‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 162 sur 296 · M. Notor, loc. cit · texte numérisé non relu

M. Notor, loc. cit

aïeux; car la jeune femme ne pourrait aller adorer le foyer de l'époux si son père ne l'avait préalablement détachée des Pénates paternelles. »

Ce n'est qu'à la tombée du jour que le cortège nuptial se dirige vers la demeure conjugale, parents et amis portent des torches allumées : « Voici que la fiancée va paraître, s'écrie le chœur d'Aristophane dans sa comédie de la Paix; prenez des torches; que tout le peuple se réjouisse avec nous et s'associe à nos chœurs. 0 hymen, ô hyméuée! »

« Une peinture de vase montre la fiancée se rendant au-devant de l'époux ; en tête du cortège une aulétride module sur la double flûte des airs de circonstance, puis vient une jeune fille, portant un grand alabastron, pour les ablutions rituelles. L'épousée, recueillie, incline un peu la tête... Quand la famille est riche, la fille se rend à la nouvelle demeure sur un char attelé de chevaux ou de bœufs, et un jeune éphèbe marche devant, tenant un flambeau. Pendant le trajet, les jeunes filles chantent Yépithalame, ou cantique nuptial célébrant les dieux propices, la gloire de l'époux et les charmes de l'épousée.

« Lorsqu'on était arrivé près de la demeure nouvelle, l'époux descendait et venait prendre la main de l'épouse; alors les parents entouraient la mariée comme s'ils voulaient la défendre ; mais le jeune homme, après un simulacre de lutte, l'enlevait du char, et lui faisait franchir le seuil en ayant bien soin que ses pieds ne touchassent point le sol... Ce qui précède n'est que le prélude de la cérémonie. L'acte sacré va commencer : on approche du foyer, et l'épouse est mise en présence de la divinité domestique qu'elle arrose d'eau lustrale; elle allume ensuite l'autel consacré aux aïeux de son mari qui sont devenus les siens. Des prières sont dites pour se rendre les dieux favorables. Une jeune fille apporte une corbeille de fruits, symbole d'abondance, et récite un hymne avec ce refrain : « J'ai changé mon sort 'pour un meilleur ». La mariée prenait alors un fruit, d'ordinaire une grenade, dont la douce saveur était comme l'emblème du bonheur dont elle allaic jouir. Ordinairement dans la soirée, un banquet réunissait les deux familles. Le lendemain arrivaient les cadeaux des parents et des amis. Ce n'est que le troisième

CEREMONIAL DES MARIAGES DANS L'ANTIQli TE. 255

jour que la jeune femme consacrait son voile à Héra, et pouvait désormais se montrer à visage découvert. »

Si l'on veut avoir la description d'un repas de noce chez les Grecs, on en peut trouver le récit détaillé dans Athénée :

« Le jour de son mariage, Caranus offrit un banquet à vingt personnes. A peine les convives avaient-ils pris place sur les lits, que chacun d'eux reçut en présent une coupe d'argent, puis on apporta une quantité de victuailles : poulets, canards, ramiers, servis sur des plats en airain de Corinthe, et un grand nombre de perdreaux, toutereaux, lièvres, chevreaux, ainsi que des pains faits avec art, posés sur de magnifiques plats d'argenterie.

« Après avoir calmé leur faim, les convives se lavèrent les mains, et se ceignirent la tête de couronnes, avant qu'on fit entrer les joueuses de flûte, et les Rhodiennes habiles à pincer de la harpe. On se remit à manger, et chacun des invités reçut un plat d'argent doré, contenant un petit cochon de lait entier, dans l'intérieur duquel on avait mis des grives rôties, des becfîgues, des huitres, le tout arrosé d'une sauce faite avec des jaunes d'oeufs. Le généreux Caranus fît encore donner à chacun des corbeilles à pain, tissées de brins d'ivoire, une couronne et deux vases de parfums...

« A ce moment, on vit entrer dans la salle une troupe de baladins, et de femmes faiseuses de tours, jonglant avec des épées, et jetant du feu par la bouche. On se mit à boire toutes sortes de vins fameux, de Tasos, de Menda et de Lesbos, servis dans des coupes d'or. Survint un chœur de chanteurs, précédant les danseuses vêtues les unes en Nymphes, les autres en Heures. Alors on ouvrit des rideaux qui divisaient la salle ; et l'on vit apparaître à la lumière de torches nombreuses, des Amours, des Pans, des Dianes, des Mercures, portant des flambeaux allumés.

« Le repas arrivant à sa fin, Caranus se mit à boire dans un gobelet, et ordonna aux esclaves de verser à la ronde un certain breuvage, comme antidote des vins qu'on avait bus auparavant. Enfin le bouffon Androgène apparut, et après avoir fait mille plaisanteries aux dépens des convives, dansa avec une vieille femme de plus de quatre-vingts ans. Le repas de noce se

termina par la distribution, dans des corbeilles d'ivoire, de dessert, comprenant toutes sortes de gâteaux de l'Attique, de Crète et de Samos. En se retirant, chacun emporta comme souvenir les riches cadeaux qu'il avait reçus. »

Le Paranymphe ou garçon d'honneur, avait pour fonction de préparer et surveiller les repas et les autres réjouissances de la fête. L'usage était que le fiancé fit deux présents, l'un à sa fiancée, et l'autre à son beau-père : on ne donnait rien à la mère. Pourquoi cette différence?

On peut l'expliquer ainsi : le gendre avait le plus grand intérêt à se montrer gracieux pour son beau-père, celui-ci ayant le droit de poursuivre la dissolution du mariage quand il n'était pas satisfait du mari de sa fille. Répudier son gendre était chose absolument légale, le père se substituant à sa fille délaissée ou malheureuse.

A Athènes, par une loi particulière, le plus proche parent d'une fille orpheline était obligé de l'épouser ou de lui verser une dot. Cette loi, assez semblable à celle que Moïse donna au peuple de Dieu, procède de la même pensée : « Lorsque deux frères demeurent ensemble, avait dit ce Législateur, et que l'un d'eux sera mort sans enfants, la femme du mort n'épousera point d'autre que le frère de son mari. »

Le divorce, permis chez les Grecs, était assez rarement pratiqué. En tout cas, le mari grec ne pouvait rompre l'union qu'en signifiant à la femme une déclaration de rupture, faite devant témoins.

Bien que le divorce par simple consentement mutuel ne fût pas admis, en fait, la femme n'avait qu'à s'enfuir du domicile conjugal pour dissoudre le mariage, et il lui était loisible d'emporter tout ce qui lui appartenait.

On estimait que retenir malgré elle l'épouse indifférente ou hostile, était une vaine tentative. Néanmoins comme cette fugue avait pour conséquence de libérer le mari, celui-ci ne manquait pas, en pareil cas, de faire constater par témoins le départ volontaire de la fugitive, afin d'être en droit de lui fermer sa porte, si d'aventure elle était tentée de réintégrer la maison après son escapade '.

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