‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 212 sur 296 · Oppenheim, II · texte numérisé non relu

Oppenheim, II

Quant à la veuve, du moins chez les tribus du Sinaï, elle est encore plus méprisée. Pendant trente jours, le nouveau mari ne doit manger dans aucun des vases qu'elle a touchés; et les amis de ce dernier qui viendraient s'asseoir à leur table, devront même apporter les ustensiles à leur usage personnel.

D'après les coutumes japonaises, non seulement l'autorisation des parents est requise pour la validité de l'union, mais encore il faut la permission du chef administratif {.

A partir de cinquante ans, un père, devenu trop faible, peut se faire relever de ses fonctions familiales, et prendre une retraite volontaire (inkyo) : il donne alors sa démission de chef de famille comme il le ferait d'une fonction publique.

Pour le Japonais, le mariage est essentiellement un acte religieux, nécessitant un rituel très complexe, et l'intervention du bonze dans le temple.

Un grand feu de joie consume tous les jouets de la jeune fille. Une fois maîtresse de maison, « elle s'empressera, pour plaire à son mari de se raser les sourcils et de se noircir les dents », attention délicate dont l'époux européen ne serait certes point autrement charmé.

Non seulement, paraît-il, la disposition de la chevelure sert à indiquer l'âge des femmes au Japon, mais encore elle permet de distinguer les filles à marier et les veuves.

Ainsi les jeunes Japonaises en quête d'un époux se coiffent très haut sur le devant de la tête , tressent leurs cheveux en forme d'éventail ou de papillon, et les agrémentent de cordes d'argent ou de petites boules coloriées.

Au contraire, une veuve qui cherche un second mari tord ses cheveux autour d'une épingle en écaille, placée horizontalement derrière la tête.

Enfin celle qui désire rester fidèle au défunt, coupe ses cheveux court et les peigne en arrière sans aucun ornement.

Parmi les cas de répudiation il en est de bien futiles : ainsi

1. Pour les samouraï ou nobles, la faveur est octroyée par le gouverneur, da'éonio; et pour les princes, par le Mikado.

le Japonais peut renvoyer sa femme, non seulement si elle se montre jalouse, mais même si elle l'ennuie par une loquacité excessive, « en parlant comme un perroquet1 ».

Une institution spéciale au Japon est celle du « Tribunal domestique », qui tranche les questions relatives aux successions, à la rébellion des enfants et à l'inconduite de l'épouse. Même en l'absence du mari, ce tribunal, gardien vigilant de l'honneur du foyer, peut condamner l'épouse légère, et la chasser du logis.

Désireux d'avoir une appréciation autorisée au sujet de la femme japonaise, nous avons demandé à un publiciste du pays, de nous exprimer son sentiment à cet égard. Que l'auteur de cette fine étude reçoive ici le témoignage posthume de notre gratitude; on verra en le lisant qu'il méritait la qualification de « lettré », aussi bien dans les salons européens, que dans les écoles de l'empire des Mikados.

« L'éducation de la jeune Japonaise, écrit M. Matoyosé-Saizau, comporte l'apprentissage d'une étiquette très compliquée, les multiples devoirs du ménage et nombre d'arts d'agrément. Elle a des professeurs de chant et de koto (espèce de grande cithare qui tient lieu de piano), des maîtres de peinture, d'écriture et de versification, et même des professeurs d'arrangement de fleurs, etc..

« La mère et les autres parents lui enseignent le maintien, les nombreuses règles du cérémonial, la cuisine, l'art de gouverner la maison et de recevoir des visites. Mais c'est « à la nourrice » qu'incombe la charge d'apprendre à la fillette la religion et l'histoire nationale, sous forme de récits merveilleux, de vieilles légendes, qui captivent puissamment les jeunes imaginations et font palpiter bien des petits cœurs.

« La toilette est, dans notre pays, la grande affaire de toute femme qui se respecte : bains, lotions, massages, parfums, cosmétiques, fards, teintures pour les cheveux, pour les ongles, pour les dents, la Japonaise n'ignore aucun de ces secrets! et plus d'une Parisienne pourrait lui demander d'utiles leçons.

« A moins d'être douée d'une beauté et d'une fraîcheur de teint tout à fait exceptionnelles, nulle Japonaise bien élevée ne sortira

1. M. Combier, le Div. — La polygamie existe au Japon, en fait, sinon en droit.

ni ne recevra sans avoir « arrangé sa figure » : ce serait une incorrection plus répréhensible que, pour une Parisienne, le fait de sortir sans gants.

« Au Japon il est admis que la jeune fille peut aller à la promenade, à la maison de thé, au théâtre, à condition d'être accompagnée de sa nourrice ou de quelque autre femme de confiance.

» On ne constitue pas de dot aux filles dans le pays du Soleil- Levant. Quand l'âge du mariage arrive, on se préoccupe avant tout des qualités de l'esprit et du cœur; la piété filiale est spécialement recherchée comme étant la meilleure garantie des vertus conjugales qu'on espère voir s'épanouir au foyer : et rien n'est plus judicieux.

« La vie que la femme japonaise mène dans son intérieur est extrêmement active : fût-ce dans les familles les plus nobles et les plus riches, la maîtresse de maison doit toujours être levée la première, et la dernière couchée; elle voit tout, pense à tout et à tous, et porte exclusivement le poids de l'administration de son ménage l. »

Comme la Japonaise, l'épouse tartare n'apporte aucune fortune propre.

Au contraire, le jeune homme doit faire des cadeaux à la famille de sa future. La valeur de ces largesses est rarement laissée à la générosité des parents du fiancé. Tout est réglé par avance, et consigné dans un acte public, avec les détails les plus minutieux. En réalité, ce sont moins des cadeaux de noce que le prix d'un marché.

La chose est même très clairement exprimée dans le langage, car un Tartare dira couramment : « J'ai acquis pour mon fils la fille d'un tel... Nous avons vendu notre fille à telle famille. »

Quand le mariage a été conclu entre les mandataires autorisés, le père du futur va porter à la famille de la fille la nouvelle des accords intervenus. En entrant, on se prosterne devant le petit autel domestique, et on offre à Bouddha une tête de mouton bouillie, du lait, et une écharpe de soie blanche'1.

Au jour que les Lamas ont désigné pour l'hymen, parents et

1. V. 1 et. complète dans la Rev. Brit. 1895. ''. M. Hue, Voyages.

amis se pressent autour de la porte, comme pour barrer le passage. Bien entendu , on finit toujours par laisser le marié s'échapper avec sa compagne. Il la met à cheval; et après lui avoir fait faire trois fois le tour de la demeure paternelle en signe d'adieu, il la conduit au grand galop vers l'habitation qui lui est destinée.

Par suite de l'autorité absolue qu'exercent les parents en Chine , eux seuls décident de l'union : un mariage d'inclination serait même un sanglant outrage envers les ascendants. Non seulement l'initiative des futurs époux n'est pas nécessaire, mais il n'est pas rare, dit M. le Gentil1, de voir des amis fiancer les enfants qu'ils pourront avoir un jour!

La dot ne vient pas du père, c'est le mari qui la constitue. Dès que les arrhes sont données comme garantie, les fiançailles peuvent avoir lieu : les futurs ne se voient point pour cela; il leur est pourtant permis de s'écrire et d'échanger de petits souvenirs.

La pluralité des femmes est tolérée ; toutefois une seule a le titre d'épouse, et a autorité sur les autres.

Le cérémonial du jour même du mariage admet toutes les manifestations de la joie, fifres, tambours, chants, torches et lanternes; mais pendant la période préalable des fiançailles, les signes de contentement ne sont pas de mise, pas plus que le son d'aucun instrument, « car les fiancés doivent être dans une sorte de deuil » .

La raison de cette anomalie provient de l'importance capitale accordée dans ce pays au sentiment de piété filiale : il serait blessant pour les parents, dit-on, que leurs enfants se montrassent trop gais à la veille du jour où ils vont se séparer de leur famille à qui ils doivent tout.

Comme la jeune Romaine d'autrefois, la fille chinoise, dès l'instant des fiançailles, abandonne le culte des ancêtres de son père, pour celui des aïeux de son futur mari.

Dès qu'il y a accord entre les kia-tchang ou truong-toc représentant les fiancés, les parents défunts sont les premiers avertis

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