R. P. Baudin, la Guinée
mage; on le pétrissait, puis l'accusateur étendant la main sur ce morceau prononçait des paroles de malédiction. Aussitôt le coupable supposé avalait la bouchée, après avoir déclaré « qu'il consentait à, ce qu'elle devint poison mortel pour lui s'il était en faute ».
La croyance était qu'il devait être suffoqué s'il était parjure.
Canut le Grand notamment prescrivit l'emploi du corsned en cas d'imputation de meurtre « pour que la volonté de Dieu soit faite 1 » .
Ingulphe2 raconte l'histoire du comte Godwin, voulant se laver auprès du roi Edouard, de l'accusation d'assassinat commis sur la personne du frère de ce roi. Or le comte était bien l'auteur du crime; néanmoins, payant d'audace, Godwin dit : « Je sais que vous m'imputez la mort de votre frère : or je puis avaler cette bouchée de pain sans conséquence, aussi vrai que par violence ni artifice, je n'eus aucune part au meurtre*. » Le roi ayant prononcé des paroles d'imprécation, le comte prit le pain, le mit dans sa bouche, et voulut l'avaler. « A l'instant, dit le chroniqueur, il demeura étouffé sous les yeux de la Cour entière. »
Le jugement parla bouchée maudite était admis ailleurs que chez les Anglo-Saxons, plusieurs siècles avant les épisodes que nous venons de rapporter, car le Concile d'Auxerre, en 578, fait allusion à ce genre de disculpation quand il prohibe les oracles par le pain 4.
Un ancien manuscrit de Saint-Laurent de Liège rappelle que , lorsque les esclaves étaient soupçonnés de larcin , on les conduisait devant le prêtre « qui leur baillait une crouste de pain en chantée, laquelle leur devait demeurer en la gorge et se conglutiner au gosier, si l'esclave était véritablement « fautif » 5.