II
Les jeux d'adresse, les tours de force ou d'équilibre, la musique instrumentale ou vocale étaient aussi des distractions communes aux deux sexes.
En Egypte comme ailleurs les conditions pécuniaires de l'union sont réglementées par des contrats; seulement, au lieu de cette forme impersonnelle qui est d'usage dans nos actes : « Les époux déclarent... », les contractants égyptiens, effaçant le rôle du scribe, emploient la forme directe du discours pour exprimer ce qu'ils promettent personnellement : « Nous déclarons... »
En fait, c'est bien un tiers qui rédige et qui écrit le contrat avec un calame1 sur du papyrus, ou sur de l'argile; mais les intéressés y parlent en leur propre nom , afin que l'engagement apparaisse comme d'autant plus énergique et formel.
L'épouse peut stipuler qu'elle se réserve d'administrer ellemême ses biens propres, et d'habiter un logis séparé.
Les descriptions des cérémonies matrimoniales montrent l'homme accompagné de la femme qu'il tient par la main, en face d'un prêtre ou juge.
A défaut d'héritiers la polygamie fut quelquefois, non pas admise légalement, mais du moins tolérée, sauf pour les prêtres égyptiens, à qui la loi ne permettait jamais qu'une seule épouse.
Une singulière conclusion que l'on a cru pouvoir tirer de l'examen des écrits égyptiens, c'est que le mariage en ce pays était résiliable au bout d'un an. Ce qui est constant, d'après la traduction littérale des textes, c'est que le mari déclarait accepte?' celle qu'il se choisissait pour compagne; et promettait en outre qu'au bout de l'année écoulée, il Y établirait sa femme,
A ce sujet, M. Revillout fait la remarque suivante : « De ces données (les contrats) il semble résulter, dit-il, que « l'accepte tation pour femme » n'était qu'une espèce de fiançailles distincte de « l'établissement comme femme », toujours indiquée au futur, tandis que l'acceptation est au passé; et qu'en attendant la fin de l'année, les futurs époux pouvaient dissoudre
1. L'attirail du scribe comprenait une boîte à cases multiples pour les pastilles de couleur, et une rainure destinée aux pinceaux et aux calâmes. Le calame était un roseau taillé en forme de plume.
leur union, sans qu'il en résultât autre chose qu'une amende à payer par le mari, outre le don nuptial. »
En tout cas la femme égyptienne jouissait de droits vraiment considérables et l'on comprend que Diodore de Sicile ait pu dire « qu'en lisant les actes, on voit que les maris y consentaient à condescendre en tout aux désirs de leurs femmes. »
Voici, par exemple, l'extrait d'un papyrus1 relatant un contrat de mariage égyptien.
«An 22, Phaménotb , du roi Ptolémée, fils de Ptolémée et d'Arsinoé... Hor, fils de Paménès, mère de lui, Tablousi, à femme Tiaou, fille de Snacbomneus, mère d'elle, Tanofré, — Je t'ai prise pour femme; je t'ai donné argenteus deux, en sekels, dix, en argenteus, deux, en tout pour don nuptial de femme. — Que je donne à toi : mesure de blé trente-six;... vingt-quatre argenteus un et deux dixièmes,... en huile douze mesures; en boisson, vingt-quatre, pour ta pension d'une année. — De cet écrit tu prends puissance pour le paiement de ta pension qui sera à ma charge. Je donne cela à toi au lieu que tu voudras. — Ton fils aîné, mon fils aîné sera le maitre de totalité de biens qui sont à moi, et de ceux que je ferai miens. — Je t'établirai ma femme. — Si je te méprise, si je prends autre femme que toi, je donnerai à toi argenteus dix, en sekels cinquante, sans pouvoir alléguer acte quelconque, parole quelconque avec toi. — A écrit Pétésé, fils de Pahet. »
Quand la femme faisait un apport personnel, l'Égyptien en donnait une reconnaissance estimative et, par sentiment de délicatesse pour la parole de la femme , allait jusqu'à la dispenser de prêter serment de l'avoir remis aux mains de l'époux. Pour bien indiquer que l'acte était librement consenti par lui, le mari acquiesçait selon cette aimable formule : « Mon cœur en est satisfait. »
Comme spécimen, donnons la description d'un apport inséré dans le contrat de mariage du taricheute de Djème, Horus, fils de Petnefhotep et de Senereius, avec Set-Éfanch, fille de Psemont et de Tsetamon :
« Description de tes biens de femme, que tu as apportés à ma
1. Traduit dans la Nouvelle Chrestomathie démotique (^papyrus de Berlin).
maison : un lot d'habillements, cinquante argenteus; des étoffes, cinquante argenteus; un coffret, cinquante argenteus ; une chaîne d'or, quarante argenteus; un anneau et un cachet à double face, vingt-cinq argenteus; quinze cents sekels... — Mon cœur en est satisfait. — Je t'établirai pour femme, sinon je te remettrai tes biens de femme, le prix en sera en argent, comme il est écrit plus haut. — Tu n'as point de serment à faire pour ces biens, sous prétexte que tu ne les aurais point apportés à ma maison; à toi il appartient de les exiger. »
Impossible de faire preuve d'une plus grande déférence. Dans le papyrus 2429 du Louvre, on voit que l'Égyptienne pouvait, sans avoir lieu de compléter en rien sa personne juridique, accepter une donation universelle : par contrat Petorpra donne à sa femme Neschorpchrat sa maison , ses terres , son argent , ses meubles, tous ses titres de* propriété, en un mot tous ses biens présents et futurs, à la seule condition qu'elle pourvoira aux besoins de son époux pendant sa vie, et que, s'il meurt le premier, elle le fera embaumer et enterrer selon les rites.
Non seulement l'épouse égyptienne se mariait sous un régime correspondant à la séparation de biens, et conservait le droit de contracter sans autorisation (car jusqu'à Philopator, la puissance maritale fut inconnue) ; mais telle était sa prédominance que par précaution le futur, on le voit, stipulait que sa future devrait « lui assurer sa subsistance et pourvoir aux frais de son tombeau1 ».
La capacité de la femme égyptienne n'était pas moindre quand il s'agissait d'actes publics dans lesquels elle figurait en son propre nom, en toute indépendance.
Par le papyrus 104 de Berlin, daté du 30 méchir de l'an II de la reine Cléopâtre et du roi Ptolémée, surnommé Alexandre, on voit qu'une femme cède à ses cohéritiers sa part de biens, promet de les défendre contre toute éviction, et stipule même une clause pénale comme garantie.
« Dit femme Tave, fille de Chapochrat, mère d'elle Tsemin, à pastophore d'Amon Api de l'occident de Thèbes, Osoroer, fils d'Hor, mère de lui, Chachpéri. — J'ai cédé à toi et à tes frères,