Durante guerrâ (sic). Ord. de
4. Ordonn. de Charles IX, 1566. — Édit de Henri IV, 1609. — Édit de Louis XIII, 1623. — Édit de Louis XIV, 1651, et en 1679 Édit des Duels. — Édit de Louis XV
DE LA PREUVE PAR c( COMBAT JUDICIAIRE ». 217
dans une peau de veau; et après fut mené à la voirie sur une claie, comme une bête1. »
Les rois, tout en faisant des Édits et en publiant des Ordonnances contre les duels, donnèrent plus d'une fois comme de simples gentilshommes, l'exemple des provocations : Louis le Gros proposa au roi Henri, frère de Guillaume le Conquérant, un duel qui fut repoussé. Edouard, roi d'Angleterre, envoya aussi un pareil cartel à Philippe de Valois. On peut encore citer le défi entre François 1er et Charles-Quint, qui n'eut d'ailleurs pas de suite.
Bien que le duel contemporain, employé comme expédient de réparation, procède du combat judiciaire, nous n'en dirons qu'un mot dans cette étude, car il a perdu tout caractère de « témoignage divin », comme on disait jadis. Si l'on va sur le terrain, c'est souvent parce que celui qui a reçu l'outrage trouve que sa dignité n'est pas protégée d'une façon suffisante par les juridictions régulières.
On est indigné, en effet, en voyant ce qu'un audacieux peut déverser d'injures sur la tête d'un honnête homme, pour la modique somme de 25 francs d'amende !
Disons-le hardiment : du jour où nos magistrats élèveront la peine à un chiffre considérable, la plupart des causes de duel disparaîtront. La mollesse de la répression est déplorable : c'est presque l'impunité quand on attaque l'honneur, alors que le plus mince larcin provoque des sévérités souvent excessives.
La question du point d'honneur d'où nait le duel, appartient, par ses origines, à l'époque féodale. Or c'est en s'y reportant, que l'on découvre le motif vrai de l'auréole prestigieuse dont le duel a été et demeure entouré dans le monde, malgré son illogisme manifeste, puisque l'insulté risque de recevoir un coup mortel, de la main même de l'insolent qui lui a déjà jeté l'outrage à la face.
L'exacte signification de ce qu'on appelle « le point d'honneur » mérite d'être mise en lumière.
A l'époque féodale , même en cas de violences et de voies de
1. Selon l'usage, le cadavre avait dû être salé au préalable.
fait, nul ne pouvait se présenter au combat privé « sans avoir fourni ses preuves de noblesse », on l'a vu.
Un roturier était-il frappé par un noble personnage? celui-ci n'était point obligé par le code d'honneur à se mesurer avec l'insulté. Seuls avaient le droit de se battre, les gentilshommes, et ceux « faisant profession d'honneur » , c'est-à-dire les personnes qui en raison de leur état étaient assimilées à la caste nobiliaire, et comme telles, portaient épée : ainsi certains grades de l'armée, certaines charges à la cour, conféraient le privilège du duel.
On comprend dès lors la raison de la faveur accordée à ce combat, puisque être admis à croiser l'épée, c'était être traité, non comme les vilains qui ne luttaient entre eux qu'avec des bâtons1, mais « en bons gentilshommes possédant lettres de noblesse, et ayant l'épée au côté ».
Telle est bien l'origine du point d'honneur : celui qui se battait avec le fer, non avec le bois, était reconnu homme de qualité.
Un livre très rare, daté de 1611 2, nous édifie sur le culte voué au privilège de l'épée, et raconte comment les braves qui la portaient par profession, tenaient en médiocre estime ceux qui ne faisaient pas du glorieux métier des armes leur carrière exclusive.
« Si un homme de robe longue3 (ecclésiastique ou magistrat), si un financier, un marchand ou un villageois, écrit l'auteur, a donné un démenti ou a dit quelque injure à un gendarme (homme d'arme), celui-ci fera mieux et plus sagement de le dissimuler et s'en rire, que de se mettre en peine en lui donnant de l'épée sur les oreilles; d'autant que ces gens-là ne peuvent offenser un guerrier par les injures desquelles ils ne se ressentiraient point eux-mêmes, les recevant d'un autre. »
1. Le gentilhomme combattait à cheval, revêtu de son armure et le visage protégé par la visière de son casque; le vilain était à pied, et la figure découverte : d'où cette conclusion que, recevoir un soufflet, c'était être traité en manant. Aussi le seul simulacre du sou/flet est-il réputé un plus grand outrage que la plus violente agression.