‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 138 sur 296 · En · texte numérisé non relu

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3. Cérémonies de France, liv. VIII. — La Colombière en son livre de la Science Héraldique, p. 21ô.

Ces luttes n'étaient point de simples simulacres; on se frappait pour tout de bon, et il y avait presque toujours du sang répandu. Après l'engagement les rivaux soupaient d'ordinaire à la même table, qu'on choisissait ronde exprès, afin d'éviter les discussions sur le rang respectif et les préséances : voilà qui rappelle les fameux Chevaliers de la Table ronde, qui tous se disaient également illustres.

A la suite du repas, le roi d'armes consultait les dames, recueillait leurs sufïrages et ceux des chevaliers avant de prononcer qui, des tenants ou des assaillants, avait le mieux fait son devoir; et quand le prix était adjugé, c'était aux dames qu'incombait l'aimable fonction de le décerner à l'heureux vainqueur.

Ainsi se retrouvait un peu partout le duel, soit comme solution contentieuse, soit « comme plaisir galant », avec toutes ses formes et sous toutes ses modalités...

Quand on ne se battait point pour obtenir justice ou se venger, on se battait « par gentil ragoût », par pur plaisir.

Déjà sous saint Louis, l'abus du duel avait pris des proportions telles , que le pouvoir royal dut légiférer à cet égard ; car non seulement le combat était admis entre l'accusateur et l'accusé, mais de plus on pouvait s'attaquer aux témoins dont la déposition n'était point favorable, et même souvent prendre le juge à partie en le contraignant à venir en champ clos soutenir sa sentence.

De divers documents il semble résulter que le trésor royal ou seigneurial touchait un droit « sur chaque duel ou bataille ayant lieu dans la justice ». Le duel judiciaire remplaçant les procès, devait, pensait-on, rapporter au fisc un égal profit.

Or le saint roi Louis IX, affligé des meurtres continuels qui se commettaient ainsi chaque jour, et scandalisé de voir entrer dans les caisses publiques une sorte d'impôt du sang, rendit vers 1260 une Ordonnance défendant les duels et gages de bataille pour tout le royaume, et les remplaçant par les « preuves de témoins1 ». Avec raison il professait cette croyance que « bataille n'est point voie de droit » .

1. a Défendoua & tous batailles , et en lieu mettons preuves de tesmoins. » C. L., I, 86.

Cette décision contrariait si ouvertement les habitudes et les mœurs, qu'elle ne pouvait être facilement obéie.

Les duels continuèrent donc, moins ostensiblement peut-être, mais pas beaucoup moins nombreux; et en 1267, comme on le voit dans un arrêt du Parlement *, un bailli royal, plus fidèle à la tradition qu'à l'Ordonnance, réclama à un haut justicier l'arriéré des droits pour les duels perpétrés sur le territoire du seigneur. Le bailli gagna son procès et bientôt le Roi, sans doute peu glorieux de ce succès, renouvela sa défense du duel judiciaire « pour toute querelle 2 » .

L'usage persistant quand même, Philippe le Bel consacra à son tour la prohibition des gages de bataille « au moins pendant la guerre3 ». Certes, il était plus sage de réserver son sang pour la défense du pays; cependant le duel de vengeance privée semblait plus recherché que jamais; et les édits royaux, trop sévères pour être appliqués, se succèdent sans résultat à partir de 1566 4. Leur multiplicité, aussi bien que leur rigueur prouve leur impuissance, les mœurs étant plus fortes que la loi.

Le dernier duel autorisé en France eut lieu le 10 juillet 15'*7, sous les yeux du roi Henri II à Saint-Germain en Laye, entre les seigneurs de la Chàtaigneraye et Chabot de Jarnac, dont l'habile coup au jarret est resté légendaire.

En Angleterre on vit encore en 1817, un nommé Thornton offrir de se justifier de l'accusation de meurtre, les armes à la main; et le Parlement, pour couper court désormais à de semblables prétentions, prononça l'abolition de cette coutume d'un autre âge.

Une chronique flamande raconte comment, à Lille, on châtiait autrefois le duel de représailles ou d'honneur : « Le 8 novembre 1685, fut porté un officier hors des prisons de la Ville, sur une claie jusqu'au gibet de la Maison-de- Ville, lequel s'était battu en duel et était mort depuis trois ou quatre semaines; et là le corps fut pendu par les pieds environ une demi-heure, étant

1. Arrêt du Parlement, de l'octave de la Pentecôte 1267. Olim, I, 667. 2 En 1270.

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