La loi militaire touchant le duel, par Scip. Dupleix
3. Ainsi désigné par opposition aux gens de robe courte, ou hommes d'armes portant tunique.
Que faisaient alors ces roturiers auxquels on refusait toute réparation ?
Ils suscitaient des champions d'origine noble, qui portaient le défi à l'insulteur. Mais Louis XIV n'acceptant pas qu'un vilain pût jamais, même indirectement, demander réparation à un gentilhomme, inséra dans l'article 15 de son Édit de 1651 la déclaration suivante :
« D'autant qu'il se trouve des gens de naissance ignoble *, qui n'ont jamais porté les armes, qui sont assez insolents pour appeler des gentilshommes, lesquels refusant de leur faire raison à cause de la différence des conditions, ces mêmes personnes suscitent contre ceux qu'ils ont appelés, d'autres gentilshommes, d'où il s'ensuit quelquefois des meurtres d'autant plus détestables qu'ils proviennent d'une cause abjecte , Nous voulons et ordonnons qu'en tels cas d'appels ou de combats, principalement s'ils sont suivis de quelques grandes blessures ou de mort, lesdits ignobles ou roturiers qui seront dûment atteints et convaincus d'avoir promeu semblables désordres, soient sans rémission, pendus et estranglez, et tous leurs biens meubles et immeubles, confisquez. »
Ainsi, ce qui touchait Louis XIV, c'était moins le duel en luimême, que l'audace des roturiers osant défier les gentilshommes. Son aïeul, lui, avait essayé de détourner les nobles eux-mêmes de ces luttes fratricides : en effet, après avoir édicté les peines les plus sévères contre les duellistes incorrigibles, Henri IV écrivait dans son édit, ces paternelles paroles : « Afin que les gentilshommes qui prétendent avoir été offensés, ne puissent se déclarer atteints en leur propre dignité pour avoir obéi à l'Édit , le Roi
déclare prendre sur Lui tout ce qui, par un scrupule d'honneur mal entendu pourrait être imputé à l'offensé ou à l'appelé, en raison de leur obéissance à la loi. »
Malgré cela, l'argument tranchant avait remplacé, presque partout, les démonstrations et les débats du prétoire : bourgeois et roturiers se provoquaient aussi bien que les officiers aux gardes; les mousquetaires plébéiens lançaient des cartels à leurs