V. A. Colin, loc. cit
2. Homo sponsat cum [solo annuîo eam suhharrat et saam faciat, dit l'édit. de Luitprand.
;{. Heata Agnes aixi .Annuîo subarravit vie Dominas Jésus Christus. (Ducange.) 4. V. Colin, loc. cit.
lung à l'autre à garder la foy et la loyauté de mariage, et garder lung à l'autre, sain et malade, à tous les jours de votre vie : si comme Dieu l'a établi, l'Escripture témoigne, et sainte Église le garde. »
A ce moment le prêtre donnait l'anneau à l'époux, et celui-ci le mettait d'abord au ponce de son épouse en répétant, après le prêtre, ces paroles : « Marie, de cet anel te épouse, et de mon corps te honore et te doue du douaire qui a été devisé entre mes amis et les tiens, In nomine Palris »; deuxièmement le passait à Y index en disant et Filii ; troisièmement au doigt du milieu en ajoutant et Spwitns sancti; et l'anneau y restait. »
« Le prêtre alors, après avoir récité deux oraisons, tenait l'époux de la main droite et l'épouse de la main gauche, les conduisait ainsi clans l'église et faisait sur eux le signe de la Croix. Il célébrait la messe de la Trinité. Après YAgnns Dei, le célébrant donnait la paix (la patène) à l'époux, qui la donnait ensuite à l'épouse, puis le clerc la portait aux assistants. La messe terminée, l'officiant bénissait le pain dans lequel les époux mordaient l'un après l'autre, et le vin dont ils buvaient un peu ; et le prêtre, les tenant par la main, les introduisait dans la maison.
» Les parents étant rassemblés et les époux assis sur leur lit, le prêtre faisait sur eux une aspersion d'eau bénite et un encensement pendant qu'on récitait le Psaume CXXX1III. Ensuite, ayant fait apporter du vin sur lequel il disait une oraison, il présentait à boire aux époux, buvait lui-même, et les assistants après lui. Enfin en partant, il leur recommandait de garder entre eux la paix et la dilection mutuelles1. »
Si l'anneau se mettait habituellement au doigt, il parait toutefois que la fiancée le portait aussi au cou.
Un manuscrit de la bibliothèque de Troyes2 précise le fait dans des termes qui ne laissent aucun doute à cet égard :
« Ce n'est pas de mintenant que ceste coutume esttreuvée. Le temps passé, quand ung homme vouloit prandre pour espouse ligne femme, il faisoit sculper sa figure en or ou argent au plus prest de sa semblance qu'il estoit possible ; et puys il donnoit
1. Extrait du Manuel des cérémonies selon le rite de l'Église de Paris.
cest bague à icelle avecques ugne petite chennette pour la pandre à son col, et puys luy disoit : Teney, ma mye, voilla que je vous donne! touttefoys et quant que vous la voirez, ayez mémoire de moy, pandez-la à vostre col et ne permetez personne touche à vous sinon moy. Ceste pucelle prenoit de son amy cest bague et la pandait à son col, et puys si quelqu'un la vouloit avoir en mariage, elle respondoit : Je suis jà promise, vous voyez de quoy, et luy montroit ceste bague. Ains, si elle vouloit faire la folle et l'esgarée, ycontinent ces parents et amys luy disoient : Ma mye, regardez ce qu'est pandu à vostre col... etc. »
Suivant une tradition bien connue, le pape Alexandre III, pour témoigner sa reconnaissance à la république hospitalière de Venise1 qui l'avait recueilli, profita d'une fête célébrée en 1177, pour offrir publiquement au doge Sébastien Zani, un anneau en lui disant : « Reçois ce gage de ton empire sur la mer : tous les ans à pareil jour tu contracteras mariage avec elle, afin que la postérité sache qu'elle est à toi, et que je consacre ta puissance sur elle, comme celle de l'époux sur l'épouse. »
Telle fut l'origine des « épousailles de la mer » par le doge, cérémonie fixée au jour de l'Ascension.
Dès les premières heures de la matinée le doge sortait en grande pompe de son palais. Derrière lui marchait un homme portant l'épée de la République dans son fourreau ; les milices de la ville rangées sur son passage, les sénateurs vêtus de leurs robes rouges le suivaient, et le cortège s'acheminait vers le Môle où l'attendait un magnifique navire de parade, le Bucentaure 2.
Arrivé à la passe du Lido en vue de la mer, le Bucentaure s'arrêtait ; le légat bénissait la mer, et le doge jetait dans l'Adriatique un anneau d'or en disant : « Mer! nous t'épousons en signe de notre empire légitime et perpétuel3. »
L'Église ayant admis l'anneau dans les cérémonies du ma-
1. Contraint de quitter Rome, Alexandre III trouva dans Venise un refuge assuré contre les armes de Frédéric Barberousse.
2. Il fut détruit en 1797. Voir M. F. Bernard, Fêtes célèbres.