kopeks 2, et de quelques roubles pour celle des riches 3.
Enfin, ce qui expliquera peut-être pourquoi l'effusion religieuse du pénitent russe a fini par se trouver singulièrement entravée, c'est tel Règlement datant de Pierre le Grand4 qui prescrit aux confesseurs sous joeine de mort de dénoncer « les complots contre l'État et contre l'Empereur5 ». Or ne peut-on pas redouter que certaines confidences mal comprises, mal interprétées par un esprit timoré, peu clairvoyant, ou excessif, puissent être révélées comme étant de nature à mettre en péril le souverain ou l'État?
Une particularité de l'Église gréco-russe est, à l'occasion des Pâques, le certificat de confession ou témoignage du prêtre qui, d'ordinaire, est délivré par le sacristain du pope. En outre, le registre officiel sur lequel sont inscrits les fidèles confessés est envoyé chaque année aux Évêques pour être ensuite placé sous les yeux de l'Empereur, d'après un rapport du Procureur général.
Il y a donc ainsi une véritable statistique légale des dévotions, sur laquelle figurent une cinquantaine de millions de Russes