Gestabter Eid, de Eidstab, bâton du serment
royale, ainsi qu'on peut le vérifier sur des pièces de monnaie représentant les anciens rois de France :
L'épée aux innocents propice,
La main symbole de justice
Ne sont plus l'effroi des pervers,
a dit La Fontaine.
La main de justice rappelle, en réduction, l'enseigne des légions romaines, c'est-à-dire une main placée au sommet d'un bois de lance.
L'investiture visait-elle une terre ecclésiastique? le signe était une crosse ou un anneau, ou encore la corde des cloches.
Quant à la main considérée comme emblème de propriété, elle apparaît à chaque instant dans les formules du droit coutumier : main-morte, main-mise, main-forte, main-levée, mainhautaine, main-assise, main-ferme, main-baillée, ?nain-ecclésiastique, main- bout nie A .
On ne s'étonnera pas que la superstition et la magie aient utilisé la main, dans des pratiques étranges, à l'usage des voleurs et des soi-disant sorciers de l'époque.
Pour confectionner ce qu'ils appelaient une main de gloire, il fallait d'abord se procurer, chose difficile, la main d'un décapité ou plutôt d'un pendu, dont la « chance » était un précieux auxiliaire, parait-il. Une fois en possession de ce membre, on l'enveloppait avec soin dans un morceau de linceul après l'avoir saupoudré de salpêtre, de poivre et de sel. On le laissait sécher pendant un certain temps; puis on mettait entre les doigts une chandelle, dans la composition de laquelle entrait de la graisse humaine. Et les sorciers assuraient qu'il suffisait de porter cette main fantastique dans la demeure qu'on voulait dévaliser pour que le propriétaire devint aussitôt frappé d'inertie, et incapable d'opposer aucune résistance aux agresseurs.
1. Main-hautaine signifie souveraineté; main-assise, droit d'hypothèque; main-ferme, héritage de roture; main-baillée, consentement. Par la main-ecclésiastique, les premiers évêques avaient le droit de surveiller les pratiques païennes, dont certains rites réapparaissaient dans les maisons chrétiennes; la main-bournie était la protection accordée par l'Eglise ou par les seigneurs, etc..
Étant donnée la propriété stupéfiante attribuée à cette préparation, nommée man de gorre dans le Midi1, on s'est demandé si des magiciens , plus fripons que dangereux, n'auraient pas imaginé le talisman macabre appelé par corruption « main de gloire », pour mettre habilement en œuvre, à l'insu des ignorants, les étonnantes propriétés soporifiques de la plante mandragore, qui possède en effet une vertu narcotique très accusée. Or il est constant que cette plante était connue de nos pères, puisque les vieux Coutumiers du Midi en prohibent l'usage comme poison dangereux.
Si cette étymologie est fondée on aurait là une preuve nouvelle que beaucoup de gens, réputés jadis sorciers, n'étaient que des habiles, ayant connaissance de certaines propriétés physiques ou médicinales inconnues du public , ou encore d'adroits prestidigitateurs exploitant la naïveté populaire. Les applications de l'électricité, du téléphone, du curare, du chloroforme, même les trucs de la magie blanche la plus vulgaire, eussent, sans aucun doute, été classés, à cette époque, parmi les troublantes manifestations de la sorcellerie la plus ténébreuse et la plus noire !
Il y avait, disait-on, moyen de conjurer les maléfices de la « main de gloire ». Pour cela il fallait acheter un' onguent composé de « graisse de chat noir, et de graisse de poule blanche ». Naturellement la vente en était profitable : on ne pouvait payer trop cher un talisman qui mettait les richesses à l'abri des mains crochues des dévaliseurs.
En réalité on s'adressait à un voleur pour n'être pas volé.
Revenons à des choses plus sérieuses.
Dans le cérémonial féodal de « Foi et hommage », le vassal mettait sa main dans celle du seigneur, et prêtait serment : c'était lui vouer sa personne et ses biens tout ensemble. L'hommage se faisait au manoir principal, dans les quarante jours qui suivaient l'entrée en possession, chaque fois que le fief changeait de maitre , ou même simplement quand le seigneur l'exigeait au cours de la jouissance. Le caractère tout personnel de ce don