‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 134 sur 296 · Femme ne se puet combattre, dit la Coutume du Beauvoisis · texte numérisé non relu

Femme ne se puet combattre, dit la Coutume du Beauvoisis

2. Ou exoine, excuse légale dispensant de paraître en justice, ou de remplir les obligations incombant à un vassal.

:*. Banneret, seigneur de fief qui avait le droit de porter bannière à raison du nombre de ses vassaux.

DE LA PREUVE PAR a COMBAT JUDICIAIRE ». 205

règle, déposa un papier qui contenait ces mots : « Je me plains de ce que Pierre de Kaepf a féloncusement accusé mon père, et je suis prête à le lui prouver par le jugement de la bataille, aux jour et heure qui seront fixés. » Kaepf répondit qu'il maintenait son accusation. Alors la damoiselle lui jeta son gant, et Kaepf, après l'avoir ramassé, lui donna le sien; puis on mit les deux adversaires en prison jusqu'au jour du combat. Comme la demanderesse était noble, elle devait combattre armée de toutes pièces, et pour trouver une armure à sa taille, il fallut prendre celle d'un petit page du comte de Nidau. Afin que la partie fût égale entre cette jeune fille et un homme de guerre expérimenté, on voulut lier un bras à Pierre de Kaepf, de façon qu'il ne pût s'en servir; mais elle ne le permit pas, et demanda seulement de combattre à pied parce qu'elle n'avait pas appris à monter à cheval. Tous deux s'agenouillèrent l'un près de l'autre, et se prirent la main. On demanda d'abord à la combattante ses noms de baptême, si elle croyait au Père, au Fils et au Saint-Esprit et si elle tenait à la foi de l'Église. Ayant répondu aux mêmes questions, Pierre fit le serment en usage : « Femme, dit-il, que je tiens par la main gauche et qui as reçu au baptême le nom de Mathilde, il est faux que j'aie féloneusement accusé ton père. » Et elle reprit aussitôt : « Homme que je tiens par la main droite, et qui as reçu au baptême le nom de Pierre, j'atteste que tu t'es parjure ! »

Ils se relevèrent et allèrent prendre place aux deux extrémités du champ clos, Mathilde comme demanderesse à l'orient, Kaepf à l'occident comme défendeur. Là chacun, après avoir attesté sur l'Évangile qu'il n'avait employé ni sorcellerie, ni enchantement pour s'aider ou pour nuire à l'autre, fit sa prière séparément. Enfin ils marchèrent l'un contre l'autre, et le duel commença. Les premiers coups de Kaepf furent mal dirigés, tandis que la jeune fille, jetant son bouclier qui la gênait, se mit à tourner agilement autour de son adversaire. Peu à peu cependant Kaepf reprenant courage , asséna sur la tête de Mathilde un grand coup qui la fit tomber. On la crut morte ; mais l'héroïne se remettant lestement sur les genoux, enfonça son épée sous la cuirasse de son ennemi, qui tomba lui-même couvert de sang.

Alors, coupant les courroies qui fermaient le casque du vaincu, et lui mettant le poignard sur la gorge, elle lui commanda de confesser sa calomnie. Les juges du camp arrivèrent en hâte, et Kaepf leur déclara que c'était lui qui avait tué le banneret, pour faire condamner ignominieusement le seigneur de Tellis. Aussitôt on appela le bourreau, et Pierre de Kaepf ainsi que les témoins qu'il avait subornés furent mis à mort à la satisfaction du peuple1.

Même quand le duel ne fut plus qu'une représaille « d'honneur », on vit des femmes illustres y recourir pour terminer d'intimes querelles.

La marquise de Nesle et la marquise de Polignac, sa belle-sœur, éprouvant l'une à l'égard de l'autre une jalousie implacable, se donnèrent un jour rendez-vous au Pré aux Clercs. Là, étant descendues de carrosse, elles firent écarter leurs gens, tirèrent chacune de leur poche un couteau aiguisé, et s'en donnèrent des coups violents. Elles se seraient peut-être entre-tuées si leurs domestiques, qui les virent aux prises, n'étaient accourus et ne les avaient séparées. La marquise de Nesle fut blessée au cou, et la marquise de Polignac au visage. L'escapade fut connue en haut lieu, et le Roi leur intima l'ordre de se retirer l'une et l'autre en quelqu'une de leurs maisons de campagne, et de ne plus reparaître à la cour 2.

Qu'il s'agît du combat vulgaire au bâton 3, ou des nobles défis à l'arme blanche, il fallait que le juge y donnât son assentiment; souvent même l'autorisation préalable du Roi, du Prince ou du seigneur était obligatoire.

De plus les juges recevaient les gages de bataille.

Par gage de bataille 4 on entendait Y engagement (le mot est significatif) que prenait un plaideur de s'en remettre au sort des ar mes pour vider le différend, quand la contradiction des témoignage s laissait indécise la conscience des juges. Le bon droit étant supposé se t rouver infailliblement du côté de celui qui

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