Côte de Oui née entre le cap Formose et le Gabon
Le féticheur qui préside à l'instruction décide s'il doit y avoir épreuve. « L'invocation de l'Esprit révélateur, dit M. le docteur Barret ', se fait avec un appareil saisissant et théâtral, la nuit, à la lueur des torches, au bruit furieux des voix humaines et des tam-tam. Devant l'assistance, l'accusé boit d'un trait le poison préparé, et doit ensuite franchir en courant une certaine distance dont la limite est marquée, soit par une poutre, soit par une trace sur le sol.
« Si le malheureux tombe en convulsions avant d'arriver au but, il est déclaré meurtrier. Souvent on se débarrasse ainsi d'un captif gênant ou d'un ennemi personnel du chef, sous prétexte que la Divinité est satisfaite par des immolations.
« Mais, au Congo, comme ailleurs, les accusés puissants passent à travers les mailles de la procédure, et la dose de poison varie souvent en raison directe de la libéralité de l'inculpé ; ou bien, avant d'administrer le breuvage, le féticheur, prétendu justicier, permettra au patient de prendre une potion à l'huile de palme, qui atténuera singulièrement l'action de toxique ou provoquera môme l'élimination du poison ingurgité.
« Qu'il s'agisse de procès criminels ou civils au royaume du Bénin , le jugement de Dieu est ordonné chaque fois qu'une des parties en fait la demande; je me sers ici de cette expression jugement de Dieu parce qu'elle rend exactement le sens de cet usage, et que cette preuve a aussi existé dans notre ancien droit coutumier. Ce rapprochement, qui peut paraître étrange, n'étonnera aucun voyageur; pour ma part, j'ai rencontré cette coutume en Abyssinie, chez les indigènes du Congo, et dans le droit ancien de toutes les populations de l'Asie.
« Voici la manière dont cette preuve s'administre au Bénio. Lorsqu'un individu excipe d'un engagement qui n'a pas eu de témoin et que son adversaire le nie, il lui défère Yordenti. Si ce dernier refuse de s'y soumettre, il est obligé de payer ce qui lui est réclamé. S'il accepte, on procède de la façon suivante.
« Au jour convenu, le ganga apporte deux coupes de poison, et les deux adversaires boivent chacun la leur; celui qui meurt est