L'Emp. des Tsars, III
Le sacrement de l'Ordre ne risque-t-il pas beaucoup d'occuper seulement le second rang dans les préoccupations d'un lévite qui, outre ses cours de théologie, vient faire « sa cour » à sa fiancée, avant de devenir pope ou plutôt sviachtchennikli}.
Il en résulte que le clergé blanc, clergé séculier et marié dont, il y a peu d'années encore, les cures étaient héréditaires, ne jouit point à beaucoup près de l'autorité du clergé noir qui, lui, demeure dans l'austérité du célibat monastique.
Le prêtre russe, le pope (époux et père de famille), ressemble par tant de côtés à ses ouailles, qu'il manque de ce prestige, de cette auréole qui entoure le prêtre voué au célibat, et le place en dehors des préoccupations égoïstes, et au-dessus du prosaïsme de la vie domestique.
Enfin un pope peut, avec l'agrément du Saint-Synode, être délié assez facilement de la perpétuité de ses vœux.
La commune russe ou mir est propriétaire de pâturages qui font l'objet de partages périodiques : la répartition se faisant tantôt par âme2, c'est-à-dire par tête, tantôt par ménage3, la femme se trouve apporter à l'époux la jouissance d'une parcelle domaniale ; et c'est le mariage qui est l'occasion de cette heureuse aubaine.
Un projet matrimonial se réalise-t-il? La famille compte-t-elle un nouvel héritier?... Le champ paternel s'augmentera de deux lots nouveaux.
A Paris, tout enfant, à sa naissance, se trouve être débiteur tlë mille francs environ, par suite des charges de la dette : dans l'Empire des Tsars au contraire, la venue d'un fils est une source d'enrichissement.
On comprend dès lors pourquoi la Russie est le pays de l'Europe où l'on compte le plus de mariages 4.
L'heureux fiancé, n'eût-il pour fortune que quelques roubles économisés sur la grossière lapcha 5 qui lui sert de nourriture, et
1. Ce mot signifie prêtre paroissial ou curé : les Russes l'emploient de préférence au mot pope, terme relativement peu respectueux.