‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 118 sur 296 · Benedicite omnia optra · texte numérisé non relu

Benedicite omnia optra

feu , invoquant Dieu de qui vient toute lumière et le priant d'éclairer ses serviteurs fidèles.

Ceci achevé, on disait un Pater, quelques psaumes, et on chauffait le fer pendant une durée plus ou moins longue. La communion du prêtre terminée, l'officiant s'approchait de l'accusé, l'adjurait au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, par l'Église, les reliques et le baptême, de ne point s'approcher du saint autel s'il avait commis le crime. Après avoir répondu négativement, le prévenu recevait l'Eucharistie, et la messe s'achevait.

On y ajoutait des litanies et cette prière : « Dieu, qui nous donnes par le feu des signes de ta puissance ! qui as fait paraître un buisson ardent devant Moïse sans permettre qu'il fût consumé ! qui as permis aux trois enfants de sortir sains et saufs de l'ardente fournaise! qui as brûlé Sotlome et sauvé Loth! etc., fais que la main de ton serviteur soit brûlée s'il est coupable : fais qu'elle demeure intacte s'il est innocent. »

On donnait encore une nouvelle aspersion d'eau bénite, après laquelle le patient, prenant le fer rouge dans la main, le soulevait une ou plusieurs fois selon que l'avait ordonné le juge, ou encore le portait aussi rapidement qu'il le pouvait à la limite imposée...

A l'instant on enfermait la main dans un sac, sur lequel le juge et l'accusateur apposaient leurs sceaux pour les lever trois jours après. Si alors il ne paraissait aucune marque de brûlure, l'accusé était proclamé innocent; autrement, le degré de culpabilité se réglait d'après le plus ou moins de traces qu'avait laissées le feu sur les chairs.

Au lieu de barres de fer, on prenait quelquefois neuf socs de charrue que l'on faisait chauffer, et sur lesquels l'accusé devait marcher sans chaussures.

La justification par le feu n'était employée le plus souvent, qu'en l'absence de toute preuve. Les Papes commencèrent d'abord par en dispenser les ecclésiastiques, puis bientôt l'interdirent à tout chrétien; enfin elle fut complètement supprimée par le Concile de Latran, sous Innocent III.

Encore de nos jours, ne dit-on point communément pour attester la vérité d'un fait : « J'en mettrais la main au feu »?

On voit par ce qui précède qu'il fut un temps, où pareille offre n'aurait pu être faite en manière de plaisanterie.

Parfois on était autorisé à se soustraire à l'épreuve en produisant des témoins, et en versant une certaine somme à l'accusateur et aux juges.

Cette sorte de composition s'appelait le rachat de la main.

Quels étaient les règlements et les usages en ce qui concernait les femmes? Étaient-elles astreintes au jugement par le feu?

Selon les régions, les époques et les circonstances1, l'obligation variait : tantôt un des parents de la femme prenant « son fait et cause » se présentait pour elle; tantôt elle obtenait qu'un étranger se portât champion en sa place.

Mais quand il s'agissait de certains délits pour lesquels la défense personnelle était de principe (par exemple quand il y avait inculpation de vol), alors la femme était soumise à la procédure, si cruelle fût-elle. C'est ainsi que sous Richard, roi d'Angleterre, deux femmes accusées de vol de drap subirent à Suffiete l'épreuve du fer chaud2; l'une d'elles ayant conservé des traces de brûlures fut déclarée coupable, et noyée dans l'étang de Bigpool.

En principe, nulle femme ne pouvait être appelée aux ordalies sans l'autorisation de son mari; mais souvent on- en vit s'offrir spontanément au jugement céleste pour confondre les imposteurs. Sainte Cunégonde, femme de l'empereur Henri II, et fille de Sigefroid comte de Luxembourg, accusée d'infidélité, demanda l'épreuve du fer ardent; et s'il faut en croire Baronius, elle marcha nu-pieds impunément sur neuf socs de charrue brûlants. Même chose est rapportée au sujet d'une reine de Grande-Bretagne, Emma, fille de Richard duc de Normandie.

Pour le jugement par Veau bouillante*, les choses se passaient ainsi : on allumait un brasier sous un vase de métal plein

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