‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 153 sur 296 · Kevillout · texte numérisé non relu

Kevillout

dont je donne les noms plus bas, mon sixième de la maison bâtie, et mon sixième de ce qui en dépend à l'intérieur pour compléter la propriété entière... Mon cœur est satisfait... Celui qui viendrait à vous en mon nom, au nom de quiconque au monde, (pour vous inquiéter) je l'écarterai; si je ne l'écarté pas, je donnerai en argenteus trois mille, en kerker (talent), dix pour les sacrifices des rois... »

Quand l'Égyptienne jouissait d'une réputation sans tache , elle était très protégée par les lois, ainsi qu'on le voit dans Diodore de Sicile, et des peines très dures atteignaient l'homme qui manquait au respect qui lui était dû : une des punitions consistait en mille coups de baguette, espacés de façon à ne pas déterminer la mort par l'excès des souffrances.

En retour de cette protection qui lui était assurée, l'épouse devait garder la plus stricte réserve; et si l'on trouvait sa conduite répréhensible, ou seulement légère, au lieu de la fustiger ou de l'emprisonner (ce qui n'eût point rendu impossible un nouveau méfait) on lui coupait le nez, moyen radical s'il en fut pour la détourner d'un mauvais usage de ses charmes, tout en lui laissant pleine liberté d'action.

En pénétrant dans les mœurs, le divorce les corrompit bientôt.

Grâce aux découvertes de l'archéologie moderne, on sait à peu près ce qu'était le mariage contracté sur les bords du Tigre et de l'Euphrate, six siècles avait l'ère chrétienne.

En déchiffrant les tablettes trouvées dans les anciennes cités assyriennes, dans le sol de la Mésopotamie ou de la Ghaldée, on a pu reconstituer certaines parties du droit babylonien, qui semble être arrivé à un degré remarquable.

Si nous comparons, en effet, la condition légale d'une jeune Chaldéenne vivant il y a vingt-cinq siècles, avec celle qui fut faite par les lois à la femme romaine, force sera de reconnaître que cette dernière était dans un état très inférieur.

Ainsi, en se reportant aux sources diverses du droit écrit que les assyriologues ont pu consulter, notamment aux tablettes du dossier de Bunanitum, fille de Harisa1, on apprend qu'à l'époque

1. Etude de droit babylonien, p. M. de Lapoiue. — Nour. Rcv. hist. du D. 1836.

qui nous occupe, les jeunes Babyloniennes de condition libre apportaient personnellement en dot de l'argent, des meubles et des esclaves.

Assistée de son mari, l'épouse achetait des immeubles, faisant reconnaître son apport dans un acte solennel qu'elle scellait en invoquant la colère des grands Dieux, pour le cas où l'époux violerait les engagements pris.

Dans un document de ce genre, on voit que la femme « après que le destin lui a enlevé son mari », continue à défendre sa dot sans l'intervention d'aucun tuteur ni procureur; qu'elle se la fait attribuer judiciairement malgré les habiletés d'un beaufrère cupide nommé Aqabilu... Et la requête de la veuve de Bin-addunatan se termine par cette phrase prononcée par la demanderesse qui, six cents ans avant notre ère, plaidait ellemême sa cause devant six magistrats de Babylone : « J'ai apporté mes titres; à vous maintenant de rendre votre jugement1. »

Les écrits probatoires des Assyriens, contrats et lois, étaient tracés au stylet sur l'argile et enfermés dans une boîte, aussi d'argile, qui en reproduisait, gravées sur ses côtés, les mentions principales. La teneur de l'original pouvait donc être vérifiée, sans briser les scellés apposés sur la boite contenant le document : il y avait là une double garantie de conservation.

Tablettes et coffrets étaient cuits au four et devenaient pour ainsi dire inaltérables. Diverses expressions du texte donnent à entendre que ces petits panneaux de terre cuite ou de faïence, étaient reliés entre eux par une cordelette qui les maintenait dans l'ordre voulu.

Si l'on disait que plus de vingt siècles avant notre ère, les parents étaient tenus, sous diverses pénalités, à' apprendre à écrire à leurs enfants, on semblerait plaisanter.

Cependant on lit dans la remarquable étude précitée qu'une

I. Les tablettes du dossier de Bunanitum proviennent des fouilles de Bir-Nimroud, l'ancienne Barsip, près de Babylone. Le jugement rendu à Babylone, le vingt-sixième jour du mois d'Ulul, neuvième année de Nabu-Na'idj roi de Babylone, nous fait connaître la requête de la demanderesse, la nature de la contestation, la décision rendue par les juges après les plaidoiries, et enfin les noms des six juges. Le président était Nirgalbanu, et le dernier magistrat indiqué s'appelait Nabubalatsuibibi. Le jugement est signé des deux greffiers Nadinu et Nabusumiskun.

tablette de l'époque des Akkads1, déchiffrée par M. Pinches, contenait, entre autres prescriptions soumises à des pénalités sévères, cette mention : « Le père devra faire apprendre à ses enfants l'art d'écrire 2. »

L'instruction était donc obligatoire il y a plus de quatre mille ans!

Voilà du moins ce qui explique la multiplicité des inscriptions reproduisant, soit des conventions privées, soit des actes publics certifiés par des fonctionnaires3 chargés de rédiger les actes, et d'en garder les originaux.

Les documents découverts sont si nombreux, que force est d'admettre que la population en général et non quelques lettrés seulement, pratiquaient l'écriture.

En Babylonie il y avait chaque année un jour spécial dans lequel se décidaient les mariages.

A cette date, on mettait aux enchères les jeunes filles : un crieur procédait à la vente sous la surveillance d'officiers publics désignés à cet effet. Un acte nous apprend même qu'une mère babylonienne, faisant l'achat d'une épouse pour le compte de son fils, l'avait payée dix-huit sicles d'argent.

L'acquéreur devait, avant d'emmener la femme, donner caution qu'il la prenait pour épouse et non pour esclave.

Le prix de vente était en partie consacré à constituer une dot, ou véritable indemnité en faveur des jeunes filles laides, qui trouvaient là une légère compensation à leur cruelle disgrâce. Avec ce pécule, la pauvre délaissée achetait, pour s'en faire une gracieuse robe aux plis moelleux, quelque fin tissu sorti des métiers de Borsippa, ou de riches bijoux en hématite de Phénicie. Ou bien encore elle conservait cette petite dot, qui lui attirait parfois un épouseur cupide, sorti de la « caste des métiers », ou, faute de mieux , un scribe indigent.

Comment pouvait s'établir l'état civil de la jeune fille ainsi

1. Ou Accads. Leur empire fut détruit vers 2300 avant J.-C, il était peut-être déjà fort ancien, dit M. Seignobos.

2. Tablette de gloses bilingues, publiée dans le recueil : Western Asia Inscriptions (colonne 3, ligne 20).

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