Gabriel, Nat. des Preuves, XLVII
tout le groupe, et de nouvelles cérémonies éliminatoires étaient nécessaires pour découvrir l'assassin.
Alors, chacun des accusés prenant à son tour une baguette, y inscrivait son nom ou un signe conventionnel, et le recouvrait d'une étoffe de laine. L'enfant retirait une à une ces baguettes placées sur l'autel, et dès qu'il n'en restait plus qu'une, on était censé avoir l'indication du meurtrier : il suffisait de détacher l'enveloppe et de lire le nom qu'elle cachait.
On demeure confondu en présence de pareils moyens d'instruction! Ici encore la seule explication que l'on puisse donner est que, d'après les idées importées par les hordes barbares « la voix du Sort ne pouvait être que la voix du Ciel ».
Parmi les épreuves admises jadis en France, en Italie, en Allemagne et en Espagne se trouve encore celle du cercueil.
On y recourait lorsque l'auteur d'un assassinat restait inconnu; ceux qui étaient dénoncés comme suspects étaient amenés près de la bière de la victime, et obligés de poser la main sur le cadavre, qui, d'après une croyance populaire, « devait saigner au seul contact du meurtrier ». Ce jugement est rappelé dans un poème allemand de la fin du xue siècle1.
Les ordalies comme moyen de découvrir la vérité ont été si universelles que, de nos jours encore, nous retrouvons des usages similaires chez les non-civilisés.
Ainsi la justification par le poison, que le moyen âge connut, est admise au Congo, à l'heure actuelle.
Parmi les plantes empoisonnées, les natifs du Calabar 2 ont la fève du physostigma; ceux de Krou ont le sassy-wood; au Gabon, les naturels emploient comme poison fikaja ou mboundou, dont l'écorce produit un terrible narcotique. L'infusion en est préparée par le devin (oganga).
Voici comment se passe l'épreuve judiciaire du poison au Gabon : « Un chef est tué par un inconnu... Il faut une victime expiatoire: comment découvrir celui qui a frappé?